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1 mars 2010 - Corée

Alphabet coréen (2/2) : apologie du hangeul

(Suite de : Alphabet coréen (1/2))

Les qualités du hangeul sont décrites sur de nombreux sites Web : je ne répéterai pas ce que l'on peut trouver dans l'article Hangeul de Wikipédia ou dans la brochure Hangeul, l'alphabet coréen de coree-culture.org.

Comme l'esperanto, le hangeul est une construction humaine, fruit d'une réflexion tendant à la simplicité et à la rationalité. Il en résulte certaines caractéristiques remarquables.

L'élégance de la simplicité

Les caractères ont des formes très simples et très différentes les unes des autres, avec peu de variantes.

Il y a donc peu de risque pour le lecteur rapide de confondre deux caractères (contrairement aux caractères de l'alphabet hébreu, par exemple, qui souvent à mon œil non averti ne sont que des variantes à peine perceptibles d'un motif carré).

Ils sont également simples à tracer sur une feuille de papier (sauf lorsque certaines lettres se superposent de manière un peu exagérée ; je ne pourrais tracer dans le carré réglementaire la syllabe imaginaire suivante : 훟 qu'au prix d'une intense concentration préalable...).

Des consonnes à voir

La forme des consonnes imite la position de la langue et de la bouche, cas sans doute unique dans les systèmes d'écriture du monde entier. Ainsi (il faut imaginer un visage qui regarde vers la gauche) :

ㄱ = k (la langue monte vers le palais)
ㄴ = n (la langue remonte vers le palais à proximité des dents supérieures)
ㄹ = l/r (la langue ondule dans la bouche)
ㅁ = m (bouche fermée)
ㅅ = s (la langue monte puis descend)

Alors que tant de systèmes d'écritures (idéogrammes chinois, hiéroglyphes égyptiens...) relient, d'une manière ou d'une autre, la forme graphique d'un mot à son sens, le hangeul choisit la simplicité d'un alphabet sans renoncer complètement à la représentation visuelle. Je crois qu'un tel raffinement, qui n'a au fond guère d'utilité, aurait plu à Michel Leiris qui, dans Biffures, explore les lettres de l'alphabet afin de trouver un sens à leurs formes.

Seules les consonnes de base sont ainsi tracées sur le modèle de la cavité buccale. Les autres résultent de l'ajout de traits horizontaux qui « durcissent » la prononciation sans que la position de la langue ou de la bouche varie beaucoup.

Ainsi ㄴ (n) donne-t-il ㄷ (t), d'où dérive ㅌ (t aspiré) et aussi ㄸ (t redoublé). Quel rapport entre le « n » et le « t » ? Le hangeul nous fait voir ce qui nous avait toujours échappé : lorsque nous prononçons ces deux sons, notre langue occupe presque le même emplacement dans notre bouche.

Il en est de même du « m » et du « p » : quel Français, sinon peut-être les sourds, a remarqué que les lèvres se fermaient de la même manière pour ces deux sons ? Le hangeul, lui, se contente de déplacer un peu une barre horizontale pour passer du premier au second : de ㅁ (m) à ㅂ (p).

Les voyelles, ou la combinatoire des traits

Les voyelles sont constituées d'un trait horizontal ou d'un trait vertical, auquel est éventuellement ajouté un petit trait perpendiculaire au trait principal (qui était à l'origine un simple).

D'où la séquence suivante, qui voit la bouche s'ouvrir de plus en plus :

a
ô ouvert
o fermé
u (pron. ou)
eu très fermé
i

Il s'agit d'ailleurs de l'ordre des voyelles dans le dictionnaire : encore un élément de rationalité dans ce langage.

En ajoutant un second petit trait (ㅑ, ㅛ, ㅕ, ㅠ), on « mouille » la voyelle (ya, yo, yô, yu).

Enfin on peut combiner ces voyelles pour construire des diphtongues : par exemple, ㅘ (o + a) correspond à « wa ».

Épilogue

Tout ce système n'est pas le fruit d'un linguiste idéaliste du 19e siècle, mais d'un roi coréen cinq siècles auparavant (et des experts qui l'entouraient).

À la même époque, l'empire Inca entamait à peine son expansion, le royaume du Bénin connaissait son âge d'or. En Europe, Van Eyck avait déjà inventé la peinture moderne mais la guerre de Cent ans peinait à s'achever. Les tout derniers héritiers de l'empire romain régnaient sur Constantinople.

Publié par thbz le 01 mars 2010

5 commentaire(s)

1. Par Suricat  (02 mars 2010) :

Merci, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ces deux notes.

2. Par thbz  (03 mars 2010) :

Merci... Un jour j'aimerais pouvoir faire l'inverse : une note en coréen sur l'alphabet latin !

3. Par Landless Landlord  (02 avril 2010) :

Tres interessant. Il parait qu'on a peut-etre une lettre qui exprime un peut le son: le 'f', qui representait un serpent debout et en train de siffler.

4. Par thbz  (05 avril 2010) :

Certains auteurs ont tenté d'établir des correspondances entre la forme graphique des lettres et leur articulation (ou, comme toi, leur valeur sonore). Gérard Genette les recense dans ses Mimologiques (chapitre « Mimographismes »).

Genette omet curieusement de citer le cas du hangeul, peut-être parce qu'il s'intéresse au discours tenu par d'autres auteurs et non aux faits de langue eux-mêmes (ou parce qu'il n'en a tout simplement pas entendu parler).

5. Par London Archaeologist  (05 avril 2010) :

C'est vrai que le Koreen a l'air d'etre d'une rationalite exemplaire, reduction fascinante fascinante et beau de l'arbitraire a l'ordre. ll parait que la premiere alphabet base sur la production sonore pour l'ordre - mais pas la forme - des lettres etait le Sanskrit, cree ainsi pour pouvoir lier les sens des mots a l'univers et au corps (om et le centre). En fait, c'est tentant de croire que Captain Thomas Williamson, du Bengal army s'en inspire pour constuire ce qu'il nomme le premier alphabet phonetique international, et qui resemble pour beaucoup a la table API qu'on utilise maintenant. Dans le but de s'approprier le pouvoir des indigenes pour les colonisants, ce secularisation de la connaissance dans la service du pouvoir resume bien les deux grandes sources des alphabets: religieuse et beauroctratique.

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