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19 janvier 2004 - New York 2002

9/11, SoHo, Loisaida, 42ème rue : comment on invente des noms

Autres notes sur ce voyage à New York

La langue anglaise est moins sacrée que la langue française. Elle n'est pas octroyée par une autorité supérieure. Aucune académie ne prétend la régir. On crée facilement et sans mauvaise conscience de nouveaux termes comme « Ground Zero » pour désigner le site du World Trade Center après la disparition du World Trade Center.

On charcute les mots, on réduit les expressions en sigles. Le Président George W. Bush n'est plus désigné que par l'une de ses initiales, W. New York City s'écrit NYC. Le plus populaire des slogans de tee-shirts est I♥NY, où la langue d'un pays laisse presque la place au hiéroglyphe international. Les attentats du 11 septembre 2001 ont suivi le même processus : tout le monde comprend que le WTC est le World Trade Center et l'événement lui-même est désigné simplement par sa date réduite à 4 caractères : 9/11. Prononcez « nine-eleven ». On parle donc de la destruction du WTC, des terroristes du nine-eleven, des conséquences du nine-eleven sur la politique de sécurité. Vient alors à l'esprit l'autre nine-eleven, le 911, qui est le numéro téléphonique d'urgence aux États-Unis.

Qui crée ces abbréviations ? Elles reflètent tellement l'esprit dans lequel les Américains pratiquent leur langue que le créateur est sans doute multiple. Dans un cas cependant, celui des quartiers de Manhattan, l'origine des surnoms les plus communément utilisés aujourd'hui semble bien identifiée : il s'agit des agences immobilières. Pour comprendre ces surnoms, il faut savoir que les rues du centre historique, dans la pointe sud de Manhattan, portent des noms et non des numéros ; que les principaux axes sont Broadway, dans le sens nord-sud, Canal Street, orientée est-ouest, et plus au nord Houston Street, parallèle à Canal Street. SoHo est donc le quartier situé South of (au sud de) Houston Street. TriBeCa est le Triangle Below (en-dessous de) Canal street (entre la rivière Hudson à l'ouest et Broadway à l'est, TriBeCa étire la pointe de son triangle au sud jusqu'à Ground Zero). NoLIta est au nord de Little Italy, le quartier italien situé à l'est de Broadway. J'ai même vu un NoHo au Nord de Houston Street.

Ce n'est pas tout. Au nord du centre historique, les quartiers utilisent souvent de simples qualifications géographiques. L'île a été divisée en Lower et Upper Manhattan (Lower au sud, Upper au nord), West et East Side, d'où, par croisement, les quartiers de Lower East Side, Upper West Side... Greenwich Village s'est ainsi doublé d'un East Village de l'autre côté de Broadway. Le cas le plus étrange celui de Loisaida Avenue : ce nom représente la manière dont les Hispaniques sont censés prononcer le nom de leur quartier, Lower East Side. Ce nom est utilisé sur des plaques de rue officielles.

Quant aux noms de rues, on connaît dans le monde entier le schéma des numéros de rues et d'avenue à New York : de la 42ème rue à Broadway.

A l'origine, comme les Européens, les New-Yorkais donnaient aux rues des noms de lieux ou de personnalités. C'est le cas dans toute la partie basse de Manhattan, celle dont l'ancienneté se devine dans le tracé irrégulier des rues : Wall Street (où il y a eu un mur comme il y a eu des prés à Saint-Germain-des-Prés), Church Street, Elizabeth Street ; la rue du Pin, la rue du Cèdre, la rue de l'Eau, la rue Large (qui paraît bien étroite depuis que les gratte-ciels du quartier financier ont remplacé les maisons de bois) et les prévisibles rues Washington, Franklin, Lafayette, Monroe...

Les         blocs font 240 mètres sur 60

En 1811, une Commission a découpé en rues et en avenues tout le territoire situé au nord de la 14ème rue, c'est-à-dire les trois quarts de l'île. Comme Jefferson pour les nouveaux États de l'Ouest, elle a choisi la ligne droite et le quadrilatère. C'est le quadrillage régulier que tout le monde associe aujourd'hui à New York. Une décision d'urbanisme a donné d'un seul coup leur nom à douze avenues et cent-cinquante cinq rues, soit la grande majorité des voies actuelles de Manhattan. Les cartes de l'époque représentaient ces voies plusieurs dizaines d'années avant qu'elles soient effectivement réalisées. L'uniformité des noms de rue et des dimensions de blocs, qui est parfaite sur la majeure partie de l'île, a aussi des avantages pour le promeneur. New York est la ville au monde où il est le plus facile de trouver son chemin. La régularité parfaite du tracé et la numérotation des axes permet au piéton de calculer facilement la distance qui sépare deux points de Manhattan.

De nos jours, on utilise à nouveau des noms de lieux, de personnages ou d'idées dans des quartiers séparés du quadrillage traditionnel, comme le vaste espace de Battery Park City, construit sur la mer avec la terre extraite du sol lors de la construction du World Trade Center. On donne aussi couramment un nom supplémentaire à une avenue existante sur une partie de son parcours : ainsi l'Avenue of the America, au sud de Central Park, et le Malcolm X Boulevard, au nord, sont-elles en fait deux sections de la même Sixième Avenue...

On voit bien à New York que la signification du nom d'une rue n'a pas beaucoup d'importance. On s'attache autant à une rue numérotée qu'à celle qui porte un nom plus significatif. La 42ème rue, la 5ème avenue ont des noms aussi évocateurs pour un citoyen de New York que les Champs-Élysées ou le boulevard Saint-Michel pour un Parisien. Le cinéphile qui fait la queue sur le boulevard parisien ne pense pas plus à l'archange qui lui a donné son nom qu'à Haussman qui a décidé de sa création. Pourtant, si un maire de Paris ou de New York décidait de modifier ces noms, nul doute que les habitants seraient désemparés à l'idée de perdre des symboles arbitraires que l'histoire a chargés de connotations aussi riches.

Et Big Apple ? Le surnom de New York, très populaire dans les années 40, est aujourd'hui trop connu dans le monde pour que les New-Yorkais continuent à l'utiliser. Les journaux branchés parleront plutôt de « Gotham ».

Autres notes sur ce voyage à New York

Publié par thbz le 19 janvier 2004

2 commentaire(s)

1. Par Marie-Pier  (16 mai 2007) :

washh vous etes laide !!!!bye bye jvous aimes pas!!:)

2. Par bab  (11 décembre 2008) :

bien votre site , merci, et très intéressant

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