16 février 2015 - Corée - (lien permanent)

Nanjido, la dernière montagne de Séoul

Nanjido est une colline de l'arrondissement de Mapo, à l'ouest de Séoul. On y accède par un escalier de 290 marches pour aller se promener au sommet, d'où l'on peut contempler la rivière Han d'un côté, la ville Séoul de l'autre et le massif de Bukhansan au loin. Le sommet est aménagé en parc : épicerie, toilettes publiques, bancs : rien n'y manque.

Pourquoi parler de Nanjido ? Des dizaines de collines sont ainsi parsemées dans l'immense surface de la capitale coréenne. Certaines sont couvertes de maisons et striées de rues vertigineuses : elles disparaissent dans le paysage urbain. La plupart, semblables à de petites montagnes avec leurs pentes raides et rocailleuses, sont plantées d'arbres et aménagées en agréables parcs, avec des sentiers bien tracés, des lieux de repos, des points de vue, des aires dédiées à la gymnastique. Aussi indispensables au paysage urbain que les voies rapides et les nappes d'immeubles illimitées qui se coulent à leurs pieds, elles offrent une pause bienvenue dans le tumulte urbain.


Colline de Seongmi-san, mars 2014.

Si je parle ici de Nanjido, c'est que cette colline ne date ni du Trias Inférieur, ni du Paléocène, mais de l'Anthropocène, ou pour mieux dire du Molysmocène : l'Âge des Déchets.

Dans les temps anciens, pourtant, c'est à dire jusqu'aux années 1960, Nanjido était une île dépassant à peine du fleuve Han, renommée pour ses champs fleuris ; les enfants allaient y nager en écoutant le champ des cigales. C'est ce que raconte peu près Hymne à Mapo (마포찬가), beau livre consacré à l'histoire de l'arrondissement.

On l'appelait aussi « l'Île aux Fleurs » (꽃섬), comme celle du film de Jorge Furtado dont j'ai parlé un jour. Et justement...

Justement, la Corée s'est développée et Séoul s'est étendue. Les vieux quartiers ont été rasés et remplacés par des immeubles qui ont également envahi les champs. Non seulement la population s'est multipliée — 1,5 million d'habitants en 1955, 10 millions en 1990 —, mais elle a découvert l'abondance et la société de consommation, c'est à dire la possibilité d'acheter et de jeter chaque année un peu plus que l'année précédente.

Bientôt il a fallu trouver un lieu pour déverser les déchets de la capitale. C'est à Nanjido qu'on les a envoyés, pendant une quinzaine d'années de 1978 à 1992. Ainsi la petite île, désormais reliée au continent, a-t-elle pris de la hauteur, de plus en plus de hauteur : jusqu'à 90 mètres, sur une superficie de près de trois kilomètres carrés.

Enfants gambandant sur les déchets de Nanjido (source : rpress.or.kr)

Le quotidien Joongang Ilbo, le 12 septembre 1991, dresse un tableau inquiétant de la situation : dans le quartier voisin de Sangam, « la poussière des déchets envahit le ciel comme les toits. Une odeur infecte s'en dégage et pénètre les maisons, suivie par les mouches. Chaque jour, 30 000 tonnes de déchets produits par les habitants de Séoul viennent s'accumuler à Nanjido... ». La fermeture de la décharge a été promise pour la fin 1986, puis pour 1988, 1990... Pendant ce temps les matières organiques se décomposent, le méthane s'accumule en poche, explose parfois et prend feu. L'article conclut en présentant Sangam comme l'un des quartiers les plus dégradés de Séoul.

Mais certains vivaient de la décharge elle-même. Du matin au soir ils creusaient les piles de déchets pour récupérer tout ce qui pouvait avoir un usage :

Source : Dong-a Ilbo, 3 février 1993, p. 20

Et puis tout a changé, une fois de plus.

La décharge a été fermée en 1992, le sommet a été aménagé en parc. Une partie s'appelle « Haneul Park » (le parc du Ciel), et l'autre « Noeul Park » (le parc du Crépuscule). Des arbres plantés sur ses pentes ont donné à cette énorme butte, malgré son anormal plateau, l'aspect des autres collines de Séoul. Ainsi a-t-on pu, dès 2002, accueillir des centaines de milliers de visiteurs dans le Stade de la Coupe du Monde, construit devant la nouvelle colline. Des équipements sportifs ont été installés au sommet du parc comme à son pied, du côté du fleuve, où on peut pique-niquer ou même faire du camping.


