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10 juin 2007 - Arts, architecture...

Réparations

Il y a au Louvre une curieuse salle, près de l'entrée, côté Denon. On y trouve des sculptures antiques du XVIIe siècle. Ce n'est pas un endroit très agréable. On y passe rapidement, entre deux escaliers, en suivant le tortueux parcours fléché qui mène à la Joconde.

Des sculptures antiques du XVIIe siècle ? Je voulais dire : des sculptures de l'Antiquité, restaurées au XVIIe siècle.

Leurs corps meurtris portent les traces d'une restauration brutale.

Parfois, les restaurateurs ne contentent pas d'emplâtres. Ils recréent une statue d'Isis dans le goût antique ou transforment un pêcheur de l'Antiquité en figure de Sénèque mourant.

Et le marbre antique d'une Artémis devient, par l'ajout de membres en bronze, une bohémienne moderne.

Entre la restauration et la recréation, il n'y a qu'une différence de degré. En ce XVIIe siècle, l'art de l'Antiquité est considéré comme respectable, non comme intangible. À la même époque, on prend dans les murs du Colisée les pierres avec lesquelles on construit le palais Barberini. Ici pourtant, il ne s'agit pas de massacre : c'est par ce procédé de l'incorporation d'une œuvre antique dans une sculpture moderne qu'a été réalisé, cinq cents ans auparavant, l'un des chefs d'œuvre du Louvre : l'aigle de Suger.

Publié par thbz le 10 juin 2007

5 commentaire(s)

1. Par S.  (13 juin 2007) :

Mais, où est ce que t'es allé chercher tout ça?
Effectivement c'est très intéressant, ça nous montre un peu l'évolution d'une technique qui est l'art de restaurer. Ce qui me plaît c'est cette manière dont tu les présentes, un peu narrative et poétique, loin très loin des documentaires mathématiques!
Quant aux quelques oeuvres "hybrides", c'est toute la magie de l'Art qui opère, un peu créative et trop imaginaire...
Merci pour cette promenade!

2. Par thbz  (13 juin 2007) :

Oh, je suis juste passé par là un vendredi soir. Je n'avais que cinq minutes devant moi avant d'aller au cinéma, donc j'ai dû me contenter d'une salle de sculpture proche de la pyramide. Au Louvre comme dans les supermarchés, on met les produits d'appel (Joconde, Égypte ancienne, yaourts) loin de l'entrée afin de forcer les gens à passer devant des œuvres moins connues...

3. Par S.  (14 juin 2007) :

Cinq minutes? tu perds pas de temps!
Tu sais que par expérience je confirme qu'il vaut beaucoup mieux aller peut être une dixaine ou centaines fois des "cinq minutes" que vouloir se "gaver" toute une journée sous l'excuse de la culture! (Il fût un temps où j'ai fait la même chose avec le château de Versailles) et à la fin t'y passes effectivement comme au supermarchés...
Mais tout le monde n'a pas cette chance...

4. Par van acker  (18 juin 2007) :

Restauration, restitution, et part d'interprétation. Chaque époque a un peu sa vision suivant l'objet qu'elle a à traiter. En ce sens, les restaurations ont aussi valeur historique. En matière d'Antiquités, c'est vrai que le XVIIè siècle s'est parfois montré particulièrement farfelu... mais en même temps c'était une Antiquité encore rêvée, les grandes fouilles : Herculanum, Pompéi... n'avaient pas encore commencé.
On peut croire qu'aujourd'hui notre conscience est bien plus ouverte. Pourtant, il faut savoir qu'à Versailles par exemple (puisque S. en parlait), on s'amuse à inventer à moitié et à élever des espèces de "potiches" aux balustrades des toits alors que presque toutes les sculptures du parc devraient être préservées des dégradations les plus diverses au plus vite. A mon avis, les génération qui vont suivre diront de nous que nous n'avions aucun sens des priorités.

5. Par thbz  (19 juin 2007) :

D'un côté on s'applique à jouer les oeuvres de Rameau avec des instruments d'époque. De l'autre on n'imaginerait pas de représenter un opéra de Wagner avec la mise en scène des années 1870. Bref, mise à jour des formes d'art anciennes ou pas ? Il est assez difficile de trouver une cohérence d'ensemble dans notre attitude face à la présentation actuelle d'oeuvres anciennes.

Mais il est vrai qu'il faudrait, en tout état de cause, conserver ce que l'on peut en l'état, ne serait-ce que pour laisser le choix aux époques futures.

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