15 septembre 2014 - Corée - (lien permanent)

Reconstruction

L'un des moteurs de l'évolution urbaine de Séoul est constitué par les projets de reconstruction.

Car après avoir construit de plus en plus loin autour de Séoul, la fièvre constructrice touche à présent les quartiers existants en pleine ville.

La puissance publique peut décider de la rénovation d'un quartier entier. Mais ce sont souvent les propriétaires d'un quartier eux-mêmes qui se réunissent en syndicat pour décider la reconstruction du quartier. Tout est réglementé : le pourcentage des propriétaires qui doivent donner leur accord, l'âge en deçà duquel les bâtiments ne peuvent être détruits, la nécessité dans certains cas de faire constater par la puissance publique l'état de dégradation avancé pour avoir le droit de démolir et reconstruire... Ainsi reconstruit-on des ensembles construits il y a trente ou quarante ans à peine, mais déjà dégradés par manque d'entretien.

Voici ainsi deux projets qui apparaissent au fil des promenades dans l'arrondissement de Mapo et devraient progresser au cours des mois à venir. Mapo est un arrondissement pas tout à fait central, mais pas vraiment éloigné non plus. De toute manière, il est impossible d'être au centre de Séoul puisque Séoul a plusieurs centres.

Le projet Mangwon secteur 1, tout près de la rivière Han, n'en est encore qu'à ses débuts. Aucune maison n'a encore été détruite et le quartier est, manifestement, toujours habité. Un syndicat de propriétaires a été instauré, il a sélectionné un entrepreneur, Hyundai, préféré à son concurrent SK E&C. Mais en passant dans le quartier, on constate — drapeaux rouges accrochés aux fenêtres, affiches collées sur les murs s'ajoutant aux banderoles d'information étendues au-dessus des rues par les autorités — que de nombreux propriétaires (et/ou résidents ?) protestent avec les options retenues ; il s'agit semble-t-il d'un désaccord sur les modalités de répartition des charges et bénéfices, mais pas d'un attachement au quartier existant, dont la trame traditionnelle sera remplacé par celle d'un grand ensemble standardisé.

Le projet Hapjeong secteurs 2 et 3, lui, a déjà bien avancé. Confié à Daewoo Engineering & Construction, il est situé à côté de la station de métro Hapjeong, dans l'arrondissement de Mapo.

Le quartier, proche de l'université Hongik, est à la mode. De l'autre côté de la rue, les rues anciennes ont déjà été remplacées par un centre commercial impeccable, surmonté de quatre tours.

On peut voir sur les systèmes de cartographie en ligne que le site présentait encore il y a peu l'aspect traditionnel que l'on retrouve toujours dans les quartiers voisins : rues, impasses, bâtiments de petite taille, maisons individuelles, petits commerces, stationnement un peu anarchique (octobre 2010 — lien dynamique) :

En mai 2012, tout avait disparu (lien dynamique ; au fond, les tours du centre commercial ont poussé dans l'intervalle) :

Dans quelques années, l'ensemble devrait ressembler à cela, avec des tours de 36 et 37 étages :


Cette image est très publicitaire : pour mettre en valeur l'une des deux parcelles, elle n'hésite pas à rendre transparentes les tours situées sur l'autre parcelle. Elle adopte aussi un point de vue qui met en valeur la vue en direction de la rivière Han tandis que les tours, plus prestigieuses, du centre commercial s'évaporent dans une sorte de brume en bas à gauche. Enfin, les deux tours d'une trentaine d'étages qui se trouvent derrière sont quasiment escamotées.

Aujourd'hui, les tours ne sont pas encore sorties de terre dans la parcelle située à l'est (secteur 2), malgré une date de fin de chantier fixée au 30 juillet 2016.

Dans le secteur 3, en revanche, dont les travaux doivent s'achever fin mars 2015, les tours rivalisent déjà avec celles du centre commercial, au moins pour ce qui concerne la hauteur :


Elles ont pris deux ou trois étages au cours des quatre dernières semaines et le gros oeuvre doit être pratiquement terminé à présent.