Haneul Park, septembre 2014.


Vues depuis Haneul Park, février 2015.

Le parc attire des foules considérables au mois d'octobre, lors du « festival du roseau » : les dimensions généreuses du roseau de Chine ou herbe à éléphant s'enrichissent alors des couleurs de l'automne. Sur plusieurs hectares on se promène au milieu des allées, la taille des roseaux assurant une semi-intimité partagée avec quelques milliers d'autres couples. Puis on redescend en file indienne par l'escalier monumental qui ramène au parc du Stade de la Coupe du Monde, lui-même jaunissant et rougeoyant.

Quelque temps après, le vaste plateau ressemble à un immense champ moissonné (février 2015) :

Pendant ce temps, les déchets organiques ensevelis sous les pieds des promeneurs continuent à produire du gaz. De grosses canalisations, dont l'approche est interdite, parcourent la colline pour détourner ce méthane vers les quartiers environnants dont il assure le chauffage.

L'immense décharge à ciel ouvert est ainsi devenue un exemple de reconversion environnementale, comme, presque en face au milieu de la rivière, la station d'épuration de Seonyu-do, dont j'ai déjà décrit la transformation en jardin. Il y a même un projet d'ascenseur transparent au cœur de la montagne, qui permettrait de voir par soi-même les strates de déchets accumulées pendant quinze ans.

Cette colline a rejoint le paysage de Séoul. Les promeneurs ne se préoccupent pas plus de son âge que les skieurs de Val d'Isère ne s'intéressent à la formation des Alpes. Pas besoin d'avoir la foi : les déchets suffisent à déplacer les montagnes et l'Anthropocène ne transforme pas seulement le climat, mais la géologie elle-même.

L'idée de transformer une décharge publique en parc doit être aussi ancienne que les décharges publiques elles-mêmes : la butte Coypeau, dans le Jardin des Plantes à Paris, est un ancien dépotoir médiéval. Un peu partout de nos jours, on transforme des décharges publiques en parcs : à Tel-Aviv, à Alger, à Medellin... D'après Martine Tabeaud et Grégory Hamez (Les métamorphoses du déchet, introduction), le point culminant de l'Île-de-France comme celui de New York sont des piles de déchets. Celle de New York culmine à plus de 200 mètres et sera bientôt remplacée par un parc trois fois plus étendu que Central Park.

L'exemple de Séoul n'est donc pas unique ; il n'en est pas moins une belle réussite.

Quant à Sangam, l'ancien quartier contaminé par les odeurs de la décharge attire désormais les classes supérieures et les grandes entreprises. Aucune trace des habitations anciennes, remplacées par des dizaines de barres de logements aux noms génériques : « Sangam World Cup Park 1 », « Sangam World Cup Park 2 », « Sangam World Cup Park 3 »... Et la construction récente d'une Digital Media City, ostensiblement futuriste, en fait l'un des nouveaux quartiers branchés de Séoul. On y trouve les sièges des grandes chaînes de télévision ainsi que le musée du cinéma, doté d'une cinémathèque de qualité.

(Cette histoire ne dit pas ce que sont devenus les anciens habitants de Sangam. Ont-ils, comme ceux de Gangnam, dû déménager un peu plus loin ?)


Vue d'une partie de Sangam depuis le sommet de Nanjido, septembre 2014.

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Publié par thbz le 16 février 2015
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10 février 2015 - Corée - (lien permanent)

Le palais et le bidonville

Une histoire faite de ruptures et de destructions engendre un pays de contrastes. Si ce pays réunit moins du centième de la population mondiale, mais qu'il possède l'une des plus grandes villes du monde, on ne sera pas surpris de trouver ces contrastes accumulés dans cette métropole comme les moraines le long d'un glacier.

Au loin, dans la brume, c'est Tower Palace. Lorsque j'ai vu ce complexe résidentiel pour la première fois en 2007, il comprenait la plus haute tour de Corée, avec 264 mètres — depuis, neuf autres tours l'ont dépassée. Un entreprise dont le nom est inspiré de Goethe construit en ce moment, à quelques kilomètres de là, une tour qui sera deux fois plus haute que celle-ci, mais qui sera dépassée par un projet que Hyundai vient d'annoncer.

