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24 mai 2014 - Arts, architecture...

Manessier et la Somme

Quittant les collines de la Somme et leur horizon ponctué par des arbres isolés ou en file indienne, descendant les pentes striées par les profonds sillons géométriques des champs déjà labourés, badigeonnées à grands aplats des nuances vert et jaune infinies des cultures, on arrive au bord du fleuve lui-même pour y trouver un espace bien différent : des arbres qui se reflètent dans le miroir d'une rivière canalisée, un chemin de halage reconverti en piste cyclable, une ligne d'eau aux courbes généreuses, qui s'élargit en étangs ou semble se perdre dans des marais.

Après Amiens, le fleuve se transforme définitivement en canal, boulevard rectiligne à perte de vue qui conduit jusqu'à la mer.

Une fois en baie de Somme, le paysage est encore plus doux. Les courbes des collines laissent la place aux volutes tracés dans le sable par les va-et-vient de la mer. Le paysage se forme et se déforme avec la marée — certainement était-il un peu différent hier ; ses couleurs ne lui appartiennent pas, il reflète les nuances du ciel et les teintes de la météo.

On arrive au village du Crotoy par une digue qui traverse la baie, bordée de part et d'autre par des étendues couvertes d'une végétation assez primitive, sans doute pour résister aux hasards de la submersion, dans laquelle des habitués viennent cueillir des herbes pour les manger en salade.

Tandis que l'on regarde le paysage, accoudé à la balustrade, à côté de la notice descriptive, des cavaliers traversent la baie au loin.

Nous observons le paysage avec nos seuls yeux, immobiles sur le chemin, mais les cavaliers ont bien d'autres préoccupations que la seule contemplation : exposés aux odeurs de la mer qui stagne dans les flaques, aux bruits du cheval qui les piétine, sentant entre leurs cuisses la chaleur, le volume, la force de l'animal et, à travers lui sans doute, les irrégularités du sol, c'est avec tous leurs sens qu'ils parcourent la baie. Nous voyons le paysage, eux le vivent.



Cette promenade porte le nom d'Alfred Manessier. Peintre originaire de la région, Manessier a formé son regard ici même. On a déjà vu ses vitraux dans une chapelle de Locronan.

Quel rapport, pourtant, entre la palette de couleurs vives et variées des vitraux qu'il a dessinés, tout près d'ici, pour l'église du Saint-Sépulcre à Abbeville, juste avant sa mort en 1993, et la quasi-monochromie de la baie de Somme ?

Peut-être s'agit-il de cette recherche au sein de chaque couleur des nuances les plus fines, peut-être aussi de l'enchevêtrement toujours différent de formes qui ressemblent aux vagues de la mer ou à leur trace dans le sable.

Peut-être encore faut-il voir les premiers tableaux de Manessier, comme celui-ci exposé au centre Pompidou (Morte-eau, 1954). On pourra, si on a encore dans les yeux les nuances de la baie de Somme, les reconnaître ici ; sinon on pourra se contenter de considérer un assemblage de formes et de couleurs :


Publié par thbz le 24 mai 2014

1 commentaire(s)

1. Par Détails  (24 mai 2014) :

Un peintre contemporain dont j'ignore même l'existence, c'est une merveilleuse découverte, d'autant plus que les paysages sont magnifiques. Et côté vitraux, nous sommes carrément en période avant-garde.

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