15 juillet 2015 - Chine - Corée - (lien permanent)

La ville et la montagne : le feng shui sur le terrain

« The walls divide but do not separate, they keep the scenic areas both connected and divided. »

Après être resté à proximité des bâtiments pour considérer l'emprunt de paysage, on sortira ici quelque peu des murs pour voir que les montagnes elles-mêmes, en Corée, relient au lieu de séparer. Il faut donc parler de pungsu ou, pour prendre le terme chinois plus connu, feng shui que l'on traduit parfois par « géomancie ».

Soit cette image du palais royal à Séoul (Gyeongbokgung).

Ou ce panorama du village traditionnel de Hahoe, dans le centre du pays.


Le point commun entre ces deux vues, malgré la grave sécheresse qui réduit en ce moment la largeur du fleuve entourant Hahoe, c'est la présence de « la montagne derrière, l'eau devant » les lieux occupés par les hommes. Le pungsu a un terme pour cela : 배산임수, baesanimsu (背山臨水), ou « le dos à la montagne, arriver jusqu'à l'eau » — illustré par de jolis graphiques sur le Wikipédia coréen.

On connaît parfois le feng shui, en Occident, pour les recommandations pittoresques formulées par les maîtres de cette technique pour l'organisation interne des appartements. On cite tel immeuble de Hong Kong que, paraît-il, seuls les étrangers acceptent d'habiter parce qu'il n'est pas conforme aux règles du feng shui, ou tel autre qui a dû modifier l'emplacement de sa cage d'escalier.

On peut bien sûr négliger le feng shui parce qu'il se fonde sur des concepts et métaphores tels que le « souffle » ou les « dragons » qu'il ne cherche pas à définir précisément ; et son efficacité n'est pas évaluée de manière systématique mais, comme l'astrologie, à partir de constatations partielles.

On rapporte ainsi les mots un peu énigmatiques du moine Muhak, désapprouvant en 1394 l'implantation du palais royal à l'emplacement où on le trouve encore aujourd'hui : « Dans deux cents ans, on comprendra la conséquence de ce choix ». Des ouvrages sérieux [1] notent que sa prophétie s'est réalisée : en 1592, les Japonais conduits par Hideyoshi ont envahi et dévasté le pays, ce qui constitue la plus blessure la plus profonde de l'histoire coréenne avant l'époque moderne — mais personne ne fait le compte de toutes les prédictions erronées et disparues de toutes les mémoires.

Ce qui m'intéresse, ce n'est donc pas cette activité de consulting, mais, sur un plan plus esthétique, la vision du monde du feng shui ancien, qui combine les plus petits détails à la très grande dimension, dans une vision aussi grandiose qu'inattendue pour un esprit cartésien. Une imperceptible bosse du terrain, à côté de l'une des principales maisons de Hahoe, est présentée comme l'ultime émergence du « dragon » dont la petite montagne dominant le village constitue une autre apparition ; de sommet en sommet, on suivra alors les ondulations de celui-ci depuis l'extrémité de la péninsule coréenne jusqu'au cœur même de la Chine. Et la position de la Cité interdite à Pékin, face au sud, comme sa configuration intérieure, place l'empereur juste en-dessous de l'étoile polaire, centre fixe du ciel.

Il s'agit, une nouvelle fois, de relier le proche et le lointain, l'intérieur et l'extérieur, la ville et le paysage, le palais et le monde. Si la démarche scientifique à l'occidentale, à la fabuleuse efficacité, classifie le monde en le réduisant en éléments simples et séparés qu'elle recombine ensuite en théories et en machines, le feng shui classifie dans un autre but : pour tout relier au sein d'un système « harmonieux » où chaque chose a un sens et une place.

Le lien avec les montagnes : la fondation de Séoul

Derrière le palais, à Séoul, on aperçoit le mont Bugak. Ce n'est pas seulement dû à l'abondance des montagnes en Corée : le roi Taejo, qui a choisi en 1394 ce lieu comme capitale, aurait pu trouver un site plus large et facile d'accès au sud de la rivière Han, à l'emplacement actuel de l'immense quadrillage de Gangnam. Il a préféré choisir une cuvette à quelques kilomètres au nord du fleuve, entourée de montagnes et de collines.

