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septembre 26, 2006

26 septembre 2006 - Divers - (lien permanent)

Ailleurs l'herbe est plus verte

Août 2006, quelque part dans le Pays Basque...

Publié par thbz at septembre 26, 2006 | Commentaires (2)


septembre 25, 2006

25 septembre 2006 - Divers - France - (lien permanent)

Comment monter un col à vélo

Been there, done that. Je suis monté au Puy-de-Dôme par les sentiers, parce que la route était fermée aux vélos. J'ai découvert les Alpes dans les lacets de l'Alpe d'Huez. J'ai enchaîné Peyresourde, Aspin et Tourmalet sous la pluie, dans le brouillard, avec mes affaires sur le porte-bagages. Bref, les cols ne sont plus une affaire lointaine, une scène en deux dimensions sur un écran de télévision. C'est une expérience personnelle, concrète, vécue à plusieurs reprises et pourtant éloignée de toute routine.

Ce que je peux en dire, c'est que la montée d'un col n'est pas réductible à la montée d'une côte de banlieue : la montée d'une côte, c'est un effort, alors que l'ascension d'un col est un voyage. Celui qui met dix minutes entre le pont de Sèvres et le sommet de la forêt de Meudon devra passer une heure vingt dans l'Alpe-d'Huez, deux heures et demie dans le Tourmalet. Plus de trois heures dans les trente-cinq kilomètres du Lautaret.

Au pied de la côte de Meudon, en effet, le cycliste du dimanche dispose d'une certaine quantité de résistance physique et nerveuse. Il va consommer ce stock progressivement, de manière à en conserver un peu jusqu'au terme de la montée. Il commence à pédaler sur le troisième plateau, passe sur le second sous l'autoroute, puis sur le premier dans le raidillon qui précède la voie ferrée. Il lui faut ensuite tenir le coup jusqu'au terme de la dernière et longue section de la montée. Lorsqu'il parvient à l'arrêt de bus, c'est à peu près terminé. S'il est à bout de forces, ce n'est pas grave.

Dans un col, il n'est pas question de considérer l'ascension comme une difficulté unique qu'il faudrait vaincre. Dans l'Alpe d'Huez, les quatre premiers lacets suffisent à épuiser le cycliste ; or il y en a dix-sept de plus à gravir. Le Tourmalet, c'est encore pire : les douze derniers kilomètres côté est, très pentus en permanence, n'offrent pas le moindre répit.

Il faut donc considérer l'ascension d'un col comme un long parcours qui dépasse les capacités d'un être humain normal. Il n'a pas, dans son corps, assez d'énergie pour l'accomplir. Au bout de quelques kilomètres il aura épuisé toutes les capacités de ses muscles. L'énergie, toutefois, cela peut se remplacer. Le cycliste va donc boire et manger, kilomètre après kilomètre, pour renouveler cette énergie au fur et à mesure qu'elle est dépensée. On apprend très vite à boire au goulot tout en pédalant dans une pente à 10 %.

Les moments de doute surviennent. Le corps se fixe alors des objectifs intermédiaires. Je continuerai jusqu'au grand lacet du kilomètre 13 ; or le corps dépasse le kilomètre 13, franchit le lacet et poursuit sa route. Je m'arrêterai à une terrasse de café à la Mongie quatre kilomètres avant le sommet, c'est absolument certain, je ne pourrai pas aller au-delà — mais le cycliste une fois à la Mongie ne pense plus qu'à continuer jusqu'au sommet. Quelle que soit l'habitude du succès, le doute est inévitable ; quelle que soit la force de ce doute, le succès final est certain.

Il serait donc possible en théorie, si on disposait de ravitaillements réguliers en nourriture et en boisson, de continuer pendant une durée indéfinie, de monter depuis le niveau de la mer jusqu'au sommet des plus hautes montagnes. On pourrait franchir trois mille, cinq mille mètres de dénivelé. Cependant, si un cycliste peut accomplir une telle performance en dix heures, le même cycliste se condamne à l'échec lorsqu'il veut s'amuser à accélérer, l'espace d'un seul lacet, dans le Tourmalet. C'est que le corps, une fois épuisées les réserves initiales, ne distille plus son énergie qu'au goutte à goutte. À chaque tour de roue, il autorise le tour de roue suivant. Que le cycliste appuie un peu trop fort et l'arrêt sera brutal. Je ne sais pas si mon analyse est vraie scientifiquement, mais elle est psychologiquement juste.

Monter un col, c'est donc pénible, c'est même dur, on ne sait jamais si on arrivera un jour au sommet, mais cela reste raisonnable. En cas de difficulté, le cycliste peut utiliser la vitesse comme variable d'ajustement : il suffit de ralentir pour souffrir moins. Il y a bien une limite : dans les derniers kilomètres du Tourmalet, quel que soit l'épuisement, il doit tout de même conserver une vitesse minimale pour ne pas tomber de son siège, pour ne pas passer vingt minutes dans chaque kilomètre. Toutefois ce seuil est beaucoup plus réduit que dans la course à pied. Le coureur de fond, à bout de forces après 35 kilomètres, doit fournir plus d'effort pour soulever son corps sur une foulée qu'un cycliste sur un tour de roue. Le cyclisme, même lorsqu'il atteint ses limites au-dessus de 2000 mètres, ne peut se comparer avec le marathon.

Publié par thbz at septembre 25, 2006 | Commentaires (108)


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