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<title>Bloc-notes</title>
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<modified>2013-05-24T00:50:53Z</modified>
<tagline>thbz (m&apos;écrire) - Attention ! Ceci est le Web. Ne croyez pas que ce que vous lisez a été écrit par un spécialiste.</tagline>
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<copyright>Copyright (c) 2013, thbz</copyright>
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<title>Hubert Robert et la Grande Galerie du Louvre</title>
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<modified>2013-05-24T00:50:53Z</modified>
<issued>2013-05-24T00:18:18Z</issued>
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<summary type="text/plain">Je suis allé voir un tableau d&apos;Hubert Robert au Louvre : Puis j&apos;ai traversé quelques salles, pris un ascenseur, remonté un escalier, et je suis arrivé dans la Grande Galerie : L&apos;aménagement actuel de la Galerie est proche de celui...</summary>
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<dc:subject>Arts, architecture...</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Je suis allé voir un tableau d'Hubert Robert au Louvre :</p>

<p><img src="/images/paris/1/louvre/galerie-projet.jpg"></p>

<p>Puis j'ai traversé quelques salles, pris un ascenseur, remonté un escalier, et je suis arrivé dans la Grande Galerie :</p>

<p><img src="/images/paris/1/louvre/galerie-aujourdhui.jpg"></p>

<p>L'aménagement actuel de la Galerie est proche de celui qu'imaginait Hubert Robert en 1796. Il suggérait déjà un éclairage naturel zénithal et une organisation de la galerie en travées successives, alors qu'elle n'était alors qu'un <a href="http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=5713">long couloir éclairé par le côté</a>.</p>

<p>Mais le projet de Robert est plus beau, plus riche que l'aménagement actuel, qui paraît bien morne en comparaison. Il est vrai aussi que son pinceau soigne les couleurs et, peut-être, tord un peu la perspective afin que les arches, malgré le léger décentrement du point de vue, paraissent parfaitement semi-circulaires.</p>

<p>Et tout en élaborant ce projet, Robert mettait en scène, dans un tableau symétrique au précédent, la ruine du musée qu'on avait mis sous sa garde.</p>

<p><img src="/images/paris/1/louvre/galerie-ruines.jpg"><br />
</p>]]>

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<title>Pérouse, la ville superposée : le vingtième siècle</title>
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<modified>2012-12-31T17:03:54Z</modified>
<issued>2012-12-31T16:40:59Z</issued>
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<summary type="text/plain">Pérouse, la ville superposée (3/3) (épisode précédent : La Rocca Paolina) Le vingtième siècle Si le 20e siècle a poursuivi l&apos;accumulation des couches à Pérouse, ce n&apos;est certes pas sur le plan architectural. Certains y ont pourtant pensé, comme les...</summary>
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<dc:subject>Italie</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Pérouse, la ville superposée (3/3) (épisode précédent : <a href="/archives/2012/12/parouse_la_vill_3.html">La Rocca Paolina</a>)</p>

<p><b>Le vingtième siècle</b></p>

<p>Si le 20<sup>e</sup> siècle a poursuivi l'accumulation des couches à Pérouse, ce n'est certes pas sur le plan architectural. Certains y ont pourtant pensé, comme les architectes autrichiens de Coop Himmelblau qui proposent de recouvrir l'une des rues qui relient la place Matteoti au Corso Vannucci, <a href="http://maps.google.com/maps?q=perouse,+italie&hl=en&ll=43.110866,12.389377&spn=0.000827,0.001137&sll=48.858859,2.34706&sspn=0.133945,0.291138&t=h&hnear=Perugia,+Province+of+Perugia,+Umbria,+Italy&z=20">en plein cœur historique</a>, d’une sorte de <a href="http://www.coop-himmelblau.at/architecture/projects/energy-roof-perugia">tondeuse électrique</a> à la fois écologique et commerciale.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/coop.jpg"></p>

<p>Tout au plus ce siècle s'est-il contenté d'adapter certains monuments. On se demandera pourquoi quelqu'un a décidé, un jour, de transformer le grand escalier du Palazzo dei Priori. Cet escalier formait autrefois, on le voit sur de vieilles photographies, un zig-zag de pierre parfaitement harmonieux&nbsp;; il a été remplacé par une montée beaucoup plus large, molle et, il est vrai, très accueillante pour les touristes l'après-midi. Le 19<sup>e</sup>&nbsp;siècle, déjà, s'était permis dans une fièvre médiéviste d'ajouter de faux créneaux au sommet du même bâtiment.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/priori-20e.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/priori-aujourdhui.jpg"></p>

<p>Si ce n'est pas par l'architecture, c'est par les infrastructures de transport que le 20<sup>e</sup> et, à sa suite, le début du 21<sup>e</sup> siècles ont poursuivi l'exploitation de la montagne de Pérouse.</p>

<p>Les ascenseurs et escaliers roulants se sont multipliés pour les piétons, aussi bien à l'intérieur de la Rocca Paolina comme on l'a <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/12/parouse_la_vill_3.html">vu précédemment</a> que sur les façades extérieures de la ville, à l'<a href="http://goo.gl/maps/jyPXx">ouest</a>, au <a href="http://goo.gl/maps/F17zH">sud</a>, à l'<a href="http://goo.gl/maps/4CWDO">est</a>.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/piazzale-europa.jpg"></p>

<p>Quant aux automobiles, il a été décidé de les faire passer tout simplement en-dessous de la ville, par un tunnel percé à l’endroit où l’éperon rocheux est le plus étroit, juste en-dessous de la piazza Matteoti et du rêve de tondeuse électrique de Coop Himmelblau.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/tunnel.jpg"></p>

<p>Puis, tout dernièrement, un second tunnel parallèle a accueilli un nouveau moyen de transport tout à fait remarquable&nbsp;: le <a href="http://www.pss-archi.eu/forum/viewtopic.php?pid=418687#p418687">mini-métro</a>. </p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/minimetro-tunnel.jpg"></p>

<p>Le mini-métro, comme les voies express à Tokyo, s'affranchit des contraintes du relief et du bâti, survolant des quartiers résidentiels et traversant sans effort une colline chargée de dix siècles d'histoire.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/minimetro-wagon.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/minimetro-rails.jpg"></p>

<p><b>La façade est</b></p>

<p>L'accumulation verticale atteint son comble sur la façade est de la ville. Cette pente presque verticale, depuis la vallée jusqu’au sommet de la ville, superpose les fonctions&nbsp;: immeubles résidentiels modernes eux-mêmes assez élevés, tunnel pour voitures, station et tunnel du mini-métro, parking accroché à flanc de falaise, marché couvert et enfin palazzo del Capitano del Popolo et autres bâtiments qui bordent la place Matteoti. </p>

<center><img src="/images/europe/ombrie/facade-est-2.jpg"></center>

<p><img src="/images/europe/ombrie/facade-est-1.jpg"></p>

<p>Sur cette falaise tentent de cohabiter tous les moyens de déplacement&nbsp;: la voie express traverse la roche, de même que le métro tiré par des câbles, un sentier en escaliers et un ascenseur permettent aux piétons d’accéder à la ville haute, enfin des escaliers roulants relient la station du mini-métro au sommet de la ville. </p>

<p>Et au sein de cette accumulation, l’église baroque du Gesu, accessible au sommet depuis la place Matteoti, est érigée, dit-on, par-dessus trois autres églises superposées dont je n’ai pas réussi à trouver l’entrée.</p>

<center><img src="/images/europe/ombrie/gesu.jpg"></center>

<p>Cette façade hétéroclite n'est certainement pas la partie la plus attirante de Pérouse, mais elle offre l'un des plus beaux panoramas depuis son sommet, où toutes ces couches d'infrastructure demeurent invisibles et seules s'offrent à la contemplation les douces collines de l'Ombrie, les montagnes des Apennins et, entre les deux, l'affleurement rocheux d'Assise. </p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/vue-assise.jpg"></p>

<p>Il faut mieux revenir en ville pour constater finalement que les bâtiments eux-mêmes ont subi des transformations, adaptations, extensions, reconfigurations qui, bien entendu, laissent elles-mêmes des traces d’autant plus mystérieuses qu’elles sont difficiles à dater.</p>

<p><b>Portes</b></p>

<p>Les siècles et les modes ont ajouté des morceaux d'architecture un peu partout&nbsp;: sur les murailles, sur des bâtiments existants ou dans des coins vacants.</p>

<p>Et même parfois, sous une porte médiévale. Alors que tant de villes modernes pratiquent la <a href="http://www.pss-archi.eu/forum/viewtopic.php?id=29986">surélévation de bâtiments</a>, Pérouse a inventé la <i>sous-élévation</i>, construisant une pièce supplémentaire suspendue sous une arche&nbsp;:</p>

<center><img src="/images/europe/ombrie/passage-sous.jpg"></center>

<p>Mais l'évolution des m&oelig;urs ou la lassitude des propriétaires a exercé son pouvoir de transformation, avec un acharnement qui tend à la manie, sur les entrées de maisons.</p>

<p>Des portes hautes ont été remplacées par des portes basses, des ogives par des panneaux plus faciles à remplacer. Comme toujours à Pérouse, rien n'a été vraiment supprimé, chaque transformation a laissé sa trace sur le mur, produisant des chevauchements insolites de deux, voire trois époques successives.</p>

<center><img src="/images/europe/ombrie/portes/porte-refaite.jpg">
</center>
<img src="/images/europe/ombrie/portes/porte-repetition-2.jpg">
<img src="/images/europe/ombrie/portes/porte-garage.jpg">

<p>Le promeneur attentif imagine ainsi des portes plus larges, des fenêtres plus nombreuses, des rez-de-chaussée ouverts sur l'extérieur, des artisans et des commerçants parlant avec les passants, une rue plus bruyante et plus animée.</p>

<p>Peut-être, aussi, certaines époques séparaient-elles moins nettement que nous l'intérieur de l'extérieur.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/portes/porte-repetition.jpg"><br />
<img src="/images/europe/ombrie/portail.jpg"><br />
<img src="/images/europe/ombrie/portes/porte-panneaux.jpg"><br />
<img src="/images/europe/ombrie/portes/porte-fenetre.jpg"></p>

<p>Ces traces sont des signes d'une ville ancienne dont ne pouvons qu'imaginer les images et les bruits.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/priori-cathedrale.jpg"></p>

<p>On a regardé ici la ville à la verticale, parce que c'est dans cette direction qu'elle s'est développée depuis les origines. </p>

<p>Il serait bon, à présent, de se retourner pour voir la campagne d'Ombrie, c'est à dire les campagnes d'Ombrie : celles qui se déploient d'une vallée à l'autre et celles qui, comme les villes, ont été élaborées, transformées, recomposées par l'homme au cours de deux mille ans de construction patiente du paysage.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/paysage_9703-500.jpg"><br />
</p>]]>

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<title>Pérouse, la ville superposée : la Rocca Paolina</title>
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<modified>2012-12-31T17:04:24Z</modified>
<issued>2012-12-28T08:40:00Z</issued>
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<summary type="text/plain">Pérouse, la ville superposée (2/3) (épisode précédent : Les murailles) La Rocca Paolina Au 13e siècle, Pérouse connaît son apogée. La cité fait en théorie partie des États du Pape mais dispose en fait d’une large autonomie. Gouvernée par le...</summary>
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<dc:subject>Italie</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Pérouse, la ville superposée (2/3) (épisode précédent : <a href="/archives/2012/12/parouse_la_vill_1.html">Les murailles</a>)</p>

<p><b>La Rocca Paolina</b></p>

<p>Au 13<sup>e</sup> siècle, Pérouse connaît son apogée. La cité fait en théorie partie des États du Pape mais dispose en fait d’une large autonomie. Gouvernée par le peuple, Pérouse n’a jamais été aussi puissante. Elle se dote de ses plus beaux monuments, la cathédrale, le Palazzo dei Priori, la fontaine Maggiore, les plus sûres et les plus durables traces de sa prospérité. Les chefs qui gouvernent alors la ville ne laissent guère leur nom dans les livres d'histoire, car les décisions sont collégiales. On peut donc admirer l'époque communale, ce grand moment de l'histoire politique européenne, mais elle n'attire guère l'imagination&nbsp;: il manque des figures pour incarner cette grandeur. </p>