Les duplex de 400 mètres carrés, au sommet de Tower Palace, font partie des logements plus chers de Corée. À l'intérieur tout est automatisé et sécurisé. La vue doit être splendide depuis le sommet, avec d'un côté Guryong-san, grande colline qui culmine à peu près à la même hauteur que les gratte-ciels, et de l'autre l'immense océan urbain de Séoul et l'archipel de ses montagnes.

L'urbanisation de Gangnam, des années 1960 aux années 2000, est l'une des réalisations gigantesques qui caractériseront le 20e et le début du 21e siècles aux yeux des siècles ultérieurs, lorsque le monde aura perdu l'habitude de croître aussi vite — projet à la mesure de l'extraordinaire effort de développement accompli par la Corée à la même période. Sur des kilomètres et des kilomètres, on a tracé de très larges avenues se coupant à angle droit, délimitant des carrés d'environ 500 mètres de côté. L'ancienne périphérie agricole de Séoul, à peine habitée, s'est couverte de grands ensembles à la coréenne. Elle en est devenue le quartier chic, attirant les habitants les plus riches grâce à l'implantation d'écoles de bonne réputation. Le luxe progressant avec le développement du pays, les quartiers les plus recherchés sont souvent les plus récents et les plus éloignés.


Un peu de Gangnam, vu depuis Umyeong-san en septembre 2014.

Gangnam connaît son apothéose au milieu des années 2000 avec la construction de Tower Palace. Et au début des années 2010, lorsque deux milliards de personnes rient et se trémoussent sur Gangnam Style.

Toutefois, si les habitants des duplex jettent un coup d'œil vers le sud, ils risquent d'apercevoir, à travers la brume, un quartier qui est l'envers de Gangnam et sa conséquence : le bidonville de Guryong, au premier plan sur la photo proposée en tête de cet article.

Car en progressant vers le sud, Gangnam a dû pousser un peu plus loin ses anciens résidents, comme la conquête de l'Ouest américain a parqué les Indiens dans leurs réserves. Forcés de s'éloigner des quartiers où ils n'avaient plus les moyens de résider, quelques milliers d'habitants se sont trouvés coincés au sud de Tower Palace, de l'autre côté d'une voie express. Impossible d'aller plus loin : la zone est fermée par la colline Guryong-san.

Protégé de trois côtés par la montagne, l'emplacement serait idéal au point de vue du feng shui si son orientation n'était exactement contraire aux règles : au lieu de bloquer les vents du nord, le relief retient l'air chaud du sud. Hier après-midi, sur les pentes de la montagne, j'ai pu marcher sur un torrent complètement gelé alors que la neige tombée la veille avait rapidement disparu partout ailleurs.

Guryong, aujourd'hui, c'est mille deux cents maisons construites avec les moyens du bord : des planches, des tôles, des matériaux divers pour tenter de s'isoler du froid. L'électricité est récupérée dans des lignes qui passent par là. Il paraît qu'il n'y a pas d'eau potable. Toutes ces constructions sont illégales. Les articles de presse disent que les résidents sont surtout des personnes âgées ; pourtant j'ai croisé des hommes d'âge mûr rentrant du travail, des adolescents même. Les auriez-vous croisés un peu plus loin, vous n'auriez pas su s'ils allaient au bidonville ou à Tower Palace.

Et comme partout ailleurs dans Séoul, les croix des églises dépassent de la masse des toitures.

Naver, l'un des Google Maps coréens, permet de se promener dans le bidonville comme dans n'importe quel autre quartier de Séoul.

Guryong va disparaître. Le maire de Séoul, ancien avocat des causes sociales, s'est engagé à coopérer avec ses habitants pour transformer le quartier. Mais la pression immobilière est forte : c'est la dernière frontière de Gangnam. Les désaccords sont nombreux, entre les résidents, les propriétaires des sites occupés, la mairie.

Un incendie, en novembre dernier, a accéléré les choses. Les bulldozers ont commencé à entrer en action, malgré l'opposition des résidents. Un tribunal a toutefois ordonné vendredi dernier l'arrêt des démolitions, pour une durée d'une semaine.

Mais ce qui domine aujourd'hui l'actualité du bidonville de Guryong, c'est la mystérieuse découverte, au premier étage du centre communautaire du quartier, de meubles de prix, clubs de golf et « alcools étrangers de luxe », dont l'opposition avec la vie misérable des habitants choque les journaux.

Et pourtant, quoi de plus banal que les contrastes à Séoul ?

