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8 août 2004 - Paris

Comprendre le réseau des rues de Paris

Chaotique à première vue si on le compare au quadrillage numéroté de New York, le tracé des rues de Paris peut en fait s'analyser comme la superposition de deux réseaux.

C'est d'abord le réseau des saints (en noir sur le schéma ci-dessous). Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Antoine, Saint-Jacques : toutes ces rues, auxquelles il faut ajouter la rue Montmartre et la rue du Temple, partent d'une même zone centrale qui englobe le Châtelet, l'île de la Cité et le quartier Saint-Michel. Pour simplifier, considérons que ce réseau rayonne depuis la plaque apposée sur le parvis de Notre-Dame, qui marque le kilomètre zéro des routes de France.

reseau_rues.gif

Certains des axes de ce réseau des saints existaient avant l'arrivée des Romains. Ils ont choisi pour voie principale (cardo) de leur ville les rues Saint-Martin et Saint-Jacques ; cela explique leur tracé parfaitement rectiligne, très rare pour des voies aussi anciennes. Le réseau en rayons s'est organisé sous sa forme actuelle au Moyen-Age, du XIème au XIIIème siècles. Il a réglé les principaux déplacements dans Paris jusqu'au XIXème siècle.

A partir de Louis XIV, un réseau concentrique (en rouge) se superpose au réseau des saints. Cette fois-ci, il ne s'agit plus de faciliter l'accès au centre de Paris, qui ne représente plus qu'une petite partie de la ville. Il faut plutôt permettre les déplacements d'un quartier à l'autre.

Ce second réseau est donc composé non pas de rayons, mais de cercles concentriques. Chaque siècle, le XVIIème, le XVIIIème et le XIXème, va construire le sien.

Le premier cercle est celui que Louis XIV aménage sur l'emplacement des fortifications de Charles IX. Ce sont les Grands Boulevards sur la rive droite : ils partent de la place de la Madeleine, longent l'Opéra puis rejoignent la place de la République et le bassin de l'Arsenal. Chacun des saints du premier réseau se transforme en faubourg lorsqu'il traverse cette couronne : la rue Saint-Honoré, la rue Saint-Denis, la rue Saint-Martin deviennent rue du Faubourg Saint-Honoré, rue du Faubourg Saint-Denis, rue du Faubourg Saint-Martin.

La seconde couronne suit l'enceinte des Fermiers Généraux. Au XVIIIème siècle, cette enceinte ne servait pas à défendre les Parisiens, mais au contraire à leur imposer le paiement de taxes sur les marchandises, d'où leur mécontentement : "le mur murant Paris rend Paris murmurant". Depuis la place de l'Etoile, ce cercle incomplet va passer à Pigalle, à Belleville et à la place de la Nation. Sur la rive gauche, il relie la place d'Italie à Montparnasse.

La troisième couronne est celle de la Petite Ceinture, qui se dédouble dans le boulevard périphérique. Elle remplace l'enceinte de Thiers, construite et abandonnée au XIXème siècle.

Et Haussman, dans tout ça ? Le préfet Haussman a créé et détruit tellement de rues que, chaque fois que vous vous promenez dans Paris, c'est un peu Haussman qui dirige vos pas. Il n'a pourtant pas modifié la structure même du réseau des rues. Il a juste rajouté des axes radiaux tels que le boulevard de Sébastopol, le boulevard Saint-Michel ou l'avenue de l'Opéra, et il a complété les cercles concentriques en fermant celui de Louis XIV par le boulevard Saint-Germain.

Ces réseaux ne sont pas clos. Il s'étendent aujourd'hui au-delà de Paris. La Francilienne englobe la banlieue dans une sorte de quatrième couronne. Les routes nationales et les autoroutes rayonnent de Paris jusqu'aux frontières, reprenant à l'échelle du pays le réseau des saints. La toile d'araignée des rues de Paris est devenue le modèle des routes de France.