La lecture des Annales du roi Taejo [2] permet de suivre de manière vivante les débats qui ont occupé pendant plusieurs mois l'entourage du roi. Le feng shui y est souvent cité comme théorie officielle et incontournable, mais certains conseillers ne se gênent pas pour exprimer leurs doutes. Le roi lui-même s'emporte contre les spécialistes de cette théorie, se moquant de leurs contradictions, et pose des conditions d'ordre pratique : l'emplacement de sa capitale doit certes respecter les règles inscrites dans les vieux livres, mais il faut avant tout que le lieu choisi soit assez vaste pour accueillir une grande capitale, qu'il soit situé dans la partie centrale du pays et qu'un fleuve permette d'y accéder facilement.

Le choix d'implantation de la capitale apparaît comme une conciliation entre les principes traditionnels officiels et des objectifs pratiques et politiques.

Deux ans plus tôt, en effet, Taejo n'était encore qu'un soldat et un homme politique. Par un coup d'état, il a renversé un roi issu d'une lignée ancienne et compte bien fonder une dynastie durable. Il doit pour cela démontrer que les divinités supérieures lui ont bien confié le mandat du Ciel. Dans un même discours, le déclin des rois précédents est associé à la perte de « force » de leur capitale, Kaesong, que l'on trouve justement annoncée dans des prophéties anciennes : la preuve est donc faite que ces rois avaient perdu le mandat du Ciel. À la fondation d'une nouvelle dynastie doit alors répondre le déplacement de la capitale dans un site qui, lui, possède encore toute sa force : c'est le projet de Taejo, qui par la même occasion marginalise les élites de l'ancien pouvoir, installées à Kaesong [3]. La durée de la dynastie Joseon, de 1392 à 1910, montre que son plan a réussi.

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Publié par thbz le 15 juillet 2015
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14 juillet 2015 - Arts, architecture... - Chine - Corée - (lien permanent)

Emprunt de paysage

C'est une phrase lue dans un livre sur les jardins chinois, Chinese Gardens en version anglaise, par Lou Qingxi, au sujet des murs si nombreux dans les jardins chinois : "the walls divide but do not separate. They keep the scenic areas both connected and divided." [1]

Les murs divisent mais ne séparent pas ? Comment une paroi peut-elle relier alors que sa fonction semble être d'isoler ? En fait le mur répartit, classifie, met chacun à sa place. Il contraint certes les déplacements. Mais en contraignant les déplacements, on aide à organiser la société.

De cette simple phrase on peut donc tirer beaucoup de fils. Je l'utiliserai pour essayer de relier certaines impressions visuelles survenues au cours des années et des voyages : ici l'emprunt de paysage qui permet de comprendre comment le mur permet de relier les espaces ; plus tard le feng shui dans lequel ce sont les montagnes qui relient les territoires alors que, chez nous, elles séparent les vallées.

L'emprunt de paysage est une notion peu connue en Occident. Il est pourtant théorisé depuis des siècles en Chine par les spécialistes des jardins.

L'emprunt de paysage, c'est une technique d'organisation des jardins par laquelle on dispose des arbres, des murs, des ouvertures pour réunir dans une même composition le jardin et quelque élément extérieur au jardin.

L'un des exemples les plus célèbres est le jardin Jichang à Wuxi, où une pagode située sur une colline extérieure se reflète dans un plan d'eau conçu à cet effet par le jardinier, donnant l'impression que la pagode elle-même fait partie du jardin.

La sensation d'étrangeté, la douce énigme qui nous saisit dans un jardin zen de Kyoto ou dans les jardins de Suzhou, les uns dépouillés à l'extrême, les autres brillants et sophistiqués, le point commun entre ces traditions si différentes, c'est sans doute le mur et l'emprunt de paysage.

Dans le Canglangting à Suzhou, une longue galerie donne sur un ruisseau bordé d'un autre mur. Un visiteur rapide pourrait croire que le ruisseau et le second mur font partie du jardin, ce qui n'est pas le cas.