(Contraste ne signifie pas diversité mais changement. Un pays qui privilégie la cohésion et la conformité à des standards peut être plein de contrastes si ces standards évoluent et que tous ne peuvent pas les suivre à la même vitesse.)

Publié par thbz le 10 février 2015
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04 février 2015 - Asie - (lien permanent)

Décorations en tessons au Vietnam

On trouve, au fond de la cité impériale de Hué, splendide reflet d'un empire du Vietnam qui, enfin réunifié au début du 19e siècle, jette ses derniers feux avant d'être absorbé par un empire doté de meilleures armes, aujourd'hui gigantesque espace clos que les guerres française et américaine ont en grande partie réduit à l'état de ruine, on trouve de magnifiques pavillons, restaurés ou non, des rochers aux formes fantastiques dans la tradition chinoise, des bassins où se reflètent les constructions humaines...

... et des arches ornées de motifs délicats...

... ou de décors en céramiques qui présentent une curieuse particularité :

Il ne s'agit pas de panneaux de céramiques commandés sur mesure à des artisans, ni même de petits carreaux aux formes simples assemblés en mosaïque, mais de débris de tasses, de plats ou d'assiettes en porcelaine, choisis pour leur couleur, leur forme et leurs motifs.

Ces porcelaines brisées sont mêlées à des morceaux de verre qui, eux aussi, sont en fait des tessons de bouteilles.

Apparemment, ces décorations n'étaient pas réalisées en récupérant des vases ou des bols déjà brisés, mais en important des porcelaines de prix pour ensuite les casser en morceaux.

À l'extérieur de Hué, en suivant la « Rivière des Parfums », large cours d'eau tranquille bordé de paysages tropicaux, on arrive d'abord à la pagode de la Dame céleste. Dans l'un des bâtiments de la pagode est exposé un superbe vase :

... sur un socle en mosaïque de porcelaine brisée :

En poursuivant la remontée de la rivière sur un bateau-dragon de pacotille...

... on parvient à la région des mausolées. Ici, à l'écart de la cité impériale, les empereurs du 19e et du 20e siècles se font fait construire de véritables palais funéraires, composés d'une succession de cours et de pavillons qui se fondent dans la nature.

Le dernier d'entre eux, Khai Dinh, a préféré dresser un immense tombeau de pierre sur les pentes abruptes d'une colline. En gravissant un escalier monumental on découvre statues et pavillons pétrifiés, pour parvenir au sommet à un palais mélangeant une architecture baroque et des décorations plus vietnamiennes.

À l'intérieur, les murs sont presque entièrement couverts de tessons de céramique et de bouteilles. Troncs d'arbre biscornus, oiseaux au plumage fantastique, dragons bienveillants, montagnes en forme de vagues, nuages colorés parcourus par des grues, vases à quatre pieds remplis de fleurs, de crosses, d'éventails et posés sur des structures géométriques improbables : c'est l'apothéose de ce style de décoration.

Construit dans les années 1920 par un empereur impopulaire et impuissant, grâce à un impôt spécial levé sur les paysans avec l'accord des Français, ce mausolée est un extraordinaire témoignage d'un pouvoir réduit à une simple apparence, aujourd'hui transformé en attraction touristique. C'est dérisoire et splendide, cohérent et irrationnel comme les grotesques des palais italiens.

Un guide désigne même à des touristes japonais des morceaux de bouteille portant le nom d'un célèbre fabricant de saké.

(Contrairement aux maisons-tubes, qui frappent tout visiteur un peu sensible à l'architecture, ces décorations ne semblent pas inspirer beaucoup d'analyses sur Internet. À voir tout de même : un intéressant fil de discussion consacré à l'architecture vietnamienne traditionnelle sur le forum SkyscraperCity.)

Publié par thbz le 04 février 2015
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01 février 2015 - Asie - (lien permanent)

Inscriptions dans l'espace public au Vietnam

J'ai déjà consacré une note aux inscriptions dans l'espace public à Séoul. En voici quelques-unes vues au Vietnam, dans les régions de Hanoi (nord du pays), Hué et Hoi An (centre), ainsi que dans les campagnes environnantes aperçues depuis le bus ou le train.

