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19 janvier 2004 - New York 2002

L'écrivain professionnel

Autres notes sur ce voyage à New York

Dans chaque pays les librairies ont un rayon qui indique leur appartenance nationale. En Angleterre, elles ont toujours une série de volumes sur les mœurs si amusantes des Français. Les librairies françaises, elles, exposent en bonne place les essais qui critiquent la politique américaine. Les librairies new-yorkaises, en plus de la grande table consacrée au 11 septembre, ont un rayon plus inattendu consacré les techniques d'écriture. On appelle cela le « creative writing ».

Dans les distributeurs de magazines qui, à chaque carrefour, distribuent les journaux les plus variés, on trouve des prospectus pour des cours d'écriture. A première vue cela surprend : les Américains se passionnent-ils donc pour l'écriture, eux que nous avons une tendance instinctive à considérer comme tellement plus matérialistes que nous ?

En fait, ils ne conçoivent peut-être pas le métier d'écrivain exactement de la même manière que nous.

Le métier d'écrivain, en Europe, n'est pas un métier. L'écrivain est vu comme un artiste solitaire. Il choisit ses thèmes d'écriture en fonction de ses obsessions, et non après une étude de marché. Certes il lui faut fournir un travail énorme, car, on le sait, l'art c'est 10 % d'inspiration et 90 % de transpiration, mais la passion qui le soutient est le résultat d'une nécessité intérieure et non de l'ambition. Le modèle de l'écrivain européen est Jean Rouault ou Michel Houellebecq : petit employé obscur, il obtient le succès le jour où son talent rencontre enfin les aspirations du public. Voilà pour le cliché européen.

L'écrivain américain serait au contraire un professionnel. Il commencerait par acquérir une technique d'écriture en prenant des cours ou en lisant des livres, puis il choisirait un thème en fonction des goûts du public. Il apprendrait enfin à promouvoir son œuvre auprès des éditeurs et du public. Sa passion serait une volonté de réussir, c'est-à-dire de trouver le succès public, mesuré en dollars plus qu'en nombre d'exemplaires. On trouve ainsi sur Internet des documentations qui expliquent, sans pudeur particulière, tout ce qu'il faut faire pour devenir un écrivain : choisir des sujets en vogue auprès des revues, suivre scrupuleusement les conventions en usage pour la présentation du manuscrit, ne pas s'offusquer des corrections exigées par l'éditeur, s'intégrer à la communauté des écrivains.

Les cours de « creative writing » dont les prospectus traînent sur les trottoirs de New York doivent ressembler à ce que l'on voit dans les films américains un peu intello : un écrivain raté réunit à heure fixe des étudiants suspendus à ses lèvres et leur fait rédiger des textes de fictionx qu'ils critiquent en commun ; la valeur du texte sera déterminée entièrement par la réaction du public.

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Publié par thbz le 19 janvier 2004

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