Publié par thbz le 08 août 2004

5 commentaire(s)

1. Par Piato  (13 janvier 2007) :

Bravo pour ta note. Beaucoup d'habitants de Paris ne connaissent pas la structure de leur ville.
J'ajouterais seulement quelques précisions :
- On ne peut dire que le reseau concentrique se soit "superposé" au réseau radial, il se constitue dans le même temps. Il ne faut pas oublier d'ailleurs les deux premiers cercles : l'enceinte de l'ile de la cité, et l'enceinte de Phillipe Auguste.
- La troisième enceinte, "des fossé jaunes" ou de Charles V (et non Charles IX), ne sera construite que sur la rive droite, qui s'est développée beaucoup plus vite que la rive gauche. Avant son extension sous Louis XIII sur l'emplacement des grands boulevards actuels, elle bifurquait au niveau de l'actuel métro Strasbourg Saint-Denis vers le Louvre sur l'emplacement de l'actuelle rue d'Aboukir.
Sur la rive gauche, le 3ème cercle appellé "les boulevards du midi" (trajet du bus 91), a été tracé à travers champs et ferme les grands boulevards de Louis XIV.
- Pour la situer, on peut dire que la quatrième enceinte (les fermiers généraux) correspond au ligne 6 et 2 du métro.
- L'enceinte de Thiers, parralèlle à l'annexion d'une grande partie des communes environantes, disparait dans l'entre-deux guerres
http://www.parisbalades.com/Voc/vocabulaA-G.htm#Enceintes

En ce qui concerne le réseau radial, on pourrait rajouter les axes :
- l'itinéraire du sud de la France et de l'Italie : Descartes-Mouffetard-Gobelins-Italie-Nationale7
- La route de Sèvres : Saint-André des Arts-Buci-du Four-Sèvres-Lecourbe
- La rue de Vaugirard, aboutissant sur l'enceinte de Phillipe Auguste)
- Les anciennes rues Saint-Victor et du faubourg Saint-Victor (Linné, St Hilaire, Jeanne d'Arc, Patay, Casanova & Raspail à Ivry, de la République à Vitry)
- Les rue de Charonne/de Bagnolet, de Montreuil/d'Avron, et de Charenton, qui rejoignent le faubourg Saint-Antoine
- Montorgueil/Poissonnière/Faubourg Poissonnière/rue des Poissonniers qui se prolonge sous le même nom jusqu'au carrefour Pleyel à Saint-Denis, et par la N14 jusqu'à Rouen.
- Les routes qui aboutissait à l'enceinte de Louis XIII : Chaussée d'Antin/de Clichy/Jean Jaurès à Clichy ; Oberkampf/Ménilmontant/Saint-Fargeau ; Chemin vert-Gambetta-Belgrand

Quand aux axes que tu as déjà cité, rue principales des quartiers puis des Faubourg Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, du Temple, Saint-Antoine, Saint-Jacques, ils sont prolongés par la rue principale du village annexé en 1860 ou par une avenue aménagée : Les Ternes (Le Roule), La Chapelle, Flandres (La Villette), Belleville, cours de Vincennes, la Tombe Issoire.

2. Par thbz  (13 janvier 2007) :

Merci pour toutes ces précisions. Il faut toutefois noter que les enceintes médiévales, si elles constituaient des anneaux autour de Paris, ne servaient pas de voies de communication. Elles ne sont devenues des boulevards qu'à partir de Louis XIV.

Cet article est assez ancien. Il manque en effet des axes tels que la rue de Buci-rue de Sèvres. J'ai rédigé plus tard un article beaucoup plus complet sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27urbanisme_parisien .

3. Par S.  (22 août 2007) :

Je sors de quelques heures de lectures sur les enceintes de Paris, entre ton billet sur ce blog, ton article sur wikipédia et d'autres j'avoue que, c'est un travail considérable et remarqueble que tu as fait. Une petite remarque, pour certaines personnes comme moi, qui ne connaissent pas par coeur les rues et autres ruelles de Paris, l'existence d'un petit plan devient tout de suite (au fil des phrases) indispensable...
(Heureusement j'avais un juste à côté):-)

(je reviendrai sur cet article, une autre fois, c'est toujours bien de re-lire les mêmes informations, on ne retient jamais les mêmes phrases).

En tout cas, tes articles sont des mines d'informations, merci d'avoir partager tes connaissance...

4. Par thbz  (23 août 2007) :

Si tu cherches des informations particulières sur telle ou telle rue du Paris ancien, il y a une référence indispensable : le "Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments", réalisé juste avant les travaux d'Haussmann, qui dit tout sur tout. J'ai une copie papier, mais on peut le consulter (et le télécharger, à condition d'avoir une bonne connexion à Internet) sur http://gallica.bnf.fr/Catalogue/noticesInd/FRBNF38826903.htm

5. Par S.  (23 août 2007) :

Ca y est, je l'ai téléchargé et j'ai vérifié, j'ai un grand livre numérique de plus de 730 pages, il ne me reste plus qu'à le lire. A première vue, il paraît extrêmement intéressant...
Merci beaucoup pour le lien.

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