Si les enseignes de boutiques et les publicités sont nombreuses au Vietnam comme ailleurs, c'est surtout les affiches de propagande qui intéressent le touriste — mais je n'avais guère envie, malgré leur indéniable attrait graphique, d'en acheter dans les nombreuses boutiques spécialisées du quartier touristique de Hanoi. Disposées sous forme de banderoles dans la rue, inscrites sur les murs des bâtiments ou alternant avec les panneaux publicitaires perchés au sommet de mâts élevés, elles attirent l'œil dans toutes les villes et jusque dans les campagnes, le long des grands axes.

Lorsqu'elles ne se limitent pas à un simple message, habituellement écrit dans le jaune et rouge du drapeau national, les affiches de propagande sont ornées de dessins au style caractéristique : lignes claires et couleurs vives pour représenter des travailleurs représentatifs de la société regardant avec confiance vers une direction qui semble être celle du futur, de la patrie ou du communisme, parfois sous le regard bienveillant de Hô Chi Minh.

Il peut s'agir de commémorer les grandes étapes de la construction du Vietnam communiste, d'encourager les citoyens à œuvrer toujours plus pour la réussite du pays ou, comme dans nos pays, de les inciter à adopter tel ou tel comportement (ne pas fumer, trier les déchets...).

Parfois aussi, le long de la route, des monuments semblent érigés à la gloire de la patrie ou du communisme et me rappellent ceux que j'ai vus en Bulgarie en juillet 1989 : une colonne, des personnages le bras levé...

Un traité de graphisme pourrait être consacré à la seule représentation de l'oncle Hô (appellation courante au Vietnam), omniprésent dans l'espace public : portant un enfant dans ses bras, inspirant le pays, protégeant de son aura les travailleurs... Parfois une simple silhouette en ombre chinoise suffit à reconnaître sa barbichette caractéristique. Affiches dans les rues, mais aussi couvertures de livres dans les librairies, et encore sur les billets de banque — tous les billets de banque —l'image de Hô Chi Minh est reproduite à l'infini, comme le logo sur les publications d'une entreprise.

Les affiches de propagande paraissent moins nombreuses dans les quartiers touristiques, où elles se réduisent à un simple message en vietnamien, incompréhensible pour le touriste — à moins qu'il ne prenne la peine d'entrer chaque mot dans un dictionnaire électronique.

Les éléments de traduction donnés ci-dessous doivent être pris avec précaution, car ma connaissance de la langue vietnamienne se limite aux noms des principaux plats servis dans les restaurants du 13e arrondissement de Paris. Je ferai donc confiance aux moteurs de recherche et sites de traduction qui, lorsqu'ils ne proposent pas de traduction précise, donnent au moins une idée des sujets évoqués dans le message.

1. De très nombreuses affiches et banderoles, en ce mois de janvier 2015, célèbrent le 85e anniversaire du parti communiste vietnamien (Đảng Cộng Sản Việt Nam), fondé par Hô Chi Minh à Hong Kong le 3 février 1930.

2. L'image de Hô Chi Minh apparaît sur tous les billets de banque, ce qui rend leur manipulation difficile pour les touristes, d'autant que les montants sont très élevés : on confond souvent les billets de 10 000 (40 centimes d'euro seulement) ou 50 000 dongs avec des billets de 100 000 ou 500 000.

Ces billets, comme dans d'autres pays d'Asie, peuvent servir d'offrande dans les temples, à côté de bâtonnets d'encens, fruits et biscuits en paquets. C'est ainsi que l'on retrouve l'effigie bienveillante de « Celui qui éclaire » (Hô Chi Minh) sur un autel de temple bouddhiste.


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Publié par thbz le 01 février 2015
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30 janvier 2015 - Asie - (lien permanent)

Maisons-tubes à Hanoï

À Hanoï et dans ses environs, un modèle particulier de maison domine curieusement le paysage urbain : la « maison-tube » (nha ong).

Dans le quartier des Trente-Six Corporations, centre historique et touristique de Hanoï, les façades sont étroites : une ou deux fenêtres à peine, mais les immeubles sont très profonds : derrière une pièce qui peut servir de boutique ou de pièce d'habitation et qui, dans les deux cas, est largement ouverte sur la rue, une cour intérieure offre une respiration à l'immeuble et donne à l'arrière sur un second bâtiment, voire une seconde cour et un autre bâtiment encore. Le toit est souvent en terrasse ; sinon, il présente deux pans en V inversé, le faîte étant perpendiculaire à la rue. Parfois la cour est accessible depuis la rue par un couloir aveugle très étroit qui longe la pièce principale.

