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19 janvier 2004 - New York 2002 - Tours

Les gratte-ciels de Manhattan

Autres notes sur ce voyage à New York

A New York, le troupeau des gratte-ciels présente des aspects variés selon le côté par lequel on les approche.

Vus de l'avion, dépassant à peine du sol comme les collines d'une carte en relief, ils se perdent dans le lacis des rues et l'immensité de la ville. A la sortie du métro, en plein centre, ils semblent surgir du sol en même temps que nous. Ils nous environnent de toute part, chaotiques et majestueux.

Lorsqu'on arrive de Brooklyn en traversant l'East River sur un grand pont suspendu, on a devant soi, à hauteur des yeux, un rideau de gratte-ciels dont on en perçoit l'immensité dans toutes les directions. Depuis Central Park, leurs sommets pyramidaux, leurs couleurs claires et leur alignement dense et irrégulier dominent à l'arrière-plan les arbres et les lacs, avec lesquels ils forment un paysage de montagne.

Depuis la baie de New York, à l'avant du ferry qui vient de Staten Island, le passager regarde sortir de l'eau les tours de Wall Street. Au spectacle pur s'ajoute l'idée obsédante qu'il a devant lui, dans l'intervalle qui sépare deux bras de mer, la plus grande concentration de pouvoir au monde. Là, au pied de la « ville debout » de Céline, ont débarqué des millions d'immigrants dont les rêves nourrissent l'imagination du passager d'aujourd'hui.

Le Parisien n'est pas surpris par la taille des gratte-ciels, car comment un être de moins de deux mètres de hauteur pourrait-il faire la différence entre les deux cents mètres de la Tour Montparnasse et les quatre cents de l'Empire State Building ? C'est plutôt leur beauté qui étonne, les couleurs chaudes et le soin donné aux détails. Oui, les gratte-ciels peuvent être beaux. Pour un Français, un immeuble élevé, c'est une architecture monotone et sans grâce. Une tour ne peut être qu'un HLM. C'est que Paris a découvert les gratte-ciels avec l'affreux immeuble sur pilotis de la rue Croulebarbe, la cage de verre sombre de la tour Montparnasse et les boîtes en béton des arrondissements périphériques. Ici, à New York, les buildings les plus marquants datent des années 1900 à 1935, avant que Le Corbusier et Mies van der Rohe viennent faire la chasse à la fantaisie et à l'ornementation. D'où des curiosités comme les dentelures gothiques du Woolworth Building ou la pointe surréaliste du Chrysler Building. C'est pourquoi les gratte-ciels, au lieu de déparer New York, forment son image.

L'autre qualité des gratte-ciels de New York, c'est qu'ils ont été construits dans une ville de structure classique. Ils sont aussi bien intégrés dans la ville traditionnelle qu'une maison de deux étages : on y accède directement depuis le trottoir. A Paris, dans les quartiers des Olympiades et du Front-de-Seine, il faut, comme l'a voulu Le Corbusier, franchir des souterrains, monter des escaliers ou traverser des espaces sur dalle parfois très complexes pour atteindre la porte d'entrée. New York, au contraire, a parsemé ses gratte-ciels sur un plan de rues tracé hérité du XIXème siècle. La plus forte concentration se trouve même, de manière anachronique, dans le quartier de Wall Street dont les rues tortueuses remontent au XVIIIème siècle.

Il ne s'agissait en effet pas d'opérations d'urbanisme visant à transformer un quartier d'une manière globale, mais d'opérations de prestige. New York au début du XXème siècle, c'était Pérouse ou San Gimignano au Moyen Âge : comme les condottiere italiens, chaque compagnie new-yorkaise cherchait à construire une tour plus élevée que sa rivale. La société Woolworth avait besoin de deux étages pour ses locaux ; elle en a construit cinquante en louant le reste à de nombreux locataires. Un siècle plus tard, la société a disparu, mais on parle toujours du Woolworth Building.

Les gratte-ciels de New York ne sont pourtant pas des super-immeubles haussmaniens. L'uniformité des façades et le tracé répétitif des fenêtres établissent une égalité apparente entre les étages et masquent la division de l'immeuble en appartements. Ces murailles protègent-elles des taudis ou des logements de luxe ? A Paris, le balcon ouvragé du deuxième étage ou le mur sans ornement du cinquième reflètent la richesse et les goûts des habitants. Le constructeur haussmanien inscrit dans la pierre la structure sociale de l'immeuble. À New York, on ne peut qu'imaginer quel genre d'appartement se cache derrière les fenêtres.

Le gigantisme et la concentration des gratte-ciels ont une conséquence inattendue : dans ce pays qui aime tant afficher sa foi en Dieu, les églises ont gardé leurs dimensions du XVIIIème siècle, bien ridicules à côté des édifices profanes qui les enserrent. En Europe, en revanche, les églises règnent pas en maître sur la silhouette de la ville ; pourtant, elles n'y jouent guère qu'un rôle culturel et touristique.

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Publié par thbz le 19 janvier 2004

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