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6 février 2008 - Arts, architecture...

White Squad

Devant un tableau, surtout s'il a été réalisé après la fin de l'hégémonie de la peinture figurative dans la peinture occidentale, j'ai souvent la sensation qu'il faut se placer à un endroit précis pour l'apprécier, comme un taureau qui trouve son sitio dans l'arène. Face à ce tableau du centre Pompidou qui m'a arrêté dans mon avancée le long de la grande galerie, j'ai trouvé mon sitio quelques mètres en arrière, un peu sur la droite :

Bien sûr on peut avoir une autre opinion. Certains préféreront un point de vue à gauche du tableau. Ils trouveront que c'est sous cet angle que la composition, nette, brutale même, met le mieux en évidence une diagonale de la domination entre l'Oppresseur et la Victime, avec une puissance et une généralité qui dépassent tout cas particulier :

Les détails n'ont pas d'autonomie dans ce tableau, tout est dans la composition d'ensemble. Alors que l'œil peut se promener et isoler certaines saynètes sur un tableau de Basquiat plus ludique qui est accroché sur le mur d'en face, ici chaque élément ne prend de sens que par son insertion dans la scène d'ensemble. Ainsi les blocs rouges, qui sont comme des emblèmes de la souffrance, perdent leur valeur si on ne regarde qu'eux :

Ou peut-être vaudrait-il mieux, comme dans tous les livres d'art, se contenter d'une représentation « objective » du tableau. On montrerait le tableau de face en retirant toute trace de l'environnement concret dans lequel il est exposé. Après tout, le lecteur du blog peut bien se placer comme il le veut face à son écran, comme le visiteur dans le musée.

Ce tableau est intitulé White Squad XI. Il a été peint en 1987 par Leon Golub (1922-2004). Un coup d'œil sur le Web indique qu'il s'agit d'un peintre américain et que dans toute son œuvre il montre et dénonce, avec la même force, l'usage de la violence comme mode d'exercice du pouvoir.

Publié par thbz le 06 février 2008

3 commentaire(s)

1. Par S.  (08 février 2008) :

Je ne connaissais pas du tout ce peintre, assez intéressant pour ses "images" aussi réalistes soient-elles. Je ne dirai pas que c'est le genre d'œuvres que je préfère mais une chose est sûre, il fallait en parler...
Merci.

2. Par KA  (09 février 2008) :

La première image de la peinturlure privilégie la victime.
La deuxième privilégie le bourreau.
La troisième ne porte pas de jugement.
Quoique.
Il y a un schéma narratif dans cette peinturlure. On part du bourreau, on suit sa corde et on aboutit à la victime à terre.
Fin de l'histoire.
Et à moins d'être taré dans sa tête, on est plutôt du côté de la victime.
La troisième vue, frontale, affiche donc un jugement que la première ne fait qu'exagérer. Comme si l'on avait peur que l'empathie ne fonctionne pas.

3. Par thbz  (10 février 2008) :

En effet, c'est exactement ce que j'ai ressenti dans le musée : il représente une histoire très simple, à laquelle on ne peut qu'adhérer. C'est d'ailleurs cette simplicité (et l'absence de référence à un pays ou une situation précise) qui en fait la force.

Rien ne remplace toutefois la confrontation sur place : une reproduction sur 500 pixels de large (légèrement manipulée sous Gimp pour améliorer la netteté) reste faible par rapport à l'impact du tableau réel.

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