On peut facilement imaginer des raisons expliquant un tel schéma urbain : structuration de la ville en vastes pâtés de maison, forte densité en centre-ville, petite taille des commerces qui veulent avoir chacun une façade sur la rue avec un lieu de stockage et de vie à l'arrière...

Beaucoup lient la forme de la maison-tube à la taxe foncière, qui s'appliquerait en fonction de la largeur de la façade. Cette taxe s'applique-t-elle toujours ainsi ou s'agissait-il d'un mode d'imposition ancien, comme l'impôt sur les portes fenêtres en France ? Les documents que j'ai trouvés, qui ne consistent guère qu'en articles de blogs ou de guides touristiques, n'apportent pas tous la même réponse.

Quoi qu'il en soit, pourquoi retrouve-t-on la même forme de maison en périphérie de Hanoï ? et même plus loin, sur des dizaines de kilomètres entre route et rizière, là où villages-rues et maisons plus ou moins isolées se succèdent presque sans interruption depuis la capitale jusqu'à la mer ?

La plupart des maisons, même lorsqu'elles sont environnées de jardins, se contentent en effet d'une façade presque aussi étroite que dans le centre bruyant et encombré de Hanoï ; mais elles s'étendent en profondeur à l'arrière et montent en hauteur : au moins deux niveaux, souvent trois et parfois quatre. Les toits présentent tous la même forme en chevron. Enfin, les murs de côté sont rarement percés de fenêtres, alors même qu'aucun immeuble mitoyen ne vient les gêner. Certains, considérant peut-être qu'un peu de largeur serait tout de même utile, assemblent deux maisons de ce type mais chacune conserve la forme en tube : le toit prend la forme d'un W renversé.

Cette mode n'est pas un vestige du passé : c'est au contraire dans les maisons les plus récentes, celles qui présentent le plus de signes de prospérité, qu'elle prend toute sa mesure, multipliant les étages et la profondeur.

J'ai l'impression que les Vietnamiens, comme les Coréens, ont trouvé un idéal commun d'habitat, une forme de maison susceptible d'attirer tout le monde, habitat qui malgré son absence d'exotisme intrigue fortement l'Occidental de passage qui a été élevé avec le modèle de la maison individuelle de plain-pied : à Séoul cet idéal est la barre d'immeubles étroite, haute et répétée à l'infini, à Hanoï c'est le parallélépipède dressé sur sa tranche, standardisé dans sa forme mais personnalisé dans son ornementation. Peut-être s'agit-il, comme en Corée, du signe de l'accession à la classe moyenne, ou en tout cas de la sortie de la pauvreté ?

En effet, si toutes les maisons adoptent la même forme parallépipédique et le même toit en chapeau, elles se distinguent par les équipements de la façade et par la décoration. Terrasses, balcons, fausses colonnes, portiques, couleurs vives... Chaque maison cherche à se faire belle et à se démarquer de sa voisine.

La succession des cours intérieures, qui caractérise les maisons-tubes de Hanoï mais disparaît dans les maisons-parallélépipédiques des environs, offre aussi une progression de l'espace public vers l'espace privé qui peut rappeler d'autres types d'architectures asiatiques que l'on retrouve aussi bien au Vietnam qu'en Chine et en Corée, où il faut franchir une à une les portes et murailles qui permettent d'accéder finalement au temple le plus sacré ou à la Cité interdite de l'empereur.

Ce type de maison structure ainsi le paysage urbain de la région de Hanoï. Je l'ai aussi vu dans le centre du pays, avec les belles maisons de marchands de Hoi An : reconverties en commerces pour touristes, elles sont facilement accessibles et permettent d'apprécier le calme qu'offrent les cours intérieures dans une maison-tube. En dehors du centre-ville, toutefois, les maisons-tubes n'occupent pas une place aussi prédominante qu'à Hanoi mais partagent la ville avec des maisons plus basses et plus larges.

Quelques liens :
Maison traditionnelle vietnamienne, étude de Hong Anh Do, qui voit dans les maisons-tubes une adaptation au contexte urbain de la maison traditionnelle à cour extérieure ;
La « maison tube », permanence et changement d’un habitat (blog « Scènes du Vietnam ») ;
Les maisons-tubes de Hanoï (blog « Demain la ville »).

Enfin une construction étrange, quelque part dans la campagne, pas en forme de tube mais toujours étroite et en hauteur...

Publié par thbz le 30 janvier 2015
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