Le chantier fait l'objet d'une communication importante par affichage dans la rue. J'ignore s'il y a eu des procédures de « concertation » telles que celles qui sont appliquées (souvent symboliquement) en France.

Les palissades du chantier sont ainsi couvertes d'inscriptions évoquant les richesses de l'arrondissement de Mapo et de la ville de Séoul : rivière Han, pavillon ancien de Mangwonjeong (reconstruit en 1989)... On retrouve, sur d'autres chantiers à travers l'arrondissement, les mêmes inscriptions qui relient le projet aux origines historiques et naturelles du quartier, sans mentionner les quartiers traditionnels qui ont été détruits.

Sur les palissades, mais aussi dans les rues environnantes, de grandes banderoles demandent pardon aux habitants pour les désagréments causés par le chantier, concernant tout particulièrement l'indisponibilité de la sortie 8 de la station Hapjeong. Dans une ville où une avenue moyenne compte deux fois quatre voies, il est pénible de devoir en traverser une pour rejoindre le métro.


Sous une présentation de Haechi, animal mythologique choisi comme logo par la ville de Séoul, la banderole annonce la réalisation de travaux sur les réseaux souterrains.

Le nouveau quartier sera un grand ensemble, c'est à dire un mode d'habitation qui regroupe déjà à peu près la moitié des Coréens. Il se distinguera par sa hauteur, supérieure à la majorité des projets sans être toutefois exceptionnelle. La proximité de la station de métro et la vogue dont bénéficie le quartier justifient l'ambition du projet ; on peut prévoir que le prix des appartements sera élevé.

Au pied des tours, des espaces commerciaux et, je suppose, des bureaux, serpenteront sur quelques étages au milieu d'espaces verts.

Publié par thbz le 15 septembre 2014
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08 septembre 2014 - Corée - (lien permanent)

Chuseok au cimetière

En Corée, lors de la fête de Chuseok, qui a lieu cette année lors de la pleine lune du 8 septembre mais couvre également les jours précédents et suivants, la famille se retrouve en principe au cimetière pour procéder à un rite de salutation et d'offrande aux ancêtres.

Ici, le cimetière est 신세계공원묘지, « Cimetière du parc du Nouveau monde », au nord de Séoul. Il occupe les flancs d'une montagne en forme de cuvette. On est à vingt kilomètres de la Corée du Nord.

Les règles du feng shui (pung su en coréen) sont appliquées en Corée, ou du moins l'étaient autrefois par ceux qui en avaient les moyens, pour choisir l'emplacement des maisons des morts comme de celles des vivants, mais selon des règles différentes. Ainsi les tombes ne sont-elles pas installées dans la vallée comme les habitations, mais sur les pentes comme les temples. Elles sont adossées à une montagne située au nord et protégées à l'ouest et à l'est par des crêtes ou sommets secondaires. Par derrière s'étendent d'autres sommets, d'autres vallées qui permettent aux flux d'énergie de parvenir, comme les ondulations d'un dragon, jusqu'aux tombes.

Un Occidental aura du mal à percevoir cette énergie, mais ces règles ont en tout cas pour effet de produire un paysage splendide depuis le sol : la forme de cuvette permet d'avoir une vision d'ensemble du cimetière, où que l'on se tienne. Sur un vaste espace, presque à perte de vue puisque le site est clos par la montagne, s'étendent une multitude de terrasses soutenues par des murets de pierre.

Pour accéder aux tombes, on circule en voiture sur des routes tortueuses, puis on emprunte à pied un chemin mal dessiné et incommode. Amusement pour les enfants, épreuve pour les personnes âgées.

La plupart des tombes conservent l'aspect traditionnel : un dôme de terre couvert d'herbe, parfois posé sur un petit socle de pierre, identifié par une pierre levée et précédé par une table basse en pierre. Seule une croix indique parfois la religion.