De manière plus générale, les nombreux murs qui sinuent dans les jardins chinois sont souvent percés d'ouvertures aux formes variées qui multiplient les points de vue. « Les murs qui renferment les secrets du jardin ne sauraient exister sans un système d'ouvertures qui tantôt révèlent ce qui se trouve au-delà, tantôt permettent d'y accéder (...) La variété du spectacle des ouvertures est comme la promesse d'une égale variété dans ce que le spectateur va découvrir à travers elles. » [3]


Wangshiyuan (Suzhou)


Ouyuan (Suzhou)

« ... Il ne s'agit évidemment pas d'un hasard : la distance à laquelle le rocher se dresse devant l'ouverture, le format et l'orientation de celle-ci sont manifestement calculés pour créer cet effet particulier » (ici le Liuyuan à Suzhou)


Yuyuan (Shanghai)


Liuyuan (Suzhou)

Sans mur, on marcherait simplement le long d'un étang, dans une vision continue et unique ; avec le mur, la vision de l'étang devient discontinue et le jardin parait différent à chaque ouverture, d'autant que la forme du cadre change à chaque fois. Le même site offre dix, vingt paysages et non un seul. Les murs ne séparent jamais car ils sont toujours percés d'ouvertures. Nous abattons les parois intérieures d'un appartement pour « gagner de la place » — les jardiniers chinois, eux, ajoutent des murs pour agrandir l'espace perçu. Là où une surface ouverte, telle les pelouses des parcs européens, paraîtrait assez exiguë, une multitude de chemins bordés de murs allonge les déplacements, crée de nouveaux sites et donne la sensation que le jardin est beaucoup plus grand qu'il ne l'est en réalité.

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Publié par thbz le 14 juillet 2015
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11 juillet 2015 - Corée - (lien permanent)

Catalogue de montagnes coréennes

Après avoir décrit une ascension de Gwanaksan à Séoul, voici plus simplement, en images, à quoi ressemblent les montagnes coréennes. Toutes celles que j'ai visitées sont situées dans la partie nord du pays, mais je ne pense pas qu'elles soient très différentes dans le reste de la demi-péninsule. Les paysages sont assez semblables dans l'ensemble du pays, à l'exception de l'île de Jeju.

Les sommets situés autour de Séoul sont accessibles en métro ou en bus de ville. Les chemins sont à la portée de toute personne en forme et bien chaussée, mais certains passages peuvent être difficiles si on craint le vide. Le suffixe « san » s'applique à tout relief, depuis une butte de vingt mètres dans un parc jusqu'aux plus hauts sommets (Everestsan). Il désigne l'ensemble du massif et non un sommet précis.

Ansan, en fait une grosse colline de 300 mètres, domine Séoul dans sa partie ouest, avec, tout de même, quelques rochers au sommet et une vue panoramique :


(Version agrandie)

Inwangsan, un peu plus haute, est reconnaissable à ses parois rocheuses majestueuses qui dominent le centre de Séoul et à la muraille qui serpente sur sa crête. S'il n'y avait qu'une promenade à faire à Séoul, c'est au mont Inwang qu'il faudrait aller :

Bukhansan, le grand massif montagneux du nord de Séoul, qui culmine à 811 mètres. J'ai vécu peu de moments aussi beaux que l'arrivée dans le chaos de rochers qui constitue le sommet, après une ascension au cœur d'une forêt incendiée par les couleurs de l'automne.

Il faut y aller pour comprendre que lorsque les peintres chinois ou coréens traçaient sur leurs rouleaux des sommets vertigineux dans lesquels de larges pans rocheux contrastent avec les arbres pointillistes, ils montraient simplement ce qu'ils voyaient autour d'eux. Là les rochers immobiles, peints à larges coups de brosse, rendent généreusement la lumière qu'ils reçoivent du soleil, tandis que les pins jetés par touffes sombres dans les interstices des rochers en masquent les irrégularités, semblant progresser lentement vers le sommet comme des alpinistes.


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Publié par thbz le 11 juillet 2015
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11 juillet 2015 - Corée - (lien permanent)

L'ascension des montagnes coréennes

Au sommet de Gwanaksan, à 629 mètres d'altitude, je domine une métropole de 25 millions d'habitants. Séoul s'étend en larges nappes d'immeubles entre les montagnes, tels les lacs des peintures anciennes, qui paraissent sans fin parce que le peintre n'en trace jamais les extrémités.

Deux fois j'ai échoué. Deux fois j'ai dû renoncer quelques dizaines de mètres avant de parvenir au sommet, là où il faut grimper à flanc de falaise en se tenant à des cordes et des chaînes métalliques. Là où les Coréens passent sans guère d'hésitation.