<p>Au 15<sup>e</sup> siècle, Pérouse est devenue un sujet de roman. Foyer de <i>condottiere</i> parmi les plus fameux et les plus audacieux d'Italie, la ville est gouvernée par des familles nobles. Elles ont éliminé les clans issus du peuple et s’entre-déchirent désormais elles-mêmes. D'un côté les Oddi, de l'autre les Baglioni. Expulsés de Pérouse, plusieurs fois repoussés dans leurs tentatives de reconquérir la cité, les Oddi, vers 1495, sont définitivement vaincus. Les Baglioni n’ont plus de rivaux.</p>

<p>La zizanie franchit alors un nouveau palier&nbsp;: c’est au sein même des familles que les habitants de Pérouse s’affrontent. En 1500, à la moitié du millénaire, deux semaines après le mariage d’Astorre Baglioni, ses cousins pénètrent dans son <i>palazzo</i> et l’assassinent ainsi que plusieurs autres membres de la famille. Les «&nbsp;Noces rouges&nbsp;», <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9position_Borgh%C3%A8se">commémorées par Raphaël</a>, sont l’épisode le plus pittoresque de l’histoire de Pérouse et le signe le plus manifeste de sa décadence.</p>

<p>En 1540, constatant la faiblesse et la corruption de Pérouse, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_III">Paul III Farnese</a>, pape, décide d'en finir. Il impose une taxe sur le sel, produit dont il fixe par ailleurs le prix en obligeant les Pérugins à le lui acheter, et tire prétexte de la rébellion qui s’ensuit pour mater définitivement la ville. Il envoie <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Louis_Farn%C3%A8se">Pier Luigi Farnese</a>, le fils qu'il a eu lorsqu'il était cardinal&nbsp;&mdash; car à l’époque un cardinal n’était pas nécessairement prêtre et pouvait engendrer. Pier Luigi Farnese, l'une des figures les plus corrompues de la Renaissance, arrive avec son armée et envahit facilement la ville, guère défendue par Ridolfo, le dernier des Baglioni. La <a href="http://it.wikipedia.org/wiki/Guerra_del_sale_%281540%29">Guerre du Sel</a> est terminée.</p>

<p>C'est alors que Paul III décide, très rapidement, de construire une forteresse pour contrôler la ville. Il fait appel à Antonio da Sangallo le Jeune, architecte à Florence de la Fortezza da Basso qui avait également pour objet d’intimider les habitants plus que de les défendre.</p>

<p>Sangallo, sous les ordres du pape qu'il tente parfois d'adoucir un peu, construit la Rocca Paolina non pas en bordure de la ville pour contrôler les entrées et les sorties, mais dans son cœur. Afin d'humilier les habitants, Paul III veut remplacer, sur la carte de Pérouse, le quartier qui regroupe les maisons de la famille Baglioni, sans doute les plus belles de la ville, par les grands traits rectilignes et disproportionnés de sa forteresse. La situation est excellente&nbsp;: on peut aussi bien envoyer des boulets sur le Palazzo dei Priori, au cas où les notables de la ville tenteraient de se rebeller, que surveiller la vallée. Le message symbolique l’est encore plus&nbsp;: toute trace dans la ville des élites de Pérouse est supprimée de l’espace public. </p>

<p>Dans le même temps, les dizaines de tours qui surmontaient les maisons de Pérouse, marquant elles aussi le prestige des grandes familles et leurs querelles, sont rasées.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/perouse-moyenage.jpg"></p>

<p>Toutefois, les traces qui disparaissent dans l’espace public demeurent dans les sous-sols. </p>

<p>Car l'énorme masse de la Rocca n'est pas construite <i>à la place</i> des maisons&nbsp;&mdash; mais <i>par-dessus</i>.</p>

<p>Les maisons sont rasées à peu près au niveau du premier étage et servent de fondation à la Rocca. Les rues de l’époque médiévale deviennent des souterrains de la forteresse. Pendant plus de trois cents ans, l'ancien quartier dominant devient le sous-sol de la forteresse du Pape.</p>

<p>En 1860, les soldats du pape s'enfuient, après quelques atrocités commémorées à plusieurs endroits dans Pérouse. La première décision des habitants est alors de détruire la forteresse. </p>

<p>Ils ne redonnent toutefois pas vie au quartier des Baglioni. Les rues demeurent donc souterraines et sont aujourd'hui ouvertes au public. Pourvues d’escaliers roulants, elles constituent le principal accès au centre ville pour les piétons qui viennent du terminal de bus ou de certains parkings. </p>

<p>Quant à la forteresse, elle a été remplacée par le siège de la région Ombrie, un bâtiment du 19<sup>e</sup> siècle, ainsi que par des jardins très agréables le soir. </p>

<p>Bien entendu, comme toujours à Pérouse, elle n'a pas été détruite complètement&nbsp;: certains de ses murs continuent à soutenir cette partie de Pérouse, pris dans la ville comme une couche supplémentaire.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/rocca-entree.jpg"></p>

<p>La Rocca Paolina actuelle, vestige d'un vestige, est le segment le plus étrange du réseau des chemins de Pérouse, l'endroit où le processus d'accumulation des maisons et des bâtiments va jusqu'à son terme logique&nbsp;: rendre la ville complètement souterraine, supprimant au passage toute référence au sol naturel dans cet espace totalement artificiel.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/rocca-escalator.jpg"></p>

<p>Le promeneur erre dans des espaces vides et indifférenciés, souvent sans savoir s'il traverse un ancien espace public ou une chambre intime. La fonction des lieux s'est effacée comme la peinture sur les statues du Moyen Âge, il n'en reste que des traces.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/rocca-interieur.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/rocca-lumiere.jpg"></p>

<p>Rien ne disparaît donc, à Pérouse. Tandis qu’ailleurs des maisons étaient construites sur des murailles, ici la forteresse, et plus tard un palais administratif, ont été construits sur les maisons.<br />
 <br />
Le 20<sup>e</sup> siècle, a poursuivi l'accumulation des couches à Pérouse.</p>

<p><i>Suite et fin : <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/12/parouse_la_vill.html">Le vingtième siècle</a>.</i></p>]]>

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<title>Pérouse, la ville superposée : les murailles</title>
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<modified>2012-12-28T08:49:19Z</modified>
<issued>2012-12-24T17:27:17Z</issued>
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<created>2012-12-24T17:27:17Z</created>
<summary type="text/plain"><![CDATA[On pourrait présenter Pérouse à partir de ses principaux monuments&nbsp;: - le Palazzo dei Priori&nbsp;: - la cathédrale, impossible à photographier&nbsp;: - la petite église Sant' Angelo, site intemporel&nbsp;: - le Borgo 20 Giugno, spectaculaire au coucher du soleil&nbsp;: Ce...]]></summary>
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<![CDATA[<p>On pourrait présenter Pérouse à partir de ses principaux monuments&nbsp;:</p>

<p>- le Palazzo dei Priori&nbsp;:<br />
<img src="/images/europe/ombrie/priori.jpg"></p>

<p>- la cathédrale, impossible à photographier&nbsp;:</p>

<p><a href="/images/europe/ombrie/panoramique-cathedrale.jpg"><img src="/images/europe/ombrie/panoramique-cathedrale-500.jpg"></a></p>

<p>- la petite église <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/12/santangelo_1.html">Sant' Angelo</a>, site intemporel&nbsp;:<br />
<img src="/images/europe/ombrie/sant-angelo-500.jpg"></p>

<p>- le Borgo 20 Giugno, spectaculaire au coucher du soleil&nbsp;:<br />
<img src="/images/europe/ombrie/borgo-20giugno.jpg"></p>

<p>Ce n'est pourtant pas ces monuments que l'on découvre lorsqu'on arrive à Pérouse. Les sites les plus fréquentés ne s'atteignent qu'après avoir traversé ceci.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/passage.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/passage-pieton.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/passage-etroit.jpg"></p>

<p>On comprend ainsi, dès les premiers pas à Pérouse, qu'il y a dans cette ville quelque chose de plus qu'une collection de monuments.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/chemin-sous-indipendenza.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/passage-2.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/rue-sombre.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/via-gabbia.jpg"></p>

<p>La promenade n'est pas un simple parcours le long d'artères conçues pour l'automobile ou pour le commerce, mais une exploration à travers des passages, sous des porches, le long d'escaliers tortueux. La ville devient un réseau, parfois presque souterrain, et le promeneur trouve un plaisir d'enfant à passer non pas sur des rues, mais <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2009/11/cafe_maller_a_t.html">à travers le bâti</a>, transgressant les règles habituelles du déplacement dans la ville.</p>

<p>Et parfois il sort de terre et considère, avant d'y pénétrer à nouveau, cette accumulation invraisemblable de bâtiments sur des pentes presque inaccessibles.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/toits-est.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/toits.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/via-alessi.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/via-appia.jpg"></p>

<p>Aucun pastiche moderne ne saurait rendre ce sentiment de densité et reproduire l'irrégularité des rues, le hasard des bâtiments et de l'histoire. </p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/vue-nord.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/vue-ouest-soir.jpg"></p>

<p><br />
C'est après deux ou trois semaines sur place seulement, l'été dernier, que j'ai commencé à comprendre que cette épaisseur de la ville, qui plusieurs fois m’a fait revenir à Pérouse depuis mon premier séjour au printemps de 1998, provenait sans doute d'une particularité de cette ville qui est la mémoire des siècles&nbsp;: les destructions ont été nombreuses mais n'ont jamais été complètes, chaque époque a laissé ses traces dans les murailles, les maisons, les rues au point de constituer une série de couches successives.</p>

<p>Ces couches concernent la forme générale de la ville comme les plus petits détails des bâtiments. Depuis plus de deux mille ans, Pérouse se reconstruit sur Pérouse. Et parfois même, on le verra, en-dessous.</p>

<p>Les murailles du Moyen Âge ont été dressées sur des murs étrusques, puis des maisons ont été construites sur ces murailles, la forteresse du pape sur les maisons du Moyen Âge et de la Renaissance, enfin le palais de la Région sur les fondements de la forteresse du pape.</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/muraille-maison.jpg"></p>

<p><b>Les murailles</b></p>

<p>On dit que Pérouse est entourée de murailles ; un musée décrit en effet les enceintes étrusques, médiévales, qui ont accompagné le passage des civilisations.</p>

<p>Ailleurs, les anciennes murailles, dépassées par la croissance de la ville, sont détruites ou conservées sans réelle utilité. À Paris, on montre, <a href="http://maps.google.com/?ll=48.846011,2.350001&spn=0.002206,0.00419&t=h&z=18&layer=c&cbll=48.845979,2.350185&panoid=JCecQeEZehkxzG9TIhEc8A&cbp=12,224.14,,0,-14.34">dans une rue</a>, voire <a href="http://maps.google.com/?ll=48.854593,2.338012&spn=0.002008,0.00419&t=h&z=18&layer=c&cbll=48.854707,2.337976&panoid=bqVX8zHYpmm3E1yyasx-xw&cbp=12,52.02,,0,0.92">au fond d'un parking souterrain</a>, des pans de mur qui datent de Philippe-Auguste ou de <a href="http://maps.google.com/?ll=48.853107,2.360285&spn=0.001004,0.002095&t=h&z=19&layer=c&cbll=48.85324,2.360425&panoid=IYKkVCooKBRC_I14JrZ_Hg&cbp=12,354.32,,1,-1.38">Charles V</a>. À Bayonne, on se gare le long des forteresses de Vauban (ce formidable effort de construction du Grand Siècle qui, au fond, n'a servi à rien) ou on y fait la fête.</p>

<p>À Pérouse, les pierres étrusques ont servi de fondement aux murailles du Moyen Âge, elles-même intégrées dans les bâtiments ultérieurs et parfois surmontées d'habitations. </p>