La table de pierre sert à présenter les offrandes aux ancêtres.

La nourriture, préparée la veille, est disposée sur la table basse : poisson séché, galettes de légumes, de viande ou de poisson, gâteaux de riz (songpyeon), fruits...

Les membres de la famille se prosternent deux fois de suite devant la tombe (jeol). Puis ils passent l'un après l'autre devant la table aux offrandes. Le fils aîné tend à chacun un verre de makgeolli, alcool de riz à l'apparence laiteuse, que l'on fait tourner deux fois autour d'un bâtonnet d'encens planté dans une coupelle avant de le vider sur les tombes. Il faut ensuite prendre les baguettes, les faire passer sur chaque plat comme pour servir la nourriture aux ancêtres, avant de les planter dans la nourriture. On ne plante les baguettes dans la nourriture qu'avec les morts ; avec les vivants, on les pose sur la table ou par-dessus le bol de riz.

Après avoir attendu un moment pour laisser aux ancêtres le temps de s'approprier la nourriture, les membres de la famille se partageront les plats préparés ainsi que le makgeolli, assis à côté des tombes sur des matelas de pique-nique.

Une nouvelle prosternation et une nouvelle offrande de makgeolli auront lieu avant le départ.


Quelles différences avec les cérémonies encore pratiquées plus ou moins en France ?

La réunion autour des tombes des ancêtres fait penser à Toussaint. Dans les deux cas, la réunion à date fixe permet de voir certains membres de la famille. On se contente toutefois, en France, d'un instant de recueillement, éventuellement d'une prière. Les ancêtres ne font l'objet d'aucun culte, car tout vient du Dieu absolu.

Une offrande de nourriture serait, en France, particulièrement incongrue ; la nourriture paraît absente des cérémonies religieuses françaises en tant que telle, sauf sous la forme étrange et très symbolique de l'Eucharistie. Pourtant, les morts conservent bien une forme d'existence associée à une présence dans le lieu où ils sont enterrés, qui va au-delà de leurs restes physiques, puisqu'on juge approprié de décorer le lieu où ils demeurent par des fleurs et des plaques commémoratives. Même si, in fine, tout rite relatif aux morts peut sans doute s'analyser comme un processus de cohésion ou de deuil destiné aux vivants eux-mêmes.

Mais en Corée comme en France, l'éloignement des familles et la sécularisation des modes de vie réduit la participation aux rites.

Publié par thbz le 08 septembre 2014
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28 août 2014 - Corée - (lien permanent)

L'endroit où se forment les étoiles

Sept étages enveloppés dans un grand voile de béton : c'est un véritable « geste architectural », coincé entre un paisible quartier résidentiel et le mur de soutènement d'une voie express.

Dans ce pays où la moindre boutique se signale par une enseigne de quatre mètres, où l'espace public est saturé d'inscriptions qui informent, conseillent, protestent, ordonnent, ici aucun panneau, aucune affiche, aucune banderole n'indique quelle est l'organisation énigmatique qui occupe des locaux aussi remarquables.

Pourtant, de l'autre côté de la rue, quelques jeunes filles, coréennes ou étrangères, debout ou assises, tournent des yeux calmes et attentifs vers le bâtiment en béton. Derrière elles, les murs sont couverts de centaines de graffitis, écrits dans toutes les langues.

Dans cette vue prise en mai 2012, les murs étaient encore vierges. Aujourd'hui, plusieurs écriteaux font état des nombreuses réclamations faites par les voisins concernant le stationnement illégal dans cette section de la rue.

De l'autre côté du carrefour s'est installé un musée du kimchi, complété par un musée de l'algue et d'un musée des illusions d'optique (trick art) le long d'un parking capable d'accueillir quatre ou cinq bus ; l'ambition architecturale est moindre.