Jeunes ou vieux, hommes et femmes se hissent d'un rocher à l'autre, avancent le long de la paroi à pas lents mais sûrs et parviennent au sommet. Une première fois à l'automne dernier, la seconde au début du printemps, je n'ai pu faire autre chose que les regarder à vingt mètres à peine devant moi. C'est le moment où le corps pose ses limites. Les mains soudain tremblent légèrement, une faiblesse saisit les jambes, la volonté s'efface ; l'orgueil ne peut que regarder en spectateur le refus opposé par le corps. Interdiction d'aller plus loin. Ce chemin n'a pourtant rien de bien extraordinaire : il ne demande aucune expérience d'alpinisme.

Ce matin, comme les fois précédentes j'ai pris le métro. Je suis descendu à la station Nakseongdae, j'ai rejoint, au fond d'un quartier résidentiel, un sentier qui commence dans un jardin communautaire.

C'est mon approche préférée. Le chemin traverse une forêt, on est pourtant toujours en plein Séoul. Les premiers rochers apparaissent, je les parcours avec l'habitude de celui qui a déjà marché dans la plupart des montagnes qui entourent Séoul : Ansan, Inwangsan, Bukhansan, Dobongsan, Umyeonsan, Cheongyesan et bien sûr Namsan au cœur de la ville, et encore Manisan sur l'île de Gangwhado, où on trouve un autel à Dangun, le fondateur légendaire de la Corée, et dans le nord-est du pays Seoraksan, troisième sommet de la Corée du Sud.

Et la ville apparaît. Les immeubles que l'on voyait jusque-là de profil, que l'on dépassait l'un après l'autre, se fondent à présent dans une étendue tourmentée, soulevée par des vagues de gratte-ciels, déchirée par les îlots des collines toujours couvertes d'arbres.

Dans le système du feng shui, Gwanaksan est la grande montagne du sud de Séoul, celle qui fait face à la ville et la menace un peu. C'est elle qui offre les meilleures vues sur la métropole lorsque le soleil brille et que l'atmosphère est exceptionnellement claire comme c'est le cas aujourd'hui. Il n'est pas possible d'échapper à cette vision de la Ville et de la Montagne. Contraste total et couple indissociable, la grande ville se glisse dans les creux de la montagne ; ou peut-être celle-ci se dresse-t-elle partout où la plaque tectonique des immeubles s'ouvre pour la laisser passer, et les gratte-ciels, les grands quartiers de barres ne seraient qu'un surgissement du relief, une montagne en train de naître.

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Publié par thbz le 11 juillet 2015
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23 mai 2015 - Corée - (lien permanent)

Le chemin sacré

1) Le chemin sacré mène au temple, au palais impérial, à la tombe royale, voire à une maison noble ou à un jardin.

Il passe sous une première porte, traverse un ruisseau « interdit » sur un petit pont, passe sous une deuxième, voire une troisième portes, il traverse un pavillon ou le contourne avant de parvenir à l'endroit le plus sacré ou le plus privé.


Jeongneung, une tombe royale à Séoul

2) Le chemin sacré, à l'image du site, est courbe et monte à travers les arbres dans un temple ou un jardin, plus rectiligne et plat dans un palais.

3) Je dis que ce chemin est sacré parce qu'il met en scène la transition entre l'espace profane et un espace sacré. Il découpe le parcours en étapes obligées, accompagne les changements du paysage, oriente les points de vue.

Car le chemin sacré se conforme à un rite répété d'un site à l'autre et donc reconnaissable. La répétition renforce le rite : associé au monde, il en paraît indissociable et son absence apparaîtrait comme un manque.

4) À l'approche du lieu central, qui est le plus caché alors que tout le site est organisé autour de lui, le chemin sacré est souvent pavé de pierres et seul le personnage de rang le plus élevé l'emprunte en son milieu. Les personnages secondaires passent sur les côtés.

Dans les sites consacrés aux morts, à Jongmyo où sont conservées des « tablettes mortuaires » des rois coréens comme dans les tombes royales, le chemin central est réservé aux esprits des rois morts, censés résider dans ces tablettes.

Dans les tombes royales, le « chemin de dévotion » (chamdo, 참도, en caractères chinois ) commence à une arche rouge et conduit jusqu'à un pavillon en forme de T où seront accomplis les rites. Il est constitué de deux bandes pavées de pierre : la plus large est celle des esprits, l'autre celle du roi.


