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4 mars 2005 - ItalieLe pillage artistique de l'Italie par les armées de Napoléon
... ou comment les plus grandes œuvres du Pérugin se sont retrouvées dans des musées français de province.
On a dit beaucoup de mal du projet d'informatisation de la Bibliothèque Nationale de France. C'est pourtant grâce à lui que j'ai pu lire sur le site Gallica des pages passionnantes sur le pillage artistique de l'Italie par les armées de Bonaparte et par celles de Napoléon. Dans les Pélerinages ombriens : études d'art et de voyage (1896), l'abbé Broussolle, français de naissance mais ombrien de cœur, consacre une étude à ce sujet à peu près ignoré des Français. Il ne traite que du cas de Pérouse en partant de la constatation suivante : on ne trouve à Pérouse guère d'œuvres majeures du plus célèbre peintre local, le Pérugin.
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L'explication est simple : nos ancêtres les Français sont passés par là. Dès 1793, alors que Napoléon était à peine Bonaparte, des « citoyens instruits » accompagnaient les armées de la jeune République afin « de reconnaître et de faire apporter avec précautions les chefs d'œuvre qui se trouvent dans les pays où nos armées ont pénétré » .
Quelques années plus tard, les succès de la campagne d'Italie permettent à Bonaparte de réclamer au pape Pie VI, par le traité de Tolentino (19 février 1797), un énorme tribut en œuvres d'art. L'affaire est rondement menée. Un commissaire de Bonaparte se présente à Pérouse dès la signature du traité. Du 20 au 22 février, il rafle les meilleurs tableaux de l'église Saint-Augustin, du couvent Saint-Antoine. Malgré la pression des armées françaises toutes proches, les habitants tentent de contrecarrer l'action du commissaire français : on cache les tableaux dans les caves, on jette un reliquaire au fond d'un puits, on démantèle un rétable pour sauver, au moins, la prédelle...
Mais ce n'est pas fini. Les pillages ont commencé en même temps que la carrière de Bonaparte et se termineront avec la fin de celle de Napoléon. En 1811, l'usurpateur pille à nouveau l'Italie. Pardon, un décret impérial exige « la réunion au domaine de la couronne des tableaux et objets d'art existant dans les bâtiments publics des départements de Rome et du Trasimène » . On verra ces tableaux dans les musées français avec l'inscription suivante : « offert à S. M. Napoléon par la ville de Pérouse »... Ces tableaux arriveront à Paris au mois de janvier 1814. Denon aura à peine le temps de les installer dans le musée Napoléon, c'est à dire le Louvre, avant que les armées alliées n'entrent dans la ville le 31 mars...
D'après l'abbé Broussolle, ces pillages ont causé plus de dommages à l'image de notre pays en Italie que l'occupation militaire elle-même, dans un pays souvent soumis à des forces étrangères.
L'histoire n'est pas terminée. Car les alliés sont aussi conscient de la valeur de ces trésors que les Italiens et que les Français. Ils forcent donc, les armes à la main, le directeur du Louvre à rendre un grand nombre des tableaux volés, qui vont reprendre le chemin de Rome.
Pourtant la plupart des tableaux du Pérugin vont rester en France. Pourquoi ? Parce que les Français n'avaient pas à cette époque une grande estime pour le peintre de Pérouse. Lorsque le commissaire français avait ramené ses tableaux en France, en 1797, on ne les avait pas jugés dignes d'être exposés au Louvre. Ils avaient donc été envoyés dans les musées de province. À cette dispersion des tableaux, il faut ajouter la mauvaise volonté des directeurs de musée, qui a permis aux chefs d'œuvre de Pérugin, comme l'Ascension (Lyon), ou le Mariage de la Vierge (Caen), de rester en France. On peut les y voir encore aujourd'hui, sauf la Vierge de l'Annonciation, qui a brûlé à Strasbourg en 1870.
L'abbé Jacques-Camille Broussolle raconte cette histoire dans un style très agréable. Il a l'enthousiasme d'un amateur qui ne parle que de sujets qui l'intéressent, et la persévérance d'un érudit qui se plonge dans les archives pour traiter son sujet à fond.
Publié par thbz le 04 mars 2005
4 commentaire(s)
1. Par gabriel-cistiani (05 août 2005) :
il n'y a pas que les ouvres de Perugin volées. Prenez l'exemple d'un celebre tableaux de Raphaël " la madonna del passeggio", portée comme disparue depuis le 19e siecle par tous les historiens de l'époque ( muntz, gruyer etc...).
La france a volontairement caché tous les documents relatif à ce tableau, pour permette au musée d'Edimbourg , dont le tableau " la madonna del passeggio) provenant de la reine Christine de Suede ( collection Aldobrandini) n'est qu'une vulguaire copie.
Je vous donne mon site " la madonna del passeggio) http://www.sitec.fr/raphael-sanzio qui se trouve sur internet explorer, google, yayoo,etc...
Cordialement
Jean GABRIEL
2. Par thbz (11 août 2005) :
J'ai parlé du Pérugin parce que j'ai une affection particulière pour Pérouse...
Bravo pour votre site, qui semble très bien documenté !
3. Par broussolle (22 août 2005) :
Mon arrière grand oncle s'appelait Jacques Camille Broussolle, et pas Jules César.
4. Par thbz (22 juin 2006) :
Lorsqu'on cherche « Broussolle » sur Gallica (http://gallica.bnf.fr) et qu'on clique sur « Consulter la notice », on obtient une page où il est appelé Jules-César. Mais lorsqu'on clique ensuite sur « Consulter le document », on arrive à une page où il devient, en effet, Jacques-Camille. Y aurait-il un farceur à la BNF ? Je modifie mon article en conséquence. Merci !