Cette rue sans caractère particulier, dont le nom (Huiujeong-ro 1-gil) évoque toutefois la pluie que le grand roi Sejong vint un jour admirer près d'ici, rue à laquelle on accède aujourd'hui en traversant un chantier ou en contournant une station-service, est ainsi devenue une étape touristique inattendue.

On se retourne à nouveau vers l'immeuble de béton et, en plissant les yeux, on aperçoit dans le hall d'entrée, au-delà du sol occupé par des grosses berlines noires, le nom suivant : YG Entertainment.

En fait, la forme même du bâtiment est censée reproduire ces initiales. Cela demande un peu d'imagination. L'immeuble a même des fans sur Minecraft.

YG Entertainment est, avec SM Entertainment et JYP Entertainment, l'une des trois principales usines à stars de la K-Pop, variété musicale coréenne qui a envahi le Japon, la Chine, l'Asie du Sud-Est et a aujourd'hui atteint certaines franges de la jeunesse dans le reste du monde. Depuis deux ou trois ans, des spectacles de K-Pop ont rempli certaines grandes salles parisiennes. Cette musique a pris acte du déclin des canaux de distribution traditionnels : la K-Pop s'exporte par Youtube et vit par les produits dérivés. Psy (Gangnam Style) est un artiste YG.

Le gouvernement coréen veut voir dans le « Hallyu », c'est à dire l'exportation de la culture populaire coréenne — surtout les feuilletons télévisés et la K-Pop —, une source supplémentaire de développement économique. Le phénomène fait l'objet d'études universitaires sous l'angle sociologique, technologique, économique, géopolitique. Il est rare qu'un petit pays exporte sa culture, alors même que personne d'autre ne parle sa langue et n'utilise son alphabet.

La culture ne se limite pourtant pas aux feuilletons et aux chansons populaires, mais la Corée a l'habitude des stratégies de niche : comme pour le développement de son industrie, elle met l'accent sur certains secteurs. Cela peut créer des frustrations pour ceux qui cherchent en Corée à développer d'autres champs de la pensée et visent une universalité plus belle que celle de la reconnaissance internationale par le nombre de clics sur Youtube.

Chez YG (voir l'intérieur du bâtiment en vidéo), on choisit les futures stars à l'adolescence et on les forme à la dure pendant plusieurs années, du matin au soir, logées et nourries, avant de les lancer dans la compétition télévisuelle. Tout est pris en charge ; la semaine dernière, c'est la direction de l'une de ces entreprises, et non les jeunes gens concernés, qui a rendu publique la liaison sentimentale entre deux de ces stars, que les forums de fans évoquaient bien sûr depuis des mois.

Les stars de K-Pop chantent en solo ou, plus souvent, au sein de groupes de garçons ou de filles, comme les éphémères boys bans européens des années 1990. Ces groupes sont suivis, en direct ou via Internet, par des milliers, peut-être des millions de fans.

C'est pourquoi toute la journée, toute la soirée, dans ce quartier sans histoire, immobiles, entre un café un peu branché et une épicerie ouverte 24 heures sur 24, quatre ou cinq jeunes filles, jamais les mêmes, attendent, le regard fixé sur l'immeuble en béton, le moment où, peut-être, elles verront passer l'une de leurs stars, même si celle-ci n'est qu'une silhouette qui jaillit du bâtiment à vingt mètres de distance pour se glisser, étoile filante, dans une voiture aux vitres fumées.

Mais c'est bien le seul endroit, dans l'air trouble de Séoul, où l'on peut voir des étoiles...

Publié par thbz le 28 août 2014
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26 août 2014 - Corée - (lien permanent)

Un appartement coréen

C'est un appartement, dans un grand ensemble de Séoul.

Tout ce qui suit découle, dans les grands lignes mais aussi pour beaucoup de détails, de cette seule phrase. Car dans un « apatû » (ou « apatû tanji »), c'est à dire un des grands ensembles résidentiels standardisés qui constituent le mode d'habitat d'une partie importante de la classe moyenne en Corée, la plupart des logements, d'un étage à l'autre, d'un immeuble à l'autre, sont construits à peu près sur le même modèle. J'en ai déjà parlé il y a quelques années dans un article au propos plus large.