<p>Il n'y a donc pas de boulevard à Pérouse, sauf à l'extrémité sud en direction de la gare. Les murailles ont été reprises dans la ville actuelle et, pour cette raison même, restent quasiment inaperçues du promeneur non attentif.</p>

<center><img src="/images/europe/ombrie/porte-etrusque.jpg"></center>

<center><img src="/images/europe/ombrie/via-paradiso.jpg"></center>

<p>Sur cette <a href="http://maps.google.com/maps?q=perugia&hl=en&ll=43.108683,12.385662&spn=0.000451,0.000817&sll=43.48851,-1.479861&sspn=0.004865,0.006727&t=h&hnear=Perugia,+Province+of+Perugia,+Umbria,+Italy&z=21&layer=c&cbll=43.108683,12.385662&panoid=_8MtfHk1CiR6B-4atInsYA&cbp=12,55.17,,0,0">porte</a>, les réaménagements successifs ont fait perdre sa signification à ce «&nbsp;S&nbsp;», qui faisait probablement partie d'une inscription «&nbsp;AUGUSTA PERUSIA&nbsp;» datant de l'époque romaine&nbsp;:</p>

<p><img src="/images/europe/ombrie/porte-detail.jpg"></p>

<p>Reconstruire la ville sur la ville, c'est un lieu commun de l'urbanisme&nbsp;: cela veut dire qu'on détruit un bâtiment ou un quartier pour le refaire au même endroit, avec des améliorations, le chauffage central, un label «&nbsp;basse consommation&nbsp;», ou sans les pauvres.</p>

<p>Certains éléments résistent&nbsp;: à Paris, de nombreuses caves datent du Moyen-Âge et le tracé des rues remonte parfois à l'époque antique, alors que tout ce qui dépasse de terre a été reconstruit au cours des siècles. Plus le temps passe, plus on conserve tout en détruisant&nbsp;: on va même, dans le centre des villes, jusqu'à mettre à bas un bâtiment tout en conservant sa façade&nbsp;&mdash; alors qu'on fait exactement l'inverse dans les tours de la Défense.</p>

<p>À Pérouse, la ville a été construite sur la ville dans le sens le plus littéral. Ceci est l’histoire invraisemblable de la Rocca Paolina. </p>

<p><i>À suivre : <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/12/parouse_la_vill_3.html">La Rocca Paolina</a>.</i></p>]]>

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<title>Sant&apos;Angelo</title>
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<modified>2012-12-21T06:35:42Z</modified>
<issued>2012-12-21T06:11:16Z</issued>
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<created>2012-12-21T06:11:16Z</created>
<summary type="text/plain">Le temple Sant&apos;Angelo, à Pérouse, est une petite église de forme circulaire, dont le toit de tuiles est surmonté d&apos;un petit dôme à seize pans percés pour la plupart de fenêtres et couvert lui aussi de tuiles. L&apos;espace intérieur est...</summary>
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<dc:subject>Italie</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Le temple Sant'Angelo, à Pérouse, est une petite église de forme circulaire, dont le toit de tuiles est surmonté d'un petit dôme à seize pans percés pour la plupart de fenêtres et couvert lui aussi de tuiles. L'espace intérieur est sculpté par le cercle des colonnes qui soutiennent le dôme, recueillant à tour de rôle, selon l'heure, la douce lumière qui descend des fenêtres.</p>

<p><img width=500 src="/images/europe/ombrie/sant-angelo-interieur.jpg"></p>

<p>Il faut, pour y parvenir, gravir la longue pente douce de la rue qui traverse le Borgo Sant'Angelo, puis un chemin de pierre au bout duquel, précédé d'une pelouse entourée de ciprès, se dresse le temple, entouré par le ciel bleu.</p>

<p><img width=500 src="/images/europe/ombrie/sant-angelo.jpg"></p>

<p>Tout n'est, ici, que douceur, rondeur et silence romans, luminosité apollinienne, à l'opposé du reste de Pérouse, tortueux, escarpé, sombre, gothique, propice aux combats de rue comme aux fêtes dyonisiaques.</p>]]>

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<title>Paul V partout</title>
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<modified>2012-12-18T21:46:20Z</modified>
<issued>2012-12-18T20:12:07Z</issued>
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<created>2012-12-18T20:12:07Z</created>
<summary type="text/plain">À Rome, le nom du pape Paul V Borghèse s&apos;affiche, en lettres plus hautes que lui-même, au milieu de la façade de la basilique Saint-Pierre. On trouve également Paul V sur cinq des six portes qui donnent accès à la...</summary>
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<dc:subject>Italie</dc:subject>
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<![CDATA[<p>À Rome, le nom du pape <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_V">Paul V</a> Borghèse s'affiche, en lettres plus hautes que lui-même, au milieu de la façade de la basilique Saint-Pierre.</p>

<p><img src="/images/europe/rome/paul-v-facade.jpg"></p>

<p>On trouve également Paul V sur cinq des six portes qui donnent accès à la basilique.</p>

<p><img src="/images/europe/rome/paul-v-narthex.jpg"></p>

<p>Paul V s'affiche encore au-dessus de l'<a href="http://goo.gl/maps/hY5D9">entrée principale du Quirinal</a>, résidence du président de la République italienne, mais aussi dans la basilique Sainte-Marie Majeure et sur la façade de nombreux édifices de Rome. </p>

<p><img src="/images/europe/rome/paul-v-ailleurs.jpg"></p>

<p>Je ne compte pas ici les autres membres de sa famille, tels que le cardinal Borghèse son <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9potisme">neveu</a> qui a créé ce qui est aujourd'hui <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Galerie_Borgh%C3%A8se">l'un des plus beaux musées du monde</a>.</p>

<p>Paul V n'est pas le seul. Les papes ont pris, il y a bien longtemps, l'habitude de laisser leur nom sur les murs de Rome. Bien souvent, on retrouve des inscriptions au nom de deux ou trois papes sur le même bâtiment, religieux ou civil qu'ils ont construit, rénové, orné ou au moins fréquenté.</p>

<p>Voici donc, par ordre alphabétique, Alexandre VII, Benoît XIII (avec Louis XV), Benoît XIV, Clément XII, Grégoire XIII, Grégoire XVI, Pie IV, Pie XII, Sixte V &mdash; sur la place Saint-Pierre, au Colisée, sur la fontaine de Trevi... Cette tradition s'est conservée jusqu'à nos jours. Jean-Paul II a apposé deux fois sa signature à l'entrée de la basilique Saint-Pierre (contre cinq fois pour Paul V), lorsqu'il a eu l'occasion d'ouvrir en 2000 la porte du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jubil%C3%A9_de_l%27an_2000">Jubilé</a>.</p>

<p><img src="/images/europe/rome/autres-papes.jpg"></p>

<p>Impossible, à Rome, de franchir plus de deux carrefours sans voir ainsi le nom d'un pape sur un mur.</p>

<p>Les souverains pontifes ont pris exemple sur les empereurs et autres notables de l'antiquité : ici <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcus_Vipsanius_Agrippa">Agrippa</a> au Panthéon et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Septime_S%C3%A9v%C3%A8re">Septime Sévère</a> sur l'arc qui porte son nom.</p>

<p><img src="/images/europe/rome/antique.jpg"></p>

<p>Paul V Borghèse demeure toutefois, toutes époques confondues, le champion incontestable des inscriptions sur les murs de Rome. Peut-être parce que la ville, après le XVII<sup>e</sup> siècle, n'a plus traversé de période d'expansion et de modernisation, conservant dans le même état le plus fabuleux patrimoine qu'ait jamais possédé une ville dans le monde.</p>

<p><img src="/images/europe/rome/rome-tibre.jpg"><br />
</p>]]>

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<title>Inti ou l&apos;enfant de quinze étages</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/10/inti_ou_lenfant.html" />
<modified>2012-10-31T21:32:52Z</modified>
<issued>2012-10-31T20:53:24Z</issued>
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<created>2012-10-31T20:53:24Z</created>
<summary type="text/plain">Cela a commencé par un papier glissé dans les boîtes à lettres du quartier. Il était proposé, en lien avec la mairie de l&apos;arrondissement, de voter pour l&apos;un de ces trois projets de fresque murale monumentale, à apposer sur le...</summary>
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<dc:subject>Graffiti</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Cela a commencé par un papier glissé dans les boîtes à lettres du quartier. Il était proposé, <a href="http://www.mairie13.paris.fr/mairie13/jsp/site/Portal.jsp?document_id=16462&portlet_id=2876&comment=1&current_page_id=94">en lien avec la mairie de l'arrondissement</a>, de voter pour l'un de ces trois projets de fresque murale monumentale, à apposer sur le mur aveugle d'un <a href="https://maps.google.com/?ll=48.821728,2.35866&spn=0.004295,0.008551&t=m&z=17&layer=c&cbll=48.821862,2.35862&panoid=YEQeCPBsCnNzi_xSphvFrg&cbp=12,126.24,,1,-14.68">immeuble de l'avenue d'Italie</a> haut d'une quinzaine d'étages&nbsp;: <br />
<img src="/images/paris/13/inti-projet.jpg"></p>

<p>La choix n'en était guère un, car les trois projets étaient soumis par le même artiste, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=aT1TjkUsSEg">Inti</a>, dans un style assez proche ; on ne pouvait pas voter «&nbsp;mur blanc&nbsp;»... Le choix par les riverains du projet de droite, clairement le plus abouti, était assez prévisible.</p>

<p>Peu importe : car l'artiste et, semble-t-il, un collaborateur se sont installés depuis la semaine dernière sur cette façade, week-end compris. Le résultat est déjà superbe.</p>

<p>Le 27 octobre :<br />
<img src="/images/paris/13/inti-27.jpg"></p>

<p>Le 28 octobre :<br />
<img src="/images/paris/13/inti-28.jpg"></p>

<p><img src="/images/paris/13/inti-28-bis.jpg"></p>

<p>Le 29 octobre :<br />
<img src="/images/paris/13/inti-29.jpg"></p>

<p>Le 30 octobre :<br />
<img src="/images/paris/13/inti-30.jpg"></p>

<p>Et le 31 octobre :<br />
<img src="/images/paris/13/inti-31.jpg"></p>

<p>D'un jour à l'autre des formes sont apparues, elles se sont habillées de couleurs encore plates et, finalement, des motifs surimposés leur ont apporté une texture. Très vite, la peinture a pris chair &mdash; et le mur sans fenêtre que personne ne regardait est devenu visage et vision.</p>

<p>Il s'agit certainement de l'un des plus grands murs peints de Paris. Le motif est bon enfant et ne saurait déplaire à qui que ce soit. Les couleurs chaudes resplendissaient tout à l'heure par un bel après-midi d'automne. Exposées au nord, elles bénéficient probablement de l'éclairage indirect du soleil réfléchi par l'immeuble voisin.</p>

<p>Dans un quartier sans unité architecturale, cette fresque sera un point de repère immédiatement reconnaissable. Elle contribue à partir d'aujourd'hui à l'identité du quartier : Maison-Blanche, c'est l'endroit où il y a une <a href="http://www.pss-archi.eu/photo-140.html">tour ronde</a>... et un gigantesque enfant ébahi.</p>]]>

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<title>Le poème de la rue Férou</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/06/le_poame_de_la_1.html" />
<modified>2012-06-17T16:20:42Z</modified>
<issued>2012-06-15T13:03:32Z</issued>
<id>tag:,2012:/1.421</id>
<created>2012-06-15T13:03:32Z</created>
<summary type="text/plain">La rue Férou était une rue normale. Seul un regard attentif permettait d&apos;y distinguer certains détails, d&apos;y découvrir un petit détournement et une curiosité. Or les événements minuscules qui, année après année, siècle après siècle, bouleversaient lentement l&apos;apparence de cette...</summary>
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<name>thbz</name>

<email>bloc-notes-notify@thbz.org</email>
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<dc:subject>13e arrondissement</dc:subject>
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<![CDATA[<p>La rue Férou était une rue normale. Seul un regard attentif permettait d'y distinguer certains <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2004/08/les_cicatrices.html">détails</a>, d'y découvrir un <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2004/08/vu_dans_la_rue_1.html">petit détournement</a> et une <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2006/12/retour_dans_la_1.html">curiosité</a>.</p>

