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décembre 14, 2006

14 décembre 2006 - Divers - (lien permanent)

Quam minimum credula postero

Il s'agit d'asclépiades majeurs. L'asclépiade est un vers de seize pieds dont la série des syllabes brèves et des syllabes longues suit un schéma rigoureux.

   /    UU  //   U  U   //    U U /     U U
Tu ne quaesieris (scire nefas) quem mihi, quem tibi
Tu ne quaesieris (scire nefas) quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoë, nec Babylonios
temptaris numeros. Ut melius, quicquid erit, pati!
seu plures hiemes, seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare

Chaque vers commence lentement puis accélère et s'emballe un peu avant que l'arrivée du vers suivant permette de reprendre son souffle.

Tyrhenum. Sapias, vina liques, et spatio brevi
spem longam reseces. Dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero.

Seul le dernier vers n'apporte pas ce repos : saisis l'instant présent (calme) mais ne fais pas confiance à l'avenir (rapide). Ainsi s'arrête le poème.

Horace, Ode I-XI

Publié par thbz at décembre 14, 2006 | Commentaires (2)


décembre 10, 2006

10 décembre 2006 - Cinéma - (lien permanent)

Papillon meurtrier

Hier soir à la Cinémathèque : Papillon meurtrier (Salin nabylul jotnun Nyoja), film de Kim Ki-young, réalisateur coréen en cours de réhabilitation auprès des cinéphiles.

Papillon meurtrier, c'est :
- des jeunes gens qui courent dans un champ de fleur et attrapent des papillons en agitant un filet.
- des femmes qui tentent de commettre un double-suicide avec un homme qui ne leur est pas grand chose.
- une princesse qui renaît après deux mille ans, de quelques gouttes d'eau sur un tas d'ossements, et cherche un foie humain à dévorer.
- l'explosion urbanistique des faubourgs de Séoul en 1978 : les immeubles bordent des rues encore en chantier, des places au sol à peine labouré.
- une post-synchronisation bâclée.

- un budget ridicule, qui ne permet même pas d'effacer les ficelles qui soutiennent un faux papillon.
- un vieillard au rire sardonique qui affirme que sa volonté de vivre lui permet d'échapper à la mort ; lorsque son corps est brûlé vif sur un bûcher, c'est son squelette qui revient.
- des dialogues psychologiques répétitifs et convenus entre un père et sa fille qui vit cloîtrée.
- des jeunes post-soixante-huitards qui dansent autour d'un feu de camp sur le bord de la rivière Han, près d'un pont autoroutier.
- une accumulation de signes de mort, du début à la fin du film. Les personnages étudient les cadavres, collectionnent les dépouilles de papillons, tentent de se suicider. Ou au contraire résistent à la mort la plus certaine, ressuscitent, se réincarnent. Dans ce monde l'amour comme force de vie, bien entendu, ne peut pas réussir ; les femmes se tournent alors vers l'amour mortifère, celui qui tue les amants.

Papillon meurtrier est un film drôle, stupéfiant, parfois ennuyeux, qui mélange les genres : film de fantômes, film sur les jeunes qui se baladent en ville, drame psychologique pesant, enquête policière, comédie loufoque. Le vieillard survivant par sa volonté semble sortir de quelque mythologie. La surprise mérite le déplacement.

Ce matin, concert aux Billettes : l'orgue, instrument cathartique plus que tout autre, ne se contente pas de libérer l'âme des souvenirs pénibles, il permet de revivre avec une nouvelle intensité les moments de joie.

Publié par thbz at décembre 10, 2006 | Commentaires (2)


décembre 04, 2006

04 décembre 2006 - Graffiti - Paris - (lien permanent)

Retour dans la rue Férou

J'ai déjà évoqué quelques détails de la rue Férou, où l'on trouve en particulier un âne. Or un riverain a eu l'amabilité de me livrer quelques secrets de la rue Férou. Il me dit, en particulier, qu'on trouve un menu sur le mur de l'Hôtel des Finances.

Un menu ? Sur le mur d'un percepteur ?

L'Hôtel des Finances occupe l'emplacement de l'ancien séminaire de Saint-Sulpice. Georges Perec l'évoque dans sa tentative d'épuisement de la place Saint-Sulpice, sur laquelle donne son entrée principale.

Vu depuis la rue Férou, l'Hôtel des Finances se réduit à un long mur de pierre, semblable à celui d'une prison.

Les 20 premiers mètres du mur constituent la rue Henri-de-Jouvenel, l'une des plus courtes de Paris.

À première vue il n'y a rien sur ce mur, absolument rien. Un regard plus attentif fait pourtant surgir de la pierre des lettres bien dessinées.

Sans doute, à une autre époque, ces lettres composaient un mot ou une phrase, une interdiction ou un ordre. Aujourd'hui, fragmentées, presque effacées, elles ne sont plus que des motifs désarticulés sur une muraille.

Plus bas, à hauteur d'homme, des graffitis entaillent légèrement la pierre. Pas de slogan politique, aucun prénom inscrit dans un cœur : juste des mots illisibles. Décidément, il n'y a rien à comprendre.

Ces signes ont perdu leur signifié et ne diffèrent guère des variations de la pierre inscrites au cours du temps, traces de l'histoire de ce mur dont l'origine est aujourd'hui perdue.

C'est au troisième passage qu'on finit par découvrir le menu, gravé dans une pierre. Le premier plat est un pot-au-feu, mais on ne parvient pas à lire les suivants. La date se termine par 89, mais de quel siècle s'agit-il ? Peut-être le 19e ? Encore une fois ce mur décourage toutes les tentatives de déchiffrement.

Quant à l'âne de la rue Férou, il n'existe plus. Une couche de peinture a eu raison de lui.

Une rue de Paris peut être calme, courte et vieille de cinq siècles, elle n'est pas pour autant un espace immuable : sous l'effet des rénovations et des regoudronnages, des graffitis humains et de l'érosion naturelle, son visage continue à évoluer d'une année à l'autre et d'un siècle au suivant.

Juin 2012 : la suite dans Le poème de la rue Férou.

Publié par thbz at décembre 04, 2006 | Commentaires (3)


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