De l'extérieur vers l'intérieur

Le terrain sur lequel s'élève l'immeuble (ou, la plupart du temps, les immeubles) a conservé de l'architecture traditionnelle le mur d'enceinte bas, incrusté de pierres et couronné de tuiles peintes en bleu. Mais si ce mur permet, dans les maisons traditionnelles, de voir le paysage environnant sans exposer aux regards l'intimité du logement, il ne peut guère, ici, servir à autre chose qu'à contrôler les allées et venues. À l'entrée de la propriété, le gardien dans sa loge salue chaque résidant entrant ou sortant, qui lui rend un rapide coup de tête. Sur les côtés, de nombreuses poubelles et conteneurs permettent de trier les déchets selon des règles extrêmement complexes. Quelques arbres, aussi, un jardin dont la taille varie en fonction de la taille du grand ensemble, complètent les abords.

On entre dans l'immeuble en tapant un code à quatre chiffres. Pas de grand hall d'entrée au rez-de-chaussée, car l'immeuble est une barre dotée de nombreuses entrées, chacune ne desservant qu'un nombre limité d'appartements. On jette un rapide coup d'œil aux boîtes à lettres, accrochées sur le mur, puis on suit une légère montée vers l'ascenseur, à côté de laquelle se trouvent les portes des appartements du rez-de-chaussée : ces appartements surplombent donc légèrement le sol extérieur. Le rez-de-chaussée, comme dans les pays anglo-saxons, porte le numéro 1.

L'ascenseur est tapissé de notices diverses : dates et modalités du ramassage des ordures, interdiction de vaporiser un spray dans l'ascenseur, mais aussi publicité pour une église locale. On choisit le numéro de l'étage à atteindre ; en cas d'erreur, on peut appuyer à nouveau sur le bouton pour le désélectionner, comme dans une interface d'ordinateur...

Les appartements sont tous traversants : on ne voit donc, en sortant de l'ascenseur, que deux portes d'appartements, une à droite et l'autre à gauche, ainsi que l'escalier en face, éclairé par la lumière naturelle.

À côté de la porte de l'appartement, une feuille de papier est accrochée sur le mur du palier ; le résidant y inscrit chaque mois le niveau du compteur de gaz, à l'attention de l'employé qui viendra la collecter. La procédure peut être différente dans d'autres immeubles.

À l'intérieur

On ouvre la porte en tapant, là encore, un code à quatre chiffres. Pas de serrure à ouvrir, pas de clé à transporter.

On entre directement dans le séjour. Le couloir, qui a permis de mettre en place une gestion fine de l'intimité dans les appartements bourgeois du 19e siècle en France, ne s'est pas généralisé en Corée. On pourrait chercher une explication dans une comparaison des modes de vie et de la distinction, dans l'un et l'autre pays, entre vie privée, vie familiale et vie publique. Quoi qu'il en soit, en France même le couloir a fini par disparaître dans de nombreux appartements modernes : l'appartement coréen, peu cloisonné, apparaît donc plutôt branché et d'une conviviale modernité.

Le lieu à vivre est un vaste séjour, largement ouvert sur la cuisine. Sur cet espace central donnent trois chambres et une salle de bains. Presque la moitié des logements, en Corée, ont exactement 4 pièces, alors que les ménages ne comprennent en moyenne que 2,8 personnes. Une seconde salle de bains, plus petite, est accessible depuis la chambre principale.