<p>Or les événements minuscules qui, année après année, siècle après siècle, bouleversaient lentement l'apparence de cette rue viennent d'être supplantés par un aménagement culturo-touristique de grande ampleur. Désormais la rue Férou est mise en vedette, on <a href="http://www.amb-pays-bas.fr/index.php?actualites-1&newsdetail=20120606-42_Inauguration-dun-poAme-mural-Le-Bateau-ivre-dArthur-Rimbaud">l'inaugure très officiellement</a>, elle attire les photographes, elle fait parler <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/christine-marcandier/110612/le-bateau-ivre-devient-poeme-mural">les blogueurs et leurs commentateurs</a>, et, à coup sûr, gagnera une place dans les prochains éditions des guides du «&nbsp;Paris culturel&nbsp;» ou des «&nbsp;décorations murales&nbsp;».</p>

<p><img src="/images/paris/6/rue-ferou/rimbaud-ferou3.jpg"></p>

<p>À l'initiative de la fondation néerlandaise Tegen Beeld, le <i>Bateau ivre</i> de Rimbaud, qui aurait été déclamé pour la première fois <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Place_St-Sulpice.JPG">au bord de la place Saint-Sulpice</a>, a été peint en lettres de grand format sur le mur d'enceinte de l'Hôtel des impôts. Est-ce parce que Rimbaud a embarqué en 1876 sur un navire de l'armée coloniale néerlandaise (avait-il un peu trop bu ?) ?</p>

<p><img src="/images/paris/6/rue-ferou/rimbaud-ferou1.jpg"></p>

<p>La calligraphie est belle et sage, car les mots même suffisent à exprimer la fièvre contenue dans ce texte. La seule fantaisie est le sens de lecture du texte, réparti en colonnes qui se parcourent de droite à gauche.</p>

<p>Que dire d'autre que ceci : la calligraphie donne envie de lire le poème, au rythme de la marche lente &mdash; les yeux soutenus par le mouvement du corps tout entier &mdash;, peut-être même à voix haute. </p>

<p>Et, surtout, le Bateau ivre n'a pas recouvert le <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2006/12/retour_dans_la_1.html">pot-au-feu de la rue Férou</a>.</p>

<p><img src="/images/paris/6/rue-ferou/rimbaud-ferou2.jpg"></p>

<p>On donne le nom de l'auteur de « Gare au gorille » à des <a href="http://www.google.fr/search?q=%C3%A9cole+Georges-Brassens%22&ie=utf-8&oe=utf-8&lr=lang_fr">écoles primaires</a>, donc on peut bien inscrire le poème d'un trafiquant d'armes sur un bâtiment de l'administration fiscale.<br />
</p>]]>

</content>
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<title>Éloge de l&apos;ombre</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2012/03/aloge_de_lombre.html" />
<modified>2012-03-21T06:19:28Z</modified>
<issued>2012-03-21T06:09:53Z</issued>
<id>tag:,2012:/1.419</id>
<created>2012-03-21T06:09:53Z</created>
<summary type="text/plain">1) Paris, 16e arrondissement. Une réunion très sérieuse se tient dans une vaste pièce d&apos;un immeuble des beaux quartiers. La pièce n&apos;est éclairée que par la lumière du jour : la luminosité est donc limitée, mais suffisante pour écouter les...</summary>
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<email>bloc-notes-notify@thbz.org</email>
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<![CDATA[<p><b>1) Paris, 16e arrondissement.</b></p>

<p>Une réunion très sérieuse se tient dans une vaste pièce d'un immeuble des beaux quartiers. La pièce n'est éclairée que par la lumière du jour : la luminosité est donc limitée, mais suffisante pour écouter les intervenants et prendre quelques notes. </p>

<p>Sans doute s'agit-il d'économiser l'énergie. La réunion est organisée par un pays scandinave ; j'imagine que des Français auraient prévu un éclairage à la lumière électrique.</p>

<p>Cette situation un peu inhabituelle a une vertu : elle permet de mieux comprendre le rôle de la lumière.</p>

<p>La luminosité naturelle est moins intense que l'éclairage électrique, mais elle est surtout irrégulière et incontrôlable. En ce jour de mars, le soleil se montre fugitivement, puis se cache derrière des nuages tantôt épais, souvent translucides.</p>

<p>La lumière varie selon le lieu où on est assis, dans son éclat et dans ses effets. Ceux qui sont placés face à la fenêtre sont éblouis par l'éclat des nuages qui reflètent la lumière du soleil et peinent à bien distinguer les traits des personnes assises en face d'eux, à contre-jour. Celles-ci, au contraire, bénéficient d'un éclairage plus régulier, soumis toutefois à des variations de pénombre selon la disposition des fenêtres dans la pièce.</p>

<p>Le choix d'un éclairage électrique aurait, au contraire, unifié la luminosité dans toute l'étendue de la pièce et gommé toute variation dans le temps. </p>

<p>L'éclairage naturel introduit donc une dépendance au lieu et à l'instant. Et on découvre soudain que cette contrainte, parce qu'elle rapproche le corps de sensations que l'on devine naturelles, est source d'une satisfaction floue, légère, inattendue.</p>

<p>La valeur de l'ombre et de la pénombre demeure à explorer. Ceux qui l'ont connue l'ont souvent oubliée.</p>

<p><b>2) Yim Seock Jae</b>, dans un livre intitulé <i>The Traditional Space: A Study of Korean Architecture</i>, énumère les six fonctions de l'ombre dans l'architecture traditionnelle coréenne&nbsp;:<br />
<ul><li>l'ombre définit la limite du territoire couvert par le bâtiment&nbsp;;</li><li>l'ombre d'un bâtiment crée une relation entre celui-ci et son voisin&nbsp;;</li><li>l'ombre crée des formes et des motifs, qu'elle dessine sur le sol ou sur les murs&nbsp;;</li><li>l'ombre ne cesse de se transformer et demeure impossible à saisir ;</li><li>l'ombre, comme abstraction, exprime le silence et représente l'univers avec des formes noires et blanches (ce qui n'est pas, pour moi, tout à fait clair)&nbsp;; </li><li>l'ombre est un indicateur du temps, de la saison, du temps même : «&nbsp;<i>The long shadow of the rafter falling on the window sill tells it was time to prepare dinner. (...) When the shadow that crisscrosses the white wall is blurred at the edges, we know to expect rain the next day</i>&nbsp;».</li></ul></p>

<p>C'est dans l'ombre du toit que l'on voit le mieux la forme recourbée de celui-ci. L'ombre unit le bâtiment au temps, aux saisons et au temps. «&nbsp;<i>And for this, our lives become richer.</i>&nbsp;»</p>

<p><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2531.j-500.jpg"></p>

<center><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2545.j-500.jpg"></center>

<p><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2548.j-500.jpg"><br />
<!--<br />
<img src="/images/hangug/ombre/IMG_2547.j-500.jpg"><br />
<img src="/images/hangug/ombre/IMG_2489.j-500.jpg"></p>

<p><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2492.j-500.jpg"></p>

<p><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2509.j-500.jpg"></p>

<p><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2515.j-500.jpg"></p>

<p><img src="/images/hangug/ombre/IMG_2544.j-500.jpg"><br />
--></p>

<p><b>3) Junichiro Tanizaki</b>, autour de 1930, a écrit un <i>Éloge de l'ombre</i>. Ce n'est pas vraiment un essai, ni tout à fait un récit. C'est plutôt un libre monologue.</p>

<p>Il y parle du papier japonais, des ustensiles en métal, des jades, des verres utilisés au Japon : tous ternes, tous troubles et voilés. Les Occidentaux, au contraire, n'aiment les objets que lorsqu'ils brillent et étincellent. </p>

<p>Il insiste surtout sur les vertus de l'ombre. </p>]]>
<![CDATA[<p>Celles-ci lui sont révélées dans un restaurant où il se sent incommodé par un éclairage électrique nouvellement installé ; demandant qu'on lui apporte les chandeliers d'autrefois, il découvre alors «&nbsp;un charme nouveau et tout autre&nbsp;» aux plateaux et bols en laque disposés sur la table. «&nbsp;Et je sus que si nos ancêtres avaient trouvé cet enduit qui a nom «&nbsp;laque&nbsp;», et s'étaient laissé ensorceler par les couleurs et le lustre des ustensiles qui en étaient recouverts, ce n'était point l'effet d'un hasard.&nbsp;»</p>

<div class=bloc-citation>«&nbsp;De tout temps la surface des laques avait été noire, brune ou rouge, autant de couleurs qui constituaient une stratification de je ne sais combien de «&nbsp;couches d'obscurité&nbsp;», qui faisaient penser à une matérialisation des ténèbres environnantes. Un coffret, un plateau de table basse, une étagère de laque brillante à dessin de poudre d'or, peuvent paraître tapageurs, criards, voire vulgaires ; mais faites une expérience : plongez l'espace qui les entoure dans une noire obscurité, puis substituez à la lumière solaire ou électrique la lueur d'une unique lampe à huile ou d'une chandelle, et vous verrez aussitôt ces objets tapageurs prendre de la profondeur, de la sobriété et de la densité.&nbsp;»</div>
<div style="text-align: right;"><small><i>Traduction de René Sieffert</i></small>.</div>

<p>La dorure qui orne certains objets en laque s'explique ainsi par la manière dont elle contraste avec l'obscurité ambiante et reflète la lumière vacillante des lampes. «&nbsp;Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'œil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables.&nbsp;»</p>

<p>Tanizaki explore aussi les effets de l'ombre dans l'architecture.</p>

<div class="bloc-citation">Je suis totalement profane en matière d'architecture, mais je me suis laissé dire que, dans les cathédrales gothiques d'Occident, la beauté résidait dans la hauteur des toits et dans l'audace des flèches qui plongent dans le ciel. À l'opposé, dans les édifices religieux de notre pays, les bâtiments sont écrasés par les énormes tuiles faîtières, et leur structure disparaît tout entière dans l'ombre profonde et vaste que projettent les auvents.</div>

<p>Il est vrai que le toit, en Occident, est sans doute la partie la plus négligée de l'architecture. Tout est, chez nous, dans la façade ; c'est bien <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2009/05/seuils_de_kyoto_1.html">ce qui m'a troublé au Japon</a>. L'attention est portée sur les détails, pas sur l'organisation générale de la façade. </p>

<p>Tanizaki, lui, insiste sur les modalités de l'assombrissement dans les demeures japonaises : large auvent, vérandas, papier translucide diffusent une clarté ténue. Il s'agirait de jouer sur les degrés d'opacité de l'ombre. Le <i>toko no ma</i> lui-même, cette niche dans laquelle on dispose avec sobriété et harmonie une peinture, un arrangement floral, à peine visibles dans la pénombre, démontre «&nbsp;à quel point les Japonais ont pénétré les mystères de l'ombre, et avec quelle ingéniosité ils ont su utiliser les jeux d'ombre et de lumière.&nbsp;»</p>

<p>Le livre de Tanizaki, qui ne prétend pas être un théoricien, ne craint pas de se perdre dans certains délires esthétiques sur les vertus des toilettes à l'ancienne, la beauté des mains d'un acteur de nô ou la recette des sushi aux feuilles de kaki. Son attachement au passé confine au conservatisme. Souvent, toutefois, il touche juste :  </p>

<div class=bloc-citation>... notre imagination elle-même se meut dans des ténèbres noires comme laque, alors que les Occidentaux attribuent à leurs spectres même la limpidité du verre. Les couleurs que nous aimons, nous, pour les objets d'usage quotidien, sont des stratifications d'ombre : celles qu'ils préfèrent, eux, sont les couleurs qui condensent en elles tous les rayons du soleil. Sur l'argent et le cuivre, nous apprécions la patine ; eux la tiennent pour malpropre et antihygiénique, et ne sont contents que si le métal brille à force d'être astiqué. Dans les pièces d'habitation, ils évitent autant qu'ils le peuvent les recoins, et blanchissent le plafond et les murs qui les entourent. Jusque dans le dessin des jardins, là où nous ménageons des bosquets ombreux, ils étalent de vastes pelouses plates.&nbsp;»</div>

