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14 septembre 2008 - Arts, architecture... - Italie

Mosaïques de Sicile

L'art majeur en Sicile, lorsqu'il s'agit de recouvrir un mur, un sol ou un plafond, ce n'est pas la peinture, c'est la mosaïque. Certes l'île a vu apparaître de nombreux peintres au long des siècles : parmi eux le grand Antonello da Messina, artiste qui réunit l'intime au monumental ; mais il n'est guère sicilien que de naissance, son art est italien ou flamand. J'ai vu quelques-unes de ses œuvres de San Gimignano à Bucarest. La mosaïque, en revanche, est l'art dans lequel la Sicile a atteint la perfection et s'est distinguée des autres régions d'Europe : d'abord au temps des Romains, ensuite lors de la période normande.

La ville romaine du Casale, près de Piazza Armerina, répertorie au fil de ses nombreuses salles l'imaginaire et les jeux de la Rome impériale : mythologie, scènes de chasse, animaux locaux ou exotiques, « filles en bikini », avec une expressivité toujours fascinante :

Au Moyen-Âge, qui n'a ici rien de moyenâgeux, l'influence arabe répand des motifs géographiques complexes et de grand goût sur le sol de la petite église romane normande de San Cataldo, à Palerme :

Ces pavements de céramiques se retrouvent à la Martorana et à la chapelle Palatine. Dans ces églises, toutefois, c'est par les murs et les plafonds que l'œil est d'abord attiré. La Martorana est construite par un grand seigneur du temps de Roger II, à l'apogée du royaume normand :

À la chapelle Palatine (1131), Roger II lui-même, grand roi qui a réuni les influences catholiques, byzantines, arabes, illumine les murs de mosaïques dorées :

Puis à Monreale (1176), Guillaume II imite sur une échelle plus vaste et plus magnifique encore la chapelle Palatine de son grand-père Roger II. Le chevet lui-même affiche à la baie de Palerme ses murs ornés de motifs géométriques bicolores qui me rappellent les églises romanes d'Auvergne :

À l'intérieur enfin, comme à la Palatine mais en plus grandiose encore, tout le cycle de la Bible est raconté en mosaïque :

Tandis que les mosaïques géométriques qui recouvrent les sols et les murs sont toujours aussi belles et inventives :

En 1194, la période normande s'achève et la Sicile n'est plus qu'une partie de l'Empire. L'art de la mosaïque semble s'effacer alors. La Sicile refleurira avec l'architecture baroque, cinq siècles plus tard.

Publié par thbz le 14 septembre 2008

2 commentaire(s)

1. Par S.  (15 septembre 2008) :

Je me souviens qu’un jour tu avais parlé avec autant d’enthousiasme des « Grotesques » qui se trouvaient à Florence. Aujourd’hui, tu pousses les recherches vers toujours l’art mais cette fois-ci des « Mosaïques » en Sicile. Un art curieux où il faut regarder l’ensemble, parfois d’une telle perfection qu’on oublierait les fragments et on regarderait « Le tableau » ou l’image. Merci pour cette balade jusqu’aux profondeurs de l’histoire de l’art...

2. Par thbz  (15 septembre 2008) :

En effet, mais la différence entre les mosaïques et les grotesques est que les mosaïques sont de l'art « noble » : on les pose à l'endroit le plus prestigieux et elles forment l'attraction principale du bâtiment qu'elles ornent. Les grotesques, en revanche, sont conçues plutôt comme de la décoration, une amélioration du mur que l'on n'est pas censé regarder face à face, que l'on n'analyse normalement pas...

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