Si l'absence de couloir annule la distance entre les pièces, réduisant l'intimité au sein du foyer (un enfant ne peut pas sortir de sa chambre sans être vu), le séjour est séparé du palier par un petit espace où l'on enlève les chaussures, que l'on peut laisser sur place ou poser dans un grand placard conçu à cet effet. Cet espace est un simple carré d'un mètre de côté. Il vaut mieux, en Corée, porter des chaussures sans lacet : on gagnera du temps pour entrer dans un appartement ou dans certains restaurants. Une fois déchaussé, on circulera dans l'appartement pieds nus ou en chaussettes, à moins qu'on ne préfère porter des sandales d'intérieur.

Ce séjour comprend à peu près les mêmes meubles que dans un appartement occidental, mais souvent plus bas : une table basse, un canapé, un fauteuil ou des poufs, un meuble bas pour supporter le téléviseur, éventuellement d'autres meubles. On peut s'asseoir à même le sol, qui est chauffé en hiver. Aux murs sont accrochés plusieurs appareils de commande électroniques dont l'apprentissage sera progressif : un dispositif commandant l'air conditionné, un visiophone permettant de communiquer aussi bien avec la personne qui qui sonne en bas de l'immeuble qu'avec celle qui attend sur le palier.

Les chambres sont de tailles différentes. La chambre principale donne sur une petite salle de bains organisée à la coréenne : la douche est accrochée sur le mur à côté du lavabo, de sorte qu'on se lave au milieu de la pièce, sans crainte d'asperger tout autour de soi, l'eau étant évacuée par un trou au milieu. La salle de bains principale, qui donne sur le séjour-cuisine, possède une baignoire, mais elle peut tout de même être inondée par celui qui préfèrerait se doucher au milieu de la pièce : il faut donc, en entrant, enfiler des sandales en plastiques qui restent en permanence près de l'entrée.

De l'intérieur vers l'extérieur

La différence la plus visible avec les appartements français est toutefois la présence de vastes loggias entre chacune des pièces et l'extérieur. L'appartement étant traversant, il y a deux séries de loggias : une le long du séjour et de la chambre principale, l'autre le long des deux autres chambres et de la cuisine. Les loggias sont des corridors larges et spacieux, bordés à l'extérieur par des porte-fenêtres. Leur sol n'est pas chauffé l'hiver et elles sont considérées comme des espaces moins propres que les pièces à vivre ; on ne peut donc, là encore, y pénétrer qu'en enfilant des sandales spécifiques.

Leur fonction reste assez mystérieuse pour un Occidental : certes, elles servent de buanderie le long de la cuisine, éventuellement de jardin d'hiver le long du séjour, voire d'espace de stockage. Mais l'étendue de cet espace peu utilisé, qui s'ajoute à la superficie déjà généreuse de l'appartement, le laisse songeur. Peut-être faut-il y voir une respiration, un lieu indéterminé que chacun peut organiser comme il l'entend — ou ne pas organiser du tout.

Il reste à parler de la vue sur l'extérieur.

La haute taille des immeubles, leur espacement, les parois largement vitrées devraient donner à de nombreux appartements des vues étendues sur la ville environnante. En fait ils n'en profitent guère. Les loggias éloignent les pièces a vivre de l'extérieur. Les doubles vitrages, systématiques, sont parfois doublés de papier translucide. Celui qui veut alors aller sur la loggia pour contempler le paysage doit enfiler des sandales peu commodes et, l'hiver, affronter le froid puisque cet espace n'est pas chauffé. S'il fait tout de même fait cet effort, il se retrouve devant une vitre qui est soit fixe, soit doublée d'une moustiquaire qu'il est fortement déconseillé d'ouvrir.

Le paysage est donc visible, mais quelque peu estompé, filtré par l'humidité et la pollution de l'air extérieur, puis par les multiples écrans intérieurs.

Mais parfois le paysage, même filtré, s'invite à l'intérieur.

Publié par thbz le 26 août 2014
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16 août 2014 - Corée - (lien permanent)

À quoi ressemble Séoul

C'est un grand plaisir, par une fraîche matinée ensoleillée, entre hiver et printemps, de monter à travers les bois, et pourtant en plein centre-ville, par les sentiers, deux ou trois fois plus haut que Montmartre, jusqu'au sommet de la montagne de Namsan, pour apercevoir de temps en temps entre les arbres et finalement voir pleinement depuis le sommet : Séoul.