<p>Certes, on pourrait opposer à Tanizaki la netteté des estampes japonaises, d'où sont exclus tout flou et toute ombre, ou le goût du Japon moderne pour la lumière, qui paraît-il a conquis à nouveau Tokyo malgré les restrictions de la production d'électricité qui ont suivi la catastrophe.</p>

<p><b>4) Ce n'est pas que l'ombre soit ignorée des architectes occidentaux</b>&nbsp;: ils la connaissent, l'étudient scientifiquement pour construire un cadran solaire sophistiqué dans l'église Saint-Sulpice.</p>

<p>Plus récemment, l'un des architectes-urbanistes responsables du <a href="http://mairie11.paris.fr/mairie11/jsp/site/Portal.jsp?page_id=1138">réaménagement de la place de la République</a>, à Paris, explique son projet par des considérations d'ombre et d'ensoleillement : puisqu'on a décidé de ne laisser qu'un côté de la place aux voitures, c'est la moitié nord de la place qui deviendra piétonne, celle qui est la plus exposée à ces rayons de soleil que tous les Parisiens sont censés rechercher avec avidité dès que revient le printemps. </p>

<p>Les arbres seront toutefois préservés, au centre de la place, afin que l'ombre conserve son territoire, au moment des grandes chaleurs. </p>

<p>L'ombre n'est donc considérée de manière générale, sur la place de la République comme partout ailleurs en France, que sur un angle purement utilitaire.</p>

<p>Quels architectes, en Occident, ont réfléchi de manière approfondie à l'impact esthétique de l'ombre des toits ou des murs ? Ces effets, que Yim Seock Jae décrit de manière systématique dans le cas des temples et académies confucéennes coréens, ne sont vécus chez nous que comme des avantages pratiques (bénéficier de l'ombre d'un auvent) ou des nuisances (perdre, lors de la construction d'un immeuble de grande hauteur, l'accès direct au soleil dont on bénéficiait précédemment). </p>

<p>Je me promène ainsi dans une librairie d'architecture, à la recherche de livres consacrés à l'ombre. Je ne trouve guère qu'un essai d'Antoine Grumbach : <i>L'ombre, le seuil, la limite</i>. C'est un livre de réflexions sur l'espace juif. À côté, un ouvrage de Louis Khan porte un titre presque opposé : <i>Le Silence et la Lumière</i>. </p>

<p>La lumière, et non l'ombre, voilà bien un sujet de choix pour l'architecture occidentale : on pourrait faire l'histoire de la mise en lumière progressive des bâtiments européens, une longue narration de l'agrandissement des fenêtres dans les cathédrales gothiques et les palais de Louis XIV, de l'hygiénisme lumineux de Le Corbusier et finalement du <a href="http://www.pss-archi.eu/immeubles/FR-75056-8404.html">fantasme de l'immeuble de verre</a>, baigné et même traversé par la lumière au tournant du 21<sup>e</sup> siècle.</p>

<p><b>4) L'Occident, pourtant, a connu l'ombre</b>. Nos ancêtres vivaient dans la pénombre. </p>

<p>On rêvera ainsi, par dérogation aux principes de la muséographie moderne qui imposent un éclairage uniforme et «&nbsp;naturel&nbsp;», de voir reconstituée, dans une salle du Louvre, la lueur incertaine et flottante des chandelles d'autrefois : lorsque, vers 1562, dans le réfectoire de San Giorgio Maggiore, les moines levaient les yeux vers les immenses <i>Noces de Cana</i> accrochées au-dessus de la chaire de l'abbé, que voyaient-ils exactement&nbsp;?</p>

<p>C'est ce projet qu'a réalisé Stanley Kubrick, dans les scènes d'intérieur de <i>Barry Lindon</i>. </p>]]>
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<title>La chaleur des orangers</title>
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<modified>2012-02-07T18:49:59Z</modified>
<issued>2012-02-07T18:21:50Z</issued>
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<created>2012-02-07T18:21:50Z</created>
<summary type="text/plain"><![CDATA[« Il fait bon, ici ! &mdash; Par un temps pareil, madame, il y a seulement deux endroits agréables à Paris : ici et le long du mur des Tuileries ! » En cette période où les gens hésitent à...]]></summary>
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<dc:subject>Paris</dc:subject>
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<![CDATA[<div class="bloc-citation">« Il fait bon, ici !

<p>&mdash; Par un temps pareil, madame, il y a seulement deux endroits agréables à Paris : ici et le long du mur des Tuileries ! »</div></p>

<p>En cette période où les gens hésitent à sortir, où des corps enserrés dans des manteaux en couches superposées rasent les murs à grandes enjambées, un petit coin du jardin du Luxembourg connaît une affluence inattendue. </p>

<p>Vingt à vingt-cinq personnes prennent chaque jour le soleil le long de l'Orangerie du jardin du Luxembourg. On peut imaginer qu'ils resteront pendant une heure, voire tout l'après-midi, dans un lieu qui bénéficie grâce à son exposition privilégiée, pour peu que les rayons de soleil traversent les nuages, d'un étonnant climat local. </p>

<p>Le reste du jardin n'est fréquenté que par des touristes qui viennent admirer, grelottants et pressés, les volutes de glace ornant les fontaines avant d'aller commander un chocolat chaud dans quelque café du boulevard ; ici, au contraire, les gens prennent leur temps sur une rangée de sièges où les places libres sont rares. Certains lisent un livre, les mains non gantées ; d'autres ferment les yeux pour mieux absorber la lumière, comme pour parfaire encore leur bronzage. </p>

<p><img src="/images/paris/6/sieges2.jpg"></p>

<p>Voilà leur luxe : venir se réchauffer au soleil, par moins trois degrés en pleine journée, alors que partout ailleurs chacun ne parle que du froid.</p>

<p><img src="/images/paris/6/bassin.jpg"></p>]]>

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<title>La ville décentrée</title>
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<modified>2012-02-07T18:26:20Z</modified>
<issued>2012-02-06T21:56:42Z</issued>
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<summary type="text/plain">Il s&apos;agit d&apos;une ville qui a perdu son centre. Je parle d&apos;une ville générique, imaginaire, pas d&apos;une ville particulière. Les premiers furent les ateliers et les usines, qui fermèrent leurs hangars le long du canal pour rejoindre la zone industrielle....</summary>
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<dc:subject>Divers</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Il s'agit d'une ville qui a perdu son centre. Je parle d'une ville générique, imaginaire, pas d'une ville particulière. </p>

<p>Les premiers furent les ateliers et les usines, qui fermèrent leurs hangars le long du canal pour rejoindre la zone industrielle. Les fumées et les bruits de marteaux ont alors disparu du paysage urbain&nbsp;; ils ne reste d'eux que quelques bâtisses toujours vides auxquelles on ne prête plus attention.</p>

<p>Par la suite, les habitants de la grand'rue et des vieux immeubles de deux étages environnants sont partis les uns après les autres vers les maisons individuelles des lotissements de la périphérie. On construisait alors beaucoup, pourtant la population restait stable. </p>

<p>Puis quelques grands supermarchés se sont installés à l'entrée, c'est à dire aussi à la sortie, de la ville. À présent les commerces moyens, ceux qui vendent des vêtements ou des cycles, annoncent leur intention de quitter la place où se tenait autrefois un marché pour s'agrandir dans des locaux neufs à proximité des grands axes ou près de l'embranchement de la rocade. Car les voyageurs ne passent plus par le centre, autrefois célèbre pour ses embouteillages lors des départs en vacances.</p>

<p>Cette ville ne sera bientôt plus un organisme doté d'un cœur et d'un poumon pour insuffler la vie dans l'ensemble de l'agglomération, mais un réseau de fonctions complémentaires et de nœuds articulés. Aucun de ces n&oelig;uds ne possèdera le prestige du centre, car ils n'attireront les gens qu'à proportion de leur utilité en tant que lieu de travail, espace de shopping, machine à habiter.</p>

<p>La structure même de la ville se bouleverse sans qu'on s'en aperçoive véritablement. On ne va plus dans certaines ruelles dans lesquelles toute activité a disparu ; on oublie même qu'elles ont joué autrefois un rôle dans l'organisme urbain.</p>

<p>Les habitants viennent moins souvent au centre : pour des formalités administratives, pour se faire couper les cheveux, pour faire la fête une fois par an. Désormais, pour travailler, faire les courses ou dormir, ils circulent d'une périphérie à une autre.</p>

<p>Le centre demeure toutefois un lieu de promenade. Il conserve des boulangeries, une ou deux épiceries, quelques petits commerces, un marché. Le visiteur de passage ne se rend pas compte de cette évolution. Le centre devient même de plus en plus pittoresque et plaisant, à mesure que les maisons sont libérées de leur crépis pour révéler leur ancien appareil de briques et que les trottoirs sont élargis afin de supprimer tout partage de la chaussée entre les voitures et les piétons.</p>

<p>Les habitants de longue date, eux, perçoivent cet évidement du centre et le vivent avec fatalité.</p>]]>

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<title>Vie longue</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2011/10/vie_longue.html" />
<modified>2011-10-10T11:22:33Z</modified>
<issued>2011-10-09T22:08:28Z</issued>
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<created>2011-10-09T22:08:28Z</created>
<summary type="text/plain">À Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, on fait des recherches sur les techniques d&apos;enfouissement des déchets nucléaires. On a creusé pour cela un kilomètre de tunnels à 500 mètres de profondeur. Le stockage pourrait...</summary>
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<dc:subject>France</dc:subject>
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<![CDATA[<p>À Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, on fait des recherches sur les techniques d'enfouissement des déchets nucléaires. On a creusé pour cela un kilomètre de tunnels à 500 mètres de profondeur.</p>

<p>Le stockage pourrait commencer dans une quinzaine d'années&nbsp;; il devrait durer au moins un million d'années. On parle par euphémisme de déchets «&nbsp;à vie longue&nbsp;». En fait aucune activité humaine au monde, sans doute, ne vise une telle échéance, à moins que l'on ne considère l'extraction des énergies fossiles qui ne se reconstitueront pas avant des centaines de millions d'années. </p>

<p>Face à de tels délais, le long terme n'est rien. Le long terme, c'est par exemple le réchauffement climatique&nbsp;; mais dans cent cinquante ans peut-être, le CO<sub>2</sub> que nous générons aujourd'hui devrait avoir disparu tout seul de l'atmosphère, si du moins nous parvenons d'ici là à réduire nos émissions. </p>

<p>À cette date, les déchets nucléaires auront à peine commencé leur immense voyage dans le temps.</p>

<p><img src="/images/divers/bure2.jpg"></p>

<p>Je savais cela avant de visiter le site de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Laboratoire_de_Bure">Bure</a>. La région avait été choisie pour ses vertus géologiques&nbsp;: un sol imperméable sur plusieurs centaines de mètres d'épaisseur&nbsp;; des couches géologiques stables depuis <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Oxfordien">150&nbsp;millions d'années</a>, qui n'ont donc aucune raison de libérer au cours du prochain million d'années tout ce que l'homme leur confiera.<br />
 <br />
Mais c'est seulement sur place que j'ai compris ce que c'était de travailler avec la géologie.</p>

<p>Si les géologues, à Bure, étudient des roches contemporaines de l'apparition des oiseaux et des plantes à fleur, leur vrai objectif n'est pas pour une fois la connaissance du passé, mais la compréhension de l'avenir de cette roche, la prédiction de son comportement pendant le prochain million d'années.</p>

<p>Ce comportement ne dépend pas seulement de la physique et de la chimie. La roche réagit aussi aux interventions de l'homme. Et à une échelle beaucoup plus brève.</p>

<p>Un kilomètre de galeries ont déjà été creusés à Bure. Dans la paroi de ces galeries on fore des alvéoles de plusieurs dizaines de mètres de longueur pour une quarantaine de centimètres d'épaisseur. Les déchets nucléaires seront stockés dans des alvéoles tels que ceux-là, conditionnés dans des conteneurs cylindriques poussés les uns à la suite des autres.</p>