Illeung, la tombe du roi Sunjo.

À Seonjeongneung ou Seolleung, en plein cœur du quartier d'affaires de Gangnam, des écriteaux rappellent aux vivants qu'on ne marche pas sur la voie des esprits.

(4 bis : le chemin n'est guère sacré pour les Coréens dans la vie de tous les jours. Les adultes viennent pour prendre l'air et les enfants jouent sans se préoccuper de l'esprit des morts. Seollung, c'est une station de métro pour les habitants de Séoul, un parc pour les employés de bureau du quartier. Après la Seconde Guerre mondiale, les gens ont arraché les pierres du chamdo de Yeolleung, au sud de Séoul, pour en faire des éviers, et il serait inconvenant, dans un pays dévasté par cinquante ans de malheurs, de condamner cette victoire des vivants sur les morts.)

5) Plus on avance vers le temple, moins le parcours est aisé. On laisse derrière soi les grands ensembles et les champs de riz, on gare la voiture sur un parking poussiéreux ou bien on descend du bus devant le premier portail, on passe les derniers commerces, les restaurants populaires, les vendeurs de souvenirs.

Au début le chemin est large, puis il se rétrécit, monte un peu, s'enfonce sous le couvert des arbres. Le temple est toujours plus loin qu'on ne le croit. Parfois un escalier monumental constitue l'ultime obstacle.


Chemin vers Seonunsa


Chemin vers Unjusa


Le franchissement de la rivière en approchant de Seonamsa


Arrivée à Seonunsa


Arrivée à Bulguksa, l'escalier monumental

Après cela, il faudra encore se déchausser pour pénétrer dans le pavillon du Grand Bouddha. Car en Corée il faut une tenue appropriée à chaque site : pieds nus dans le temple ou chez soi, uniforme à l'école, tenue fluo pour la promenade dans les collines (trois activités qu'un Occidental accomplirait sans se changer).

6) La tombe royale de la région de Séoul est, elle, presque inaccessible. Invisible depuis l'extérieur, cachée par la forêt, elle apparaît fugitivement lorsqu'on arrive à l'arche rouge, puis disparait à nouveau au fur et à mesure qu'on parcourt le chamdo, masquée cette fois par le pavillon en forme de T où ont lieu les rites. On l'aperçoit à nouveau à travers l'ouverture percée à l'arrière de ce pavillon. Mais il n'est pas possible d'aller plus loin et de monter jusqu'à la tombe elle-même, posée au sommet de la butte gazonnée.



Le chemin vers Heolleung, le tombeau du sanglant roi Taejong

En fait, de nos jours un chemin est souvent aménagé discrètement le long de la lisière, pour permettre aux curieux de voir de plus près le dôme enherbé qui abrite les restes royaux et les fonctionnaires et militaires en pierre qui l'accompagnent.


La tombe du roi et de son épouse, à Heolleung

40 tombes royales sont ainsi conservées sur dix-huit sites à Séoul et dans la région environnante. Toutes sont magnifiques et bien entretenues. Elles occupent les meilleurs emplacements du point de vue des règles du feng shui. Ce pays qui reconstruit les maisons des vivants tous les trente ou quarante ans préserve les tombes de rois morts depuis des siècles, des associations continuant même à accomplir pour eux les rites confucéens. En France, on entretient les maisons mais on jette les cadavres des rois dans une fosse commune.

7) Le chemin sacré peut être temporaire. En ces jours de mai où l'on célèbre la naissance de Bouddha, un chemin de lanternes commence ainsi dans les couloirs d'une station de métro...

... et conduit les fidèles ou les curieux jusqu'au temple le plus proche :


Temple Hongcheonsa (Séoul)

8) Enfin on trouve également le chemin sacré dans les temples, palais et mausolées japonais (sandō, qui s'écrit avec les mêmes caractères chinois, 參道, que le chamdo coréen), vietnamiens :


Chemin central au mausolée de Minh Mang (Hué)


Accès, sous une triple porte et par un long escalier monumental, à la tombe de Khai Dinh (Hué)

et chinois :

Le chemin de l'empereur à la Cité interdite (Pékin). Les mandarins et les touristes passent sur les côtés.

Car oui, je suis allé récemment en Chine, il faudra bien que j'en parle un peu...

Publié par thbz le 23 mai 2015
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