(Certaines images sont cliquables.)

Au-delà des pentes boisées de Namsan, de vastes étendues de maisons basses, à peine striées par les lignes peu visibles des rues irrégulières, sont séparées par quelques grands axes. De temps en temps, vers la rivière Han, émergent par blocs des barres de logements aux formes standardisées ou des quartiers d'affaires aux tours caractéristiques.

De l'autre côté de la rivière, de nouveaux grands ensembles forment par endroit une véritable muraille. Plus loin le grand quartier d'affaires de Gangnam, celui de Yeouido, et d'autres montagnes elles aussi insérées dans la ville ferment le paysage.

Au nord, c'est d'abord le quartier de tours de Jongno, puis au-delà des quartiers de logements aux mêmes barres standardisées, d'autres tours encore, des parcs et enfin des montagnes encore plus élevées que la ville, cette fois, n'a pas pu contourner.

Donc à quoi ressemble Séoul ?

Séoul est une vaste toile urbaine constituée de maisons à toits bas, montant et descendant avec les pentes des collines, soulevée ici et là par des nappes de tours ou de barres, percée enfin aux quatre coins de l'horizon par des montagnes inhabitées.

Mais Séoul a un centre vide : la montagne de Namsan, au pied de laquelle s'étend vers le sud l'immense base militaire américaine, remplacée par un espace vert fictif sur l'équivalent coréen de Google Maps, puis un immense non-lieu qui va de la gare de Tokyo à celle de Yongsan et jusqu'à la rivière Han. Toute cette zone peu construite, peu habitée, peu fréquentée par les humains mais abondamment parcourue par les automobiles et par les trains, constitue au cœur de la métropole, entre les grands centres de Gwanghwamun au nord et de Gangnam au sud, un énorme espace informe, écartant à sa périphérie les grands quartiers commerçants, d'affaires, de pouvoir, de loisir, d'éducation, centres éclatés de la vie humaine et repères du paysage de Séoul.


On peut monter dans d'autres collines et montagnes pour voir à quoi ressemble Séoul. Elles sont nombreuses.

Au sud, Gwanak-san est une véritable montagne, dont l'ascension nécessite des bonnes chaussures de marche, voire d'escalade pour certains chemins d'accès. Depuis le sommet on aperçoit le quartier de Gangnam et le début de la banlieue sud.

À l'ouest du centre-ville, Seongmi-san et Sang-am sont des collines de quartier, comme à Paris il y a des squares de quartier. La montée est aisée et offre des points de vue multiples sur la métropole.

On voit toujours, au premier plan, un espace de repos avec quelques bancs et des agrès pour encourager les promeneurs à faire un peu d'exercice, puis, en ce mois de mars, des pentes couvertes d'arbres sans feuillage ou de pins. Selon l'endroit, tours et barres apparaissent striées par les troncs d'arbres, ou bien des immeubles bas se regroupent sans ordre apparent avec les formes, dimensions, matières et couleurs les plus variées, tandis qu'un peu plus loin les grands ensembles de logements affichent sur vingt-cinq étages de hauteur une uniformité répétée sur cinq, dix, vingt immeubles identiques. La nappe de la ville s'étend au loin, soulevée par les quartiers de tours et au fond par les montagnes. Des voies rapides sur pilotis, la bande moirée de la rivière Han, quelques tours plus hautes que les autres se détachent dans la poussière de l'horizon.



On pourrait encore décrire Séoul depuis le ciel, comme le font ce superbe documentaire ou les photos « dirigeable » disponible sur Naver Maps. Mais Séoul ne ressemble à cela que pour les oiseaux — en pure perte, car les oiseaux ne pratiquent pas la contemplation urbaine.

Publié par thbz le 16 août 2014
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