<p>Or les galeries, creusées vingt à cinquante fois plus profondément que celles du métro, subissent une pression qui les amène à s'aplatir de manière visible dès les premières semaines. Une armature de métal, un coffrage en béton ne peuvent que ralentir leur destruction inéluctable. </p>

<p>Les conteneurs eux-mêmes se dégraderont, les alvéoles s'écrouleront. D'ici quelques centaines ou quelques milliers d'années, tout ceci aura disparu. Les roches se seront refermées et tous les efforts du génie civil humain auront été réduits à néant.</p>

<center><img src="/images/divers/bure3.jpg"></center>

<p>Au-delà, c'est donc des seules qualités de la roche que dépendra l'emprisonnement des déchets radioactifs. Or l'imperméabilité n'est qu'un terme approximatif. L'argilite ne bloque pas tout à fait l'humidité&nbsp;; simplement, il faut dix mille ans à une goutte d'eau pour y parcourir quelques centimètres. On calcule donc que, dans un tel milieu, les matières radioactives auront perdu leur nocivité avant d'atteindre la surface, tout en se diluant sur une large superficie.</p>

<p>C'est l'esprit du projet&nbsp;: aucune des technologies que maîtrise l'homme n'est capable de retenir des matières radioactives pendant un million d'années, seule la nature elle-même, plus ancienne et moins changeante que nos techniques et nos civilisations, en sera capable. </p>

<p>Il aurait été beaucoup plus simple d'enfouir les déchets juste après le forage d'une galerie et de refermer immédiatement celle-ci avant d'en creuser une autre pour les prochains déchets. Mais un second choix a été fait en France&nbsp;: le stockage ne doit pas être tout de suite définitif. Pendant une centaine d'années, il doit être possible de récupérer les matières radioactives. Car peut-être aura-t-on réussi à mettre au point une technique, par exemple la transmutation, pour rendre ces déchets moins nocifs et de ne pas avoir à les glisser sous le paillasson de la croûte terrestre comme on s'apprête à le faire.</p>

<p>Ce choix a des conséquences. À partir de 2025 et pendant une centaine d'années, les galeries du centre de stockage contiendront des déchets radioactifs qui ne seront pas totalement isolés du monde extérieur. Il faudra ventiler ces galeries pour éviter que la chaleur ne s'y accumule. Les conteneurs devront résister à leur propre contenu pendant toute cette durée. Le site devra être surveillé en permanence.</p>

<p>Et en 2125, si notre civilisation ou la suivante a su mener à bien ce projet, le site de stockage sera fermé, les galeries obstruées au moyen des déblais qui sont actuellement conservés à proximité du puits.</p>

<p>À ce moment seulement les déchets entreront «&nbsp;dans l'éternité&nbsp;».</p>

<p><i>Into Eternity</i>&nbsp;: c'était le titre du documentaire de Michael Madsen consacré il y a quelques mois à la construction du centre de stockage de déchets nucléaires finlandais.</p>

<p>Le film insistait particulièrement sur l'absence de garantie que l'on peut avoir à ces échelles de temps. Comment avertir une civilisation future du danger qui se trouve à cet endroit ? </p>

<p>Ou faut-il justement éviter de l'avertir, pour qu'elle ne soit pas tentée de se l'approprier, soit par curiosité, soit par volonté de nuire ?</p>

<p>À Bure et dans les centres de stockage de déchets nucléaires à vie plus courte, l'<a href="http://www.andra.fr/pages/fr/menu1/l-andra/1969---1991---les-origines-6720.html">ANDRA</a>, l'organisme auquel cette tâche a été confiée, <a href="http://www.andra.fr/pages/fr/menu1/les-solutions-de-gestion/se-souvenir-19.html">réfléchit</a> aux moyens de conserver la mémoire du site sur plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires&nbsp;; papier permanent, capable de conserver notre écriture pendant des siècles, institutions susceptibles de survivre aux changements de régime.</p>

<p>Il est techniquement possible de créer les supports qui conserveront la mémoire d'un site. Mais comme le conclut l'ANDRA&nbsp;: «&nbsp;La principale question reste la préservation du sens de cette mémoire&nbsp;».</p>

<p><img src="/images/divers/bure1.jpg"></p>]]>

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<title>La montagne au bout des roues</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2011/10/la_montagne_au.html" />
<modified>2011-10-04T23:21:04Z</modified>
<issued>2011-10-04T06:50:49Z</issued>
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<summary type="text/plain"><![CDATA[Le col du Galibier, à 2&nbsp;650 mètres d'altitude, est l'une des routes goudronnées les plus élevées de France. Depuis Saint-Jean-de-Maurienne, le dénivelé est l'un des plus importants que l'on puisse trouver sur la carte&nbsp;: 2&nbsp;100 mètres en 48 kilomètres, longue...]]></summary>
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<email>bloc-notes-notify@thbz.org</email>
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<dc:subject>France</dc:subject>
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<![CDATA[<p>Le <a href="http://maps.google.com/maps?q=col+du+Galibier&ll=45.063124,6.406875&spn=0.0092,0.013325&hq=col+du+Galibier&t=h&z=16&vpsrc=0">col du Galibier</a>, à 2&nbsp;650 mètres d'altitude, est l'une des routes goudronnées les plus élevées de France. Depuis Saint-Jean-de-Maurienne, le dénivelé est l'un des plus importants que l'on puisse trouver sur la carte&nbsp;: 2&nbsp;100 mètres en 48 kilomètres, longue montée interrompue pendant cinq kilomètres seulement entre le col du Télégraphe et le village de Valloire.</p>

<p>Ce 30 août en début d'après-midi, je pose mon vélo au sommet du col parmi une foule de touristes et de cyclistes. Le soleil brille sans brûler. Les appareils photo tentent de capter l'immensité d'un paysage qui s'étend à droite et à gauche, devant et derrière, vers le haut comme vers le bas. </p>

<p>Depuis le col, la vue plonge dans les vallées, remonte vers les sommets, ondule entre une montagne proche et la suivante, plus lointaine, plus élevée.</p>

<p>La plaine est invisible, la forêt elle-même est trop éloignée&nbsp;: seuls restent, à perte de vue, les rochers et les pics. La pierre a éliminé les arbres et règne sur le paysage ; pour la quitter il faudrait monter encore de 1&nbsp;000 ou 1&nbsp;500 mètres vers le sud, rejoindre les glaciers de la Meije et des Écrins.</p>

<p>Les montagnes de roche se découpent à l'infini&nbsp; sur l'horizon. Plus près, à l'échelle de l'homme, les rochers deviennent pierres, cailloux, poussière. Mais le caillou forgé par l'érosion prend la même forme que le pic et reproduit les mêmes dentelures. Le paysage n'est pas très différent pour la marmotte et pour l'aigle.</p>

<p>Dans cette roche où la vie est si peu présente, les routes et les maisons, les voitures et les cyclistes impriment la marque de l'homme. Quelques semaines plus tôt <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2011/10/journal_de_norv.html">en Norvège</a>, j'avais vu une nature ignorante de l'homme&nbsp;: ici les panneaux d'information touristique, les bars-restaurants, les boutiques de souvenirs et les granges rappellent que ce paysage est habité par l'homme.</p>

<p>Pendant la montée vers le Galibier, si longue et si pentue, le coureur se promet qu'il s'arrêtera, lors de la descente, à chacun de ces points de vue et dans chacun de ces lieux-dits ; quel plaisir ce sera d'acheter du fromage dans cette ferme, de prendre un verre, non, un plat entier dans ce bar-restaurant, de fixer sur son appareil-photo toutes ces vues si intéressantes ! D'ailleurs, en redescendant il boira rapidement, sans souci de la préserver, toute l'eau qui lui reste et il mangera ses biscuits sans craindre l'indigestion. Peut-être même s'arrêtera-t-il pour bavarder avec le photographe installé dans un lacet, qui court après chaque cycliste et motard pour lui donner le nom du site Web sur lequel il vend ses photos.</p>]]>
<![CDATA[<p>Or, une fois au sommet, ayant atteint le terme d'un effort qui, jusque-là, n'était que partiel, ayant contemplé et photographié depuis un point unique la totalité d'un paysage dont il n'avait jusque-là pu voir, lacet après lacet, que quelques éléments, dominé l'ensemble de la route qu'il vient de parcourir et sur laquelle, loin en contrebas, il avait pris toutes ces résolutions, à ce moment il ne pense plus guère qu'à revenir chez lui aussi rapidement que la nécessaire prudence de la descente le lui permet&nbsp;: tout à été fait, tout a été vu, le sommet à lui seul contient l'ensemble du voyage. Pourtant il s'arrêtera bien de temps en temps, parce que le soleil a commencé à descendre et que parfois les rochers luisent comme un torrent, invitent à l'arrêt (le touriste toujours craint d'avoir manqué un point de vue intéressant) ; il essaiera de visiter les villages, trouvera porte fermée à l'église de Valloire, pénétrera dans celle de Saint-Michel-de-Maurienne aux étonnantes parois peintes, renoncera au musée de l'aluminium parce que l'heure de la fermeture approche.</p>

<p>Le cycliste voit le paysage mieux que l'automobiliste car sa vue n'est pas bloquée par l'armature de la carrosserie. Mais il ne peut s'arrêter tout le temps et sa vitesse, même modérée, l'empêche de se retourner sans cesse comme le piéton curieux : il ne fait malgré tout que passer. Son contact est moins physique que celui du promeneur. Le paysage demeure extérieur et ne fait pas partie de la vie du cycliste comme de celle de l'habitant. Le cycliste est un touriste.</p>

<p><img src="/images/france/maurienne2011/galibier-1.jpg" /></p>

<p><img src="/images/france/maurienne2011/galibier-4.jpg" /></p>

<p><img src="/images/france/maurienne2011/galibier-3.jpg" /><br />
<!--<br />
<img src="/images/france/maurienne2011/galibier-2.jpg" /> --></p>

<p>En mettant pied à terre au sommet, en séparant mon corps de la machine en métal qui le soutenait, j'ai découvert en moi la chair, la démarche, les douleurs d'un homme de 80 ans. Chaque mouvement révélait la présence de muscles et d'organes qui habituellement fonctionnent en toute discrétion.</p>

<p>J'étais déçu, mais pas tellement, d'avoir dû m'arrêter à deux reprises dans les derniers kilomètres. Une fois à cinq kilomètres de l'arrivée <a href="http://maps.google.com/maps/myplaces?ll=45.080644,6.426081&spn=0.001102,0.001996&sll=45.170348,6.40986&sspn=0.212369,0.12884&mpa=0&ctz=-120&mpf=0&doflg=ptk&t=h&z=19&vpsrc=6&layer=c&cbll=45.080644,6.426081&panoid=4rsgONCiCb16ezsshIzbWw&cbp=12,227.78,,0,19.11">après un petit pont</a>, une seconde fois <a href="http://maps.google.com/maps/myplaces?ll=45.067675,6.408945&spn=0.001112,0.001996&sll=45.170348,6.40986&sspn=0.212369,0.12884&mpa=0&ctz=-120&mpf=0&doflg=ptk&t=h&z=19&vpsrc=6">juste avant le dernier kilomètre</a>. Déception mesurée, car mon vieux <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9lo_tout_chemin">vélo</a>, trop lourd, guère entretenu, fait pour tout sauf pour la course, me fournissait une excuse toute prête ; regret ténu, tout de même, qu'il faudra combattre.</p>

<p>Chaque fois, bien sûr, j'étais reparti, porté par la nécessité. Car dans une montagne où la vue porte loin, aucun demi-tour n'est envisageable tant que l'on n'a pas atteint un col, un sommet, un point de vue, une cible. Tant que l'on sait que la vue sera toujours plus vaste un peu plus loin, qu'après ce virage sera dévoilée une part encore plus exhaustive de la montagne, on continue à suivre le chemin. Le cyclisme, comme la course à pied, consiste à poursuivre des objectifs successifs ; il est toujours difficile de ne pas en atteindre un.</p>

<p>Il y a cinq ans, j'essayais de décrire ici <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2006/09/comment_grimper_1.html">ce que représente l'ascension d'un col à vélo</a>. C'était une histoire optimiste&nbsp;: il suffisait au cycliste rationnel et maître de lui de régler sa vitesse et son alimentation pour parvenir, au fil des heures, à escalader les plus hautes cimes. C'était un voyage. Un an auparavant, j'avais aussi évoqué <a href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2005/04/marathon_de_par.html">la longue souffrance du marathon</a>. Les 42 kilomètres de montée vers le Galibier, surtout à travers le gigantesque champ de bataille de rochers préhistoriques qui sépare Valloire du sommet, ce n'était plus un voyage ; ce fut un marathon.</p>

<p>En passant devant le panneau qui indiquait que l'arrivée n'était plus qu'à quatre kilomètres et que l'altitude, juste à cet endroit, devant cette pierre même, était précisément de 2&nbsp;315 mètres, quelque chose au fond de mon corps a songé et prononcé à voix haute ces mots&nbsp;: « C'est énorme ! » &mdash; et j'ai été pris d'un fou rire tout en continuant à pédaler. </p>

<p>C'était énorme d'être déjà monté aussi haut, d'avoir dépassé le Tourmalet en partant de plus loin dans la vallée... Plus tard, devant le panneau du dernier kilomètre, au moment de choisir les lacets de gauche vers le sommet plutôt que le tunnel à droite qui le traverse et l'évite, mon corps a eu la même réaction ; mais rien ne ressemblait plus à des sanglots que ce fou rire. Longtemps après au sommet, la montagne entière étendue devant mes pieds, le corps épuisé, libéré, continuait à échapper parfois au contrôle de l'esprit ; à présent le rire avait disparu.</p>

<p>Il a bien fallu redescendre, par le même chemin. Filant à travers le vent, le K-Way sur les épaules, il restait de tout cela une certaine honte à progresser à présent aussi facilement sur le bandeau noir de la route, alors que d'autres cyclistes, identiques à moi, montaient toujours à pas de loup, le visage crispé. Certains coureurs allaient plus vite que d'autres, certains souffraient plus, mais pour aucun, je le sais, cette montée n'était facile : cette égalité dans la douleur fonde (provisoirement, car elle ne dure qu'une seconde, le temps d'échanger un regard ou de se dire bonjour) leur camaraderie.</p>

<p><img src="/images/france/maurienne2011/galibier-velo-2.jpg" /><br />
<!--<br />
<img src="/images/france/maurienne2011/galibier-velo.jpg" /> --><br />
</p>]]>
</content>
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<title>Journal de Norvège</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2011/10/journal_de_norv.html" />
<modified>2011-10-04T14:51:29Z</modified>
<issued>2011-10-02T16:21:44Z</issued>
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<created>2011-10-02T16:21:44Z</created>
<summary type="text/plain">16 août. Partant de l&apos;aéroport d&apos;Oslo, par la voie express qui traverse en souterrain le centre d&apos;Oslo, ce n&apos;est qu&apos;au bout de plusieurs dizaines de kilomètres, la pluie s&apos;étant arrêtée, que l&apos;horizon se dégage et qu&apos;on a enfin l&apos;impression d&apos;être...</summary>
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<name>thbz</name>

<email>bloc-notes-notify@thbz.org</email>
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<dc:subject>Europe</dc:subject>
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<![CDATA[<p><b>16 août.</b></p>

<p>Partant de l'aéroport d'Oslo, par la voie express qui traverse en souterrain le centre d'Oslo, ce n'est qu'au bout de plusieurs dizaines de kilomètres, la pluie s'étant arrêtée, que l'horizon se dégage et qu'on a enfin l'impression d'être entré en Norvège.</p>

<p>Le pays, dans les vallées du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Comt%C3%A9_de_Telemark">Telemark</a> à l'est d'Oslo, prend alors un premier visage&nbsp;: celui des maisons en bois.</p>

<p>Couleur rouge, forme élémentaire de parallélépipède avec un toit à deux pans&nbsp;: cette simplicité met en valeur l'unique motif décoratif représenté par les fenêtres à grands carreaux soulignées par des montures blanches. </p>

<p>Ornées plus que protégées par de jolis rideaux, elles exposent, comme c'est souvent le cas dans les pays situés au nord de la France, des pots de fleur ou des petits objets destinés à être vus de l'extérieur.</p>

<p>Le bois, c'est aussi celui des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stavkirke">églises dites « en bois debout »</a> (<i>stavkirke</i>). La plus vaste d'entre elles, <a href="http://maps.google.com/maps/ms?msid=209624461999840328023.0004a8098136a35bb3433&msa=0&ll=59.578759,9.174174&spn=0.000011,0.008658">l'église en bois debout de Heddal</a>, apparaît dès le premier jour au bord de la route. Un complexe agencement de pans de façade et d'avant-toits l'assied solidement sur le sol tout en élevant sa cime vers le ciel.</p>

<p>C'est enfin le bois de ces petites cabines sur pilotis, joliment décorées, qui accompagnent la plupart des maisons. Il s'agit à l'origine de garde-mangers, transformés plus tard en habitations ou en débarras.</p>

<p>La route, s'enfonçant toujours plus vers l'est, commence alors à traverser de superbes forêts de conifères et à longer des lacs apaisés en arrivant au village isolé de Rauland.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/hedda.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/garde-manger.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/rauland.jpg"></p>

<p><b>17 août</b></p>

<p>Il faut 300 kilomètres pour rejoindre Bergen depuis Rauland&nbsp;: les distances sont rarement courtes en Norvège.<br />
</p>]]>
<![CDATA[<p>Dès le départ, au bord de la route, le soleil du matin transfigure un lac à l'eau parfaitement plane&nbsp;: miroir parfait, il reflète, comme une peinture hyperréaliste, le ciel et les montagnes avec leurs forêts et leurs maisons. Les rochers ne dépassent plus de l'eau mais <a href="http://noozone.free.fr/noocrypte/viewtopic.php?t=634">flottent dans les airs</a>.</p>

<p><a href="/images/europe/norvege/lac-totak-grande.jpg"><img border=0 src="/images/europe/norvege/lac-totak.jpg"></a></p>

<p>Fragile illusion... Car à une autre saison, sous un ciel différent, <a href="http://maps.google.com/maps?q=rauland,+norway&hl=fr&ll=59.758816,7.791367&spn=0.05343,0.136986&sll=37.0625,-95.677068&sspn=42.495706,70.136719&vpsrc=6&t=h&z=13&layer=c&cbll=59.758839,7.791142&panoid=LyRVlBpqRY-xMHv5giJMOA&cbp=12,165.68,,0,13.09">Google Maps</a> ne voit ici qu'un paysage triste et froid.</p>

<p>Désormais, la Norvège se résumera à quelques éléments de base&nbsp;: d'une part l'immense étendue rocheuse des montagnes vertigineuses et impénétrables, d'autre part les grandes étendues d'eau planes.</p>

<p>Le paysage typique, presque unique dans ce pays, tel qu'on le voit depuis la route ou le ferry, c'est un lac qui sert de support à une fine ligne de maisons écrasées par la masse gigantesque des montagnes, elles-même coiffées (et en réalité, écrasées lentement, ce qui leur donne, à l'opposé des pics acérés des Alpes françaises, la forme arrondie des montagnes de la peinture chinoise) par la calotte d'un glacier, en grande partie invisible.</p>

<p>Parfois on apercevra en effet, tout en haut, les extrémités, en forme de langue, de l'énorme étendue de glace qui  les recouvre et les sculpte, aplanit les sommets avant de se glisser dans leurs anfractuosités, d'y fondre et de jaillir finalement en cascade dans les fjords et les lacs&nbsp;: après avoir couvert les montagnes, l'eau des glaciers finit par occuper le fond des vallées.</p>

<p>Dans ce pays, l'eau, et non la terre ferme, est propice aux déplacements humains. Les habitants de ce pays, meilleurs marins du monde à l'époque des Vikings, n'auront atteint la même maîtrise des routes continentales que mille ans plus tard, ayant appris pour cela à percer <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tunnel_de_L%C3%A6rdal">les plus longs tunnels du monde</a>.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/kinsarvik.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/sorfjord.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/buarbreen.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/souterrain.jpg"></p>

<p>Dans des espaces aussi vastes et inébranlables, les petites maisons norvégiennes ne font pas sérieux. </p>

<p>Avec leurs parois de bois ou imitant le bois, elles paraissent trop légères pour résister au vent, trop fines pour protéger du froid. Posées dans le paysage, au fond des collines ou sur les pentes lorsqu'y passe une route, elles ne s'inscrivent pas dans une organisation d'ensemble&nbsp;: elles pourraient être ici ou ailleurs, peu importe. </p>

<p>Les villages ne semblent pas avoir de centre, ce qui désoriente le voyageur. Dans la campagne, les parallépipèdes peints de couleurs assez vives tranchent sur l'herbe verte et leur taille est hors de proportion avec la masse formidable de la montagne qui les surplombe. Elles ne construisent pas un paysage en harmonie avec les arbres et les collines comme au Pays basque ou en Toscane. La nature en Norvège, n'est pas à la mesure de l'homme.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/gudvangen.jpg"></p>

<p>Le long d'un fjord, des étals de fruits, dans une région célèbre pour ses cerises et ses pommes, attirent le touriste affamé&nbsp;: il hésite, pourtant, car il ne voit aucun vendeur pour accueillir les clients.</p>

<p>Il finit pourtant par s'arrêter. Les barquettes de fruits sont exposées sur une table de bois, le prix est indiqué. Il n'a qu'à se servir et partir&nbsp;: après avoir glissé quelques pièces dans une boîte en fer, bien sûr, mais personne n'est là pour vérifier qu'il a payé &mdash; mieux, il pourrait facilement partir en emportant la recette du matin. On supposera que le propriétaire vient de temps en temps vider sa cassette et rajouter des fruits. On constatera surtout que ce pays n'a pas peur de faire confiance. Ainsi les particuliers qui louent un appartement ou une cabine par Internet ne demandent-ils pas d'acompte ou de numéro de carte de crédit&nbsp;: plusieurs fois au cours de ce voyage nous pourrions, sans avoir même à nous cacher véritablement, nous éclipser sans payer au matin.</p>

<p>Ou peut-être le travail des citoyens les plus riches du monde est-il si coûteux qu'il est plus économique de parier sur l'honnêteté des touristes ? Nous nous verrons, dans des cafés, obligés de nous servir nous-mêmes dans une cafetière le café que nous avons payé au même prix que dans un café chic parisien. Or les distributeurs automatiques, très nombreux, sont souvent marqués « Out of service »&nbsp;: est-ce, là aussi, la conséquence du prix élevé des services de réparation ?</p>

<p><b>18 août</b>.</p>

<p>Parenthèse urbaine à Bergen, avec la surprise de retrouver, le 17 au soir, la concentration de vies et de stimulus d'une grande ville, tandis que les échos d'un <a href="http://fr.m.wikipedia.org/wiki/The_Loud_Tour_(Tournée)">concert de Rihanna</a> s'élèvent depuis le port.</p>

<p>Bergen est une ville hanséatique. La visite du musée du même nom, en fait une simple maison de marchand qui montre dans quel relatif inconfort vivaient, comme des moines (célibataires, en communauté et limités à des relations codifiées avec l'extérieur), les marchands de la Hanse.</p>

<p>S'impose également le passage dans le quartier hanséatique, accumulation de maisons anciennes sur un espace restreint.</p>

<p>Tout ceci est intéressant mais ne surprend pas tant que cela le touriste européen, accoutumé aux vestiges du Moyen Âge et de la Renaissance. Pas plus qu'il n'est enthousiasmé de payer très cher dans un supposé marché aux poissons un plat qu'il aurait aussi bien pu consommer, plus confortablement, dans un restaurant.</p>

<p>C'est, encore une fois, en se confrontant à l'exubérance de la géologie que le touriste trouve son plaisir&nbsp;: ainsi la spectaculaire ascension en funiculaire le mène-t-elle vers un promontoire offrant une extraordinaire vue sur un port qui s'étend sur plusieurs bras de mer. Mais le grand large, lui, demeure invisible, inaccessible, caché quelque part au-delà du labyrinthe des îles et des golfes.</p>

<p>En fin d'après-midi, la ville s'anime de la déambulation de nombreux groupes d'étudiants. Juste avant la rentrée des classes, ils se retrouvent pour, semble-t-il, faire connaissance. Chaque groupe porte un costume distinctif&nbsp;: diables rouges, baigneurs..., et marche dans la rue, sans ordre ni programme, en criant et en chantant, guidé toutefois par un ou deux meneurs. Se dirigent-ils vers quelque bizutage ? Ou ce pays qui organise des défilés pacifiques le jour de la fête nationale a-t-il su également civiliser les rites de rencontre de ses étudiants, restés chez nous au stade d'une certaine <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bizutage">barbarie</a> ?</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/bergen-pente.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/bergen-hanseatique.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/bergen-funiculaire.jpg"></p>

<p><b>19 août</b></p>

<p>Mon hypothèse est que les maisons ne sont pas conçues pour faire partie du paysage, comme en Toscane, mais pour en profiter. Nulle harmonie particulière, en effet, dans les chapelets de maison qui suivent les routes, avec leurs formes carrées et leurs couleurs vives, nul rapport avec la placidité mystérieuse des fjords qu'elles dominent ou avec la masse incommensurable des montagnes sur lesquelles elles s'accrochent.</p>

<p>En revanche, l'emplacement de ces maisons, sur une corniche, au bout d'une presqu'île, semble révéler chez leurs occupants la volonté de capter la meilleure vue possible sur le fjord, sur la vallée ou sur le massif montagneux.</p>

<p>Mais si chaque maison dispose ainsi de la meilleure vue possible, il en découle nécessairement qu'elle est également visible de partout. Chaque habitant aperçoit donc les maisons de ses concitoyens, aussi bien proches que relativement lointains. À la limite, chaque habitant d'une vallée pourrait, avec des jumelles, savoir ce que fait chacun des autres habitants du même village et des villages environnants, comment il aménage sa maison, à quel endroit il se rend par les routes tortueuses.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/maisons.jpg"></p>

<p><b>20 août</b><br />
Superbe balade jusqu'au bout du Brigsdalbreen, qui est en fait l'une des multiples langues par lesquelles le plus grand glacier d'Europe manifeste sa présence aux humains, seuls les alpinistes et les aviateurs pouvant véritablement contempler le glacier dans toute son étendue, étalé sur les montagnes comme une couverture.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/brigsdal-1.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/brigsdal-4.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/brigsdal-3.jpg"></p>

<p>Plus loin, sur la route de Geilanger, un détour par la route 258 offre un extraordinaire parcours d'une trentaine de kilomètres dans les rochers, au fond d'une cuvette rocheuse démesurée. Les deux parois montagneuses de part et d'autre de la route, presque verticales au sommet, qui se couvrent d'alluvions lorsque la pente décroît, me rappellent la Vallée de la Mort. La Norvège est l'une de ces régions du monde où les paysages s'élargissent à une dimension que l'homme des plaines tempérées ne peut vraiment imaginer, une dimension qui est celle de l'atmosphère&nbsp;: les montagnes enveloppent mais sont trop larges et vastes pour enserrer. </p>

<p><img src="/images/europe/norvege/vieilleroute-pano.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/vieilleroute-1.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/vieilleroute-2.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/vieilleroute-3.jpg"></p>

<p>À Geilanger, nous raterons de peu le ferry touristique mais nous nous rattraperons en louant une barque à moteur pour aller visiter, au ras de l'eau, en toute liberté, seuls au pied des montagnes sillonnées ici et là de cascades interminables, sous la pluie, l'un des plus célèbres et des plus sauvages fjords norvégiens.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/geilanger.jpg"></p>

<p><b>21 août</b><br />
Après Geilanger, nous reprenons peu à peu la route du sud, non sans traverser encore, presque à court d'essence, des étendues désolées.</p>

<p>Le ciel n'est plus comme dans les premiers jours une étendue ouverte, peuplée par des nuages dont le reflet habite les lacs, mais un plafond sombre et triste, à l'image des plateaux de roc et de sable sur lesquels glisse la voiture.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/leirdalen-1.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/leirdalen-2.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/leirdalen-3.jpg"></p>

<p>Il suffit pourtant de redescendre dans la vallée, ce jour et le suivant, pour retrouver la profonde humanité des églises en bois debout.</p>

<p>Comme les églises romanes d'Auvergne, elles sont constituées de plusieurs étages superposés&nbsp;: formes complexes, à laquelle une profonde harmonie donne pourtant l'apparence de la nécessité.</p>

<p>Dans ce pays où les proportions de la nature dépassent ce qui peut réellement être saisi par les sens humains, les églises en bois debout sont, au contraire, pleinement à la mesure de l'homme qui peut les embrasser du regard et à la portée du touriste qui peut, à la différence des paysages de montagne, les enclore sans peine dans l'objectif de son appareil photo.</p>

<p><br />
<img src="/images/europe/norvege/lomme.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/heddal-2.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/heddal-3.jpg"></p>

<p><!--<br />
<img src="/images/europe/norvege/eglise.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/lomme-2.jpg"><br />
--><br />
<b>22 août</b></p>

<p>Arriver à Oslo, capitale européenne, c'est comme se retrouver à la maison. Comme tous les soirs, le soleil ne descend que très lentement sur l'horizon et laisse tout le temps pour retrouver la familiarité des rues bordées d'immeubles, des reflets du jour finissant sur les façades et du plaisir de la déambulation. </p>

<p>La promenade dans Oslo donne le plaisir de retrouver la concentration de vie et d'évènements de la grande ville et celui de la découverte d'une nouvelle capitale &mdash; libérés des contraintes de route à parcourir qui obscurcissaient toujours légèrement, en arrière-plan, le plaisir des jours précédents.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/oslo-1.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/oslo-2.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/oslo-3.jpg"></p>

<p><b>23 août</b></p>

<p>De l'architecture d'Oslo on retiendra surtout le nouvel Opéra, sur la baie. Sa silhouette sera certainement, dans les années à venir, le symbole de la ville&nbsp;: son toit incliné est d'ores et déjà un magnifique lieu de promenade pour contempler la ville comme les navires approchant par le fjord.</p>

<p>Nous passons également à la Cinémathèque, où sur trois murs d'une seule salle est réunie la mémoire de l'intégralité du cinéma national&nbsp;: une image pour chaque film produit en Norvège depuis les origines.</p>

<p>Le centre d'Oslo, le lieu de l'émotion pour tous les Norvégiens, c'est toutefois un bâtiment sans grand intérêt architectural, sa cathédrale. Il y a un mois et un jour, dans un pays qui ne compte pas cinquante morts violentes par an, un homme tentait de faire disparaître, en l'espace de deux heures, une bonne partie de l'élite politique actuelle et surtout future.</p>

<p>J'ai vu, <a href="http://www.thbz.org/bloc-notes/archives/2004/01/le_trou_du_worl.html">en septembre 2002</a>, des centaines de pancartes et objets de mémoire accrochés aux grilles de l'église la plus proche de l'emplacement du World Trade Center à New York. De la même manière la cathédrale d'Oslo, depuis un mois, est devenue un monument à la mémoire des victimes du 22 juillet, un témoignage du souvenir du peuple norvégien. De son passage rapide, le touriste retient la sensation d'une très grande <i>justesse</i>&nbsp;: c'est précisément ceci qu'il fallait faire &mdash; ces fleurs et ces inscriptions étaient la meilleure manière de manifester un souvenir.</p>

<p><img src="/images/europe/norvege/oslo-opera.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/oslo-5.jpg"></p>

<p><img src="/images/europe/norvege/oslo-4.jpg"></p>]]>
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<title>La vitesse de l&apos;éclair</title>
<link rel="alternate" type="text/html" href="http://bloc-notes.thbz.org/archives/2011/06/la_vitesse_de_l_1.html" />
<modified>2011-06-19T09:44:47Z</modified>
<issued>2011-06-19T09:30:09Z</issued>
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<created>2011-06-19T09:30:09Z</created>
<summary type="text/plain">... non seulement la vitesse, mais aussi la forme de l&apos;éclair et son parcours dans le ciel. Le déploiement : L&apos;éclair est ruisseau, serpent, langue de caméléon, mais aussi explosion, big bang. C&apos;est une faille fine qui découpe le ciel...</summary>
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<email>bloc-notes-notify@thbz.org</email>
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<dc:subject>Divers</dc:subject>
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<![CDATA[<p>... non seulement la vitesse, mais aussi la forme de l'éclair et son parcours dans le ciel.</p>

<p><b>Le déploiement</b> :<br />
<center><img border=0 src="/images/divers/orage/deploiement-cadre.jpg"></center></p>

<p>L'éclair est ruisseau, serpent, langue de caméléon, mais aussi explosion, big bang. C'est une faille fine qui découpe le ciel et un grand blanc qui aveugle le spectateur, insaisissable : soit parce qu'il va trop vite, soit parce qu'il est trop lumineux. </p>

<p>Dans un ciel apparemment sans obstacle, où la ligne droite, celle qu'empruntent l'avion ou l'oiseau, semble être le chemin le plus simple pour aller d'un endroit à un autre, l'éclair choisit au contraire un parcours tortueux, complexe, imprévisible. </p>

<p>Pourtant, il ne marche pas au hasard comme un ivrogne, mais oriente clairement son cours vers un objectif, qu'il atteint après de nombreux détours. Sa démarche ne paraît aléatoire qu'à des êtres attachés au visible ou à la gravité, alors qu'elle est déterminée par d'autres grandeurs physiques : accumulation d'électricité statique, différences de potentiel électrique. Les conditions d'électrisation du nuage définissent un parcours localement aléatoire, globalement dirigé vers une zone de charge opposée. </p>

<p><b>L'embrasement</b> :<br />
<center><img border=0 src="/images/divers/orage/embrasement-cadre.jpg"></center></p>

<p><b>Le grand blanc </b>(si rapide que le spectateur n'en a guère conscience. Pourtant l'espace a bien été empli de lumière ainsi) :</p>

<center><img border=0 src="/images/divers/orage/blanc-cadre.jpg"></center>

<p><b>Le reflux </b>:</p>

<center><img border=0 src="/images/divers/orage/retractation-cadre.jpg"></center>

<p>Le reflux laisse apparaître plusieurs traînées. Sans doute la décharge a-t-elle emprunté, presque simultanément, tous les chemins qui lui offraient la résistance la plus faible pour atteindre sa cible.</p>

<p><b>La traînée </b>:</p>

<center><img border=0 src="/images/divers/orage/trainee-cadre.jpg"></center>

<p><b>Une reprise </b>:</p>

<center><img border=0 src="/images/divers/orage/reprise-cadre.jpg"></center>

<p>Ce tracé est imprévisible dans ses petits virages et dans ses ramifications infimes ; pourtant celui qui mesurerait le potentiel électrique des nuages pourrait en prédire la direction générale. Ainsi, le long de la mer, chaque caillou s'inscrit-il, en la déviant et la recourbant sans cesse, dans la ligne générale du rivage.  </p>

<p>Inaccessible à la photographie, aveuglée en pose longue par le surgissement central de la lumière, l'éclair apparaît en revanche sur la vidéo :</p>

<p><a href="/images/divers/orage/orage-montage-1600.jpg"><img border=0 src="/images/divers/orage/orage-montage-petit.jpg"></a><br />
<small>(cliquez sur l'image pour la voir en grand)</small></p>

<p>En moins d'une seconde l'éclair trace son chemin, traverse le ciel, l'emplit complètement et se replie.</p>

<center><iframe style="border: 1px black solid;" width="425" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/3z_hxavykqY" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center>

<div style="align:right">(Paris, orage du 5 juin 2011.)